Elections municipales et régionales en Espagne III

Comme les résultats le laissaient prévoir, ce que nous disions en abordant la question même de l’existence de Podemos se vérifie. La politique électorale est une cuisine (assez souvent nauséabonde) qui suppose, dans une relation aux autres qui n’est que rapport de forces, trois termes: un discours hégémonique, une capacité programmatique et un sens (et même une éthique) des alliances.

Nous sommes aujourd’hui, globalement,au cœur du troisième terme même si les questions de discours et de programme restent présentent, mais sur un mode mineur, celui d’une sorte de bruit de fond.

Pour Podemos, la stratégie est celle du masquage et du discours, stratégie portée par son leader avec un certain brio, une grande habileté. Elle consiste à se féliciter du succès important de son mouvement en annonçant, comme l’ont fait tous les médias, la fin du bipartisme en Espagne, ce qui n’est qu’une expression vide de sens, même si deux partis dominent la politique électorale et institutionnelle depuis trente ans, le PSOE et le PP (AP). Vide de sens parce que l’alternance bipartite est une chose, le bipartisme une autre, mais nous en parlerons une autre fois. Il donne des gages de son engagement anti-droite en appelant à « desbancar » (virer, un jeu de mot qui laisse en suspens la promesse faite de »despepear los bancos ») le PP de ses positions dominantes. Il refuse de négocier une participation à toute coalition avec le PSOE, autrement dit  de gouverner des régions ou communes avec  les socialistes si ces derniers pèsent plus électoralement (exemple de l’Andalousie en panne de gouvernement depuis un mois). Il avance également des conditions a minima de lutte contre la corruption -le sous -entendu implicite étant que le PSOE écarte de ses rangs ses propres corrompus- et promet aux socialistes, s’ils veulent le soutien de Podemos de devoir faire un demi-tour complet (il dit « un giro de 180 grados ») à leur politique. Un demi-tour complet c’est revenir en arrière… On se souvient de la pensée de Pierre Dac: « Un homme a son avenir devant lui, et il l’aura dans le dos chaque fois qu’il fera demi-tour. » Mais le PSOE devrait donc revenir vers quel moment du passé? 1974, 1936?

Le mode de discours hégémonique est donc toujours présent. Ce n’est que discours, un discours adressé essentiellement aux militants de base de Podemos engagés localement dans de telles négociations, afin qu’ils ne cédent pas (trop) au chant des sirènes socialistes .

Iglesias semble cependant disposé à se mettre sur leur fréquence en indiquant qu’à son avis le PSOE avait changé…  On se demande par quel miracle… En s’en tenant à ce programme, Podemos court le risque de se voir réduire à jamais à un statut de force d’appoint de la gauche réformiste. C’est peut-être le but recherché. C’est ce que l’on peut lire dans le point de vue du sociologue Marco Alagna publié dans Le Monde du 27 mai qui nous dit qu’une partie du travail est fait:

« L’effondrement des néocommunistes d’Izquierda Unida (IU), phagocytés en grande partie par Podemos, semble désormais acquis malgré son récent virage au centre… »

Et c’est ce qui commence à poindre à l’horizon à Valence, par exemple.

Sur le terrain, les opposants à Podemos ne sont pas en reste. A Madrid, comme la règle et l’usage électoral veut que la liste arrivée première aux municipales soit celle qui ait priorité pour constituer un exécutif, c’est la liste d’Espéranza Aguirre qui a la main. Ses marges de manœuvre sont faibles, par conséquent son discours tente de diaboliser la liste Ahora Madrid (ils voudraient installer des soviets partout) pour neutraliser à la fois Ciudadanos et le PSOE et constituer un exécutif minoritaire. A Barcelone, Xavier Trias, tête de liste de CiU et maire sortant propose un pacte de gouvernement à vocation majoritaire à ERC et au PSC (fédération catalane du PSOE) pour isoler la liste arrivée en tête, »Barcelona en Comú »,  soutenue par Podemos et les écolocommunistes. Proposition qui pourrait aboutir compte-tenu de la très faible empreinte nationaliste de cette liste, qui n’est pas son point fort. La réponse de sa figure de proue, Ada Colau , qui devrait pouvoir faire une proposition symétrique aux mêmes partis (ERC et PSC) mais avec une forte empreinte sociale et écologique, est encore naïve parce qu’elle suppose qu’en politique les notions de respect et de loyauté ont droit de cité.

Nous sommes au pays de Machiavel, et, comme on dit en France, pas au pays des Bisounours… Comment dit-on Bisounours en espagnol? Osos amorosos. Je croyais que l’ours était l’animal mascotte de Madrid…

El-Oso-y-el-Madroño

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