Le bébé et l’eau du bain

L’expression « Jeter le bébé avec l’eau du bain » a retrouvé une nouvelle jeunesse pendant les semaines de septembre pendant lesquelles les états ont volé au secours des banques à coups de milliards de dollars ou d’euros. L’idée que cette formulation tentait d’exprimer était qu’il y a une forme « vertueuse » du capitalisme et une forme « dénaturée », qu’il fallait protéger la première de la seconde et ne pas rejeter le capitalisme en bloc. C’est le vieux débat des « deux formes » en politique qui ressurgissait et sur lequel je n’insisterai pas. Le plus intéressant est d’envisager si certains s’étaient demandé d’où venait cette curieuse expression (inquiétante surtout quand on a la charge de baigner un vrai bébé tous les jours dans une vraie eau de bain, sans métaphore aucune). Le plus curieux c’est que cette expression était prisée par les révolutionnaires russes de 1917 : « Au cours du Congrès bolchévique qui se tint en juillet, Boukharine avait, avec lucidité, mis en garde : on jette le bébé avec l’eau du bain. Nous ne devons pas dénoncer la forme du soviet parce que sa composition s’est révélée inadéquate. » (http://www.pouvoir-ouvrier.org/histoire/1917/3.html) .

Il s’agissait de démêler l’aspiration utopique de la pesanteur de la réalité révolutionnaire. La question de la traduction de l’expression devient plus amusante. En cherchant — un peu — sur le web j’ai trouvé un site   (http://www.expressio.fr/expressions/jeter-le-bebe-avec-l-eau-du-bain.php)   qui nous informe de la façon suivante : « Perdre de vue l’essentiel. Autre interprétation actuelle : Se débarrasser d’une chose pourtant importante dans le but d’ éliminer avec les ennuis ou contraintes qu’elle implique. Quelqu’un de trop absorbé par le fait d’avoir à se débarrasser de l’eau sale du bain et qui en oublierait que bébé patauge encore dedans, aurait effectivement perdu de vue quelque chose de très important. Cette expression est une traduction littérale relativement récente (XXe siècle) de l’ anglais “to throw the baby out with the bath water”. Mais en réalité, les anglais l’ont eux-mêmes empruntée à l’ allemand où elle apparaît dans la littérature en 1512 (un poil avant la bataille de Marignan) sous la forme “Das Kind mit dem Bad ausschütten”. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle qu’un historien anglais germanophile, Thomas Carlyle, l’utilise dans un de ses écrits après en avoir souvent entendu la version allemande. De là, elle se répand chez nos amis d’Outre- Manche avant que quelqu’un ayant apprécié l’image du pauvre bébé jeté aux égouts ne la transpose chez nous. » J’ai trouvé aussi des utilisations abondantes de cette expression, toujours dans le langage des marxistes ou de ceux qui ont quelque affinité avec cette vision du monde social, en voici deux exemples : « Je tends à penser qu’un parti révolutionnaire ne devrait pas négliger la question de la propriété dont dépend l’existence des nations, des peuples et des personnes, car même dans ce cas de la séduction obligeante la révolution n’est pas ” un dîner de gala ” et elle ne crawlera pas dans les sodas glacés du calcul égoïste. » « L’eau du bain » Denis Fernandez-Recatala Tribune libre parue dans le journal l’Humanité le 19 juin 2001. Ou encore, sous la plume d’un économiste de renom, René Passet, cet avertissement : « Changez l’eau du bain, mais gardez le bébé ! Le développement — notamment ” durable ” — nous disent nos amis, récupéré et véhiculant une vision occidentaliste autant que néo-colonialiste du monde, est un concept discrédité qu’il faut jeter à la poubelle. Mais, quand un concept est détourné de sa véritable signification, est-ce lui qu’il faut remettre en cause ou les politiques qui le dénaturent ? » « De Monterrey à Johannesburg : quel développement ? » René Passet http://www.planetecologie.org/JOBOURG/Francais/transversales/passet.htm Mon propos était de savoir comment traduire cette expression en espagnol. J’ai trouvé sur un autre site (http://www.proz.com/kudoz/english_to_spanish/idioms_maxims_sayings/) une proposition qui me semble réaliste : English: throw the baby out with the bathwater Spanish translation: tirar las frutas frescas con las pochas. En français la traduction littérale serait “jeter le fruit sec avec sa coque”, variante de la séparation du bon grain de l’ivraie, plus rurale, plus agricole, plus près de nous en somme et moins inquiétante. Enfin je ne peux résister au plaisir de vous renvyer vers le n°100 de la revue Puntoycoma, revue de traducteurs vers l’espagnol et de lire avec attention l’article proposé par Pollux Hernúñez, Tirar al niño con el agua de bañarlo. Une excellente réflexion sur ce qu’il faut faire de l’eau du bain après avoir baigné le bébé.  

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