Trains, CO2 et gérondif

Dans le quotidien Le Monde daté du 8 novembre 2008, en page 20, dans la rubrique « Débats » le Président de la SNCF vante une nouvelle conception des transports, l’écomobilité. Je ne souhaite pas intervenir sur le sujet, qui est une préfiguration optimiste de l’essor espéré du transport collectif, un hymne au train, que j’entonnerai volontiers comme lui. Le néologisme qu’il propose dans le titre lui-même (« Contre le repli, l’écomobilité »), m’amène à me poser une question. Faut-il traduire par la formation d’un autre néologisme (« ecomobilidad ») apparenté à l’anglais EcoMobility ou par la reprise de formes attestées (« transporte limpio », « transporte ecológico ») ?
Je ne trouve qu’une seule occurrence de « ecomobilidad » sur le web dans le résumé en espagnol d’un article de Dominique Fleury « L’intégration de la sécurité routière dans l’action locale : a la recherche d’une cohérence entre espace et réseau »

http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=ESP_118_0063


Mais là où les choses deviennent délicates avec la tribune de M Guillaume Pepy (le Président de la SNCF), c’est quand il nous assène la phrase suivante : « La demande de mobilité ira croissante. » J’ai lu une faute de français, j’aurais écrit « La mobilité ira croissant ». En vérifiant sur le web, j’ai trouvé près de 597 000 pages en français pour « ira croissante ». Il me restait donc à aller voir un juge de paix : le dictionnaire. Le dictionnaire Robert des difficultés de la langue française dit ceci : Aller+participe présent ou gérondif. Le tour classique, qui marque l’aspect duratif, la continuité, est de plus en plus délaissé au profit de la construction avec en (gérondif) : Les affaires de la maison Coiffard allaient en empirant (Aymé). On rencontre le tour sans préposition dans la langue littéraire : La rumeur funèbre allait s’éloignant (Mauriac). L’auteur de cette entrée vit dans le ressentiment ou la mélancolie, le classique est délaissé, vers quel monde allons-nous…. Mais revenons à notre hésitation et allons consulter un juge de paix de la grammaire : Le bon usage de Maurice Grévisse. Au chapitre 655 de mon édition (un achat intempestif effectué dans mon jeune âge), l’auteur souligne la difficulté fondamentale du français à faire la différence entre participe présent et gérondif (« Certains grammairiens tiennent, dans cette construction, la forme –ant pour un gérondif. Il est difficile de décider si cette forme est un gérondif (sans en) plutôt qu’un participe présent. »). Mais il ajoute « … la périphrase aller+ forme en –ant, qui s’employait anciennement même avec des verbes de repos (aller dormant, aller s’arrêtant) ne s’emploie plus qu’avec des verbes impliquant l’idée d’un mouvement réel ou figuré. ». Par conséquent, puisque dans le discours de M Guillaume Pepy tout est mouvement, il aurait du écrire « La mobilité ira croissant. » Ne lui en tenons pas rigueur, car dans la période que nous vivons, parler de croissance, c’est prendre un gros risque, nous pouvons comprendre qu’il ait été troublé. Quoi qu’il en soit en passant à l’espagnol la chose s’éclaircit : je dirai irá creciendo, en aucun cas irá creciente.

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