Corto es el aliento que respira entre la cuna y la tumba; corto pero bastante a causar graves daños, si se emplea mal.

Cette sentence raisonnablement pessimiste est tirée d’une sorte de Miroir aux princes datant de 1640 et dont l’auteur est Diego Saavedra Fajardo, Idea de un príncipe politico-cristiano,  Empresa Cien, « Qui legitime certaverit ».

Si elle m’est revenue, c’est parce qu’elle trouverait à s’appliquer à certains, hommes politiques ou hommes de sciences.

Aux hommes politiques, quand Manuel Valls donne son avis dans les médias français sur tout et sur rien. On se demande dans ce cas si « la liberté des tribunes » n’est pas étroitement dépendante du statut social du tribunitien. Le chef du gouvernement publie dans Le Monde, le 7 mai, c’est-à-dire le jour-même de la sortie en librairie du livre d’Emmanuel Todd, « Qui est Charlie? », une réfutation des thèses ou hypothèses du sociologue alors que seuls quelques initiés ont lu ce livre (titre de la tribune:
« Non, la France du 11 janvier n’est pas une imposture »). On se demande quand notre chef de gouvernement qui « conduit la politique de l’Etat » a pris le temps de lire et de répondre à Emmanuel Todd. Il s’en était pris déjà à Michel Onfray qui avait répondu en le traitant de crétin, Todd, lui, l’a traité de pétainiste. Finalement, Pascal Bruckner a raison de rappeler une évidence: « Les hommes politiques ne sont pas les agents de la circulation des idées, triant les bonnes des mauvaises, décrétant lesquelles ont droit de cité, lesquelles doivent être bannies. » (Non aux intellos godillots, Le Monde du 17 mai). Ils ont autre chose à faire, non?

Aux hommes de science: Emmanuel Todd affiche, dans ses commentaires scientifiques sur qui fait quoi et pourquoi, une sérieuse tendance déterministe qui peut heurter. Mais c’est peut-être son humour à lui. Dans l’ouvrage cité plus haut, pendant qu’il se glorifie d’être un produit du métissage à la française comme tant d’autres, il reproche à d’autres intellectuels – ou « pseudo-intellectuels », qui se prennent pour les arbitres de la mode déplorative (Eric Zemmour et Alain Finkelkraut, pour ne pas les nommer) de ne pas avoir pratiqué l’exogamie comme l’ont fait les siens et lui-même. On comprend la colère d’Alain Finkelkraut. Dans la même veine, il estime que la tendance xénophobe et autoritaire de Valls (l’emploi absurde du terme apartheid pour parler des banlieues)  est déterminée par ses origines catalanes: « Manuel Valls est né à Barcelone. Un des hauts lieux du différencialisme ibérique. Le nationalisme est, dans cette ville et sa région, en phase ascendante aujourd’hui et menace l’Espagne de dislocation. »

M Todd, votre livre est intéressant et bien conduit, le plus souvent juste dans ses analyses sur Charlie ou pas Charlie, mais, là, « vostè s’ha passat », vous êtes allé trop loin… Les choses, même en Catalogne, sont plus compliquées que vous ne l’affirmez. Et la menace de dislocation est plutôt du côté de l’Ecosse aujourd’hui, ou même de l’Europe toute entière.

Court est le souffle qui sépare le berceau de la tombe, …

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