Peste brune et monarque républicain

Une fois de plus le néofascisme est présent au deuxième tour de l’élection présidentielle française. Une fois de plus près de 60% de l’électorat ayant formulé un choix au premier tour devra choisir entre un néofascisme qui, pèle-mêle, emprunte à la pensée maurassienne régionaliste, au discours colonial des années cinquante, à la relativisation des ruptures nées de la défaite de 1940, à la haine de l’étranger et une voix ambiguë, celle du laisser faire, celle de la divinisation de la richesse, celle qui veut corseter encore plus les droits liés au travail au bénéfice des droits liés au capital.

Le fait nouveau, c’est que, devant la puissance du mouvement social anti-austérité de ces derniers mois, le néofascisme français a ajouté à ses fondamentaux un volet social qui trouble le jeu car il fait écho à une réalité que la faiblesse des réponses libérales a aggravé.

L’impasse à laquelle ont conduit les politiques d’austérité sociale de ces années 10 est la principale cause de désintégration des catégories politiques qui prévalaient jusqu’alors. Il faudrait être aveugle pour ne pas le comprendre et cesser de se voiler la face en allant chercher des boucs émissaires un peu partout (les gauches anti-austéritaires étant les premières visées alors qu’elle ne sont qu’une conséquence de ces politiques). Cette vague d’appauvrissement des plus démunis a tout détruit sur son passage: la légitimité de l’Europe, la valeur des engagements des Etats, le sens même du suffrage… Ce trouble devient patent quand on voit combien les actes des uns et des autres nous montrent pathétiquement comment les libéraux ont réellement peur de l’inconsistance politique du candidat choisi par les libéraux. Il n’est pas un jour où le président sortant ne demande  de mettre un bulletin Macron dans l’urne sans définir la moindre ouverture vers un électorat populaire qui demande des garanties. Pour ce dernier, c’est une humiliation de plus: voter pour celui qui a promis une loi Travail XXL, qui ne s’intéresse aux pauvres que pour masquer le boulevard fiscal qu’il ouvre aux plus riches, a une vision corporative des syndicats .

Cet électorat populaire a le sentiment qu’on lui dit: « vote comme on te dit puis circule, il n’y a plus rien à voir ». Et que Macron ne bougera pas sur son programme social et fiscal pour, enfin, faire de la politique, malgré les appels des uns et des autres. Pourquoi ne bougera-t-il pas? Parce qu’il ne sait pas le faire. Cet étrange jeune homme ne connaît la politique qu’à travers ce que Hollande lui a appris et ce que ses conseillers en image semblent savoir: tenir un discours équivoque sur fond bleu pour séduire les gogos et ne faire que ce que lui demandent ses authentiques soutiens: les patrons et les financiers. Il n’a pas d’autre culture politique.

 

Omnia vincit amor

Le comité fédéral, instance parlementaire du PSOE, l’équivalent des bons vieux comités centraux de partis, a donc voté dimanche dernier une résolution appelant les parlementaires socialistes à  s’abstenir lors du deuxième vote d’investiture de la coalition PP-Ciudadanos, vote qui devrait intervenir assez rapidement, avant Toussaint.

La résolution reflète le grand désarroi dans lequel est plongé le parti socialiste espagnol, qui tente, dans un exercice rhétorique en langue de bois d’ébène, de justifier plus que d’expliquer son choix. Les quatre pages de la résolution développent essentiellement deux idées :

-la démocratie espagnole serait en danger si on procédait à une troisième consultation électorale, en finissant par creuser le fossé entre les citoyens et la démocratie institutionnelle, jugée comme exemplaire.

-une alliance à gauche entre forces de gauche et nationalistes aurait reposé sur une diversité qui aurait mis en danger « las bases de nuestro modelo constitucional », autrement dit les principes d’unité de la nation, de solidarité entre ses composantes régionales (Article 2 de la Constitution). Ce que le texte appelle « el desafio secesionista ».

Deux sous-arguments apparaissent :

  • le PSOE risquerait de subir un autre recul en cas de troisièmes élections: « un nuevo retroceso electoral nos haria perder la capacidad que ahora tenemos de liderar la oposicion .»,
  • l’Espagne paralysée est absente de la scène internationale, alors que l’Europe est plus que jamais fragile ( se esta jugando su futuro. »

Le texte énumère sept points programmatiques sur lesquels le PSOE compte mettre l’accent pendant la nouvelle législature :

  • déroger la loi travail, réformer les retraites,
  • réformer l’école et déroger à la loi LOMCE de 2013,
  • ouvrir le dialogue sur les questions régionales en particulier avec la Catalogne,
  • en finir avec la corruption,
  • défendre le droit des femmes – droit à l’avortement, violence conjugale-
  • en finir avec la Loi dite « Mordaza », loi qui pénalise lourdement les petites infractions et délits, loi considérée comme liberticide.

Le PSOE a donc fait son choix, mais le coût en est élevé. Tout d’abord le vote a été relativement disputé 128 pour, 96 contre), la débat houleux et la fracture entre les uns et les autres a provoqué des dégâts collatéraux – avec les socialistes catalans et les socialistes basques-. Certains remettent même en question devant la justice le coup de force qui a poussé Pedro Sánchez à la démission. Et un nombre significatif de députés socialistes annoncent leur intention de voter non et de ne pas s’abstenir.

Clairement, que le peuple vote est une bonne chose, mais pas trop, quand même… alors le Roi consulte… et Ciudadanos, désormais en position de force, chipote… son soutien en laissant entendre qu’une alliance à trois serait plus à son goût.

Par conséquent, alea jacta est mais aucun coup de dé n’a jamais aboli le hasard. Rien n’est joué…

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Mal menor…

Javier Fernández dont on suit avec curiosité et même compassion le chemin de croix que son parti lui a demandé d’entreprendre a finalement lâché le dernier des arguments possibles à quelques jours de la réunion du comité fédéral du Psoe : s’abstenir et permettre à la droite de gouverner, c’est « el mal menor », le moindre mal. La rhétorique mise en œuvre baigne dans ambiguïté constante (double langage, non dits et approximations) dont nous avons ici en France, un maître (de Florange 2012 à Florange 2016).

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Il s’agit d’une stratégie sans objectifs, sans contenu, sans idée, et plus qu’une stratégie, un aveu de défaite ou, pour le moins, d’extrême faiblesse.  Certains députés regrettent que le choix de l’abstention n’ait pas été fait après les élections de juin, en oubliant que le débat avait déjà eu lieu de façon indirecte et, encore une fois ambiguë, cet été. La même ambiguïté règne au sein de la fédération socialiste catalane du PS, la seul qui ait tenu congrès ces derniers jours et dispose d’un mandat légitimé.

Après avoir réitéré le choix du Psc de ne pas s’abstenir mais de voter non à l’investiture du PP, Miguel Iceta, secrétaire général du Psc a nuancé sons propos en défendant l’idée d’une « abstention technique », autrement dit que seuls 12 députés socialistes s’abstiennent. Disons aussi que le premier discours est celui qu’il tient en Catalogne, le second ailleurs en Espagne. Dans ces conditions, on peut supposer que les sept députés socialistes catalans voteraient non, respectant ainsi leur mandat, et que, de leur côté, les députés socialistes andalous s’abstiendraient comme ils semblent vouloir le faire.

Le seul problème c’est la sanction ultérieure probable des électeurs socialistes (ou d’une bonne moitié de ces derniers) qui, même si l’idée même qu’il n’y ait pas d’autres solution (une TINA à toutes les sauces) leur semblait acquise à une courte majorité, pardonneraient difficilement au Psoe de les avoir livré pieds et poings liée à une nouvelle législature d’une droite corrompue (Gürtel) et ultralibérale (recortes).

Au fond, la question est toujours la même : qui voudra bien porter le chapeau ? Ce jeu de la barbichette socialiste finira bientôt par ne plus intéresser les Espagnols.

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S’abstenir de s’abstenir?

Le Psoe est-il en état de mort clinique? La réunion de samedi dernier du Comité Fédéral (instance délibérative du parti) a sanctionné la gestion politique de Pedro Sánchez, qui,  tirant les conséquences, de ce vote, a remis sa démission. Un organe de gestion provisoire  composé de dix membres a été immédiatement mis en place pour préparer les nouvelles échéances dont la plus importante sera d’infirmer les votes antérieurs de cet organe dirigeant pour se prononcer en faveur d’une abstention pour une éventuelle nouvelle candidature du PP à l’investiture parlementaire.

Le quotidien El pais a publié une rafale d’articles et d’éditoriaux le dimanche 2 octobre qui attribuent les raisons de la crise à Pedro Sánchez, sans aucune ambiguïté et avec une certaine violence verbale qui étonne, sans évoquer un seul moment le fond des raisons de cette crise. Sa défense des votes antérieurs du Comité Fédéral pour refuser de laisser passer par l’abstention un gouvernement de droite a été sanctionnée mais sans être explicitement citée comme raison fondamentale de désaveu. Les détracteurs de Sánchez continuent tous à affirmer que leur choix reste celui du non à l’abstention. Mais, dans le même temps, ils continuent à soutenir qu’une alliance avec Podemos est inenvisageable et qu’une troisième élection serait une catastrophe. Leur obstination a refuser que leur parti se prononce pour ou contre cette abstention est paradoxal mais compréhensible: une majorité de militants y est opposée. La meilleure des preuves de ces grandes réticences on la trouve du côté du PSC (fédération socialiste catalane du Psoe) qui doit tenir congrès début novembre et affiche une position -presque- claire en affirmant son refus de l’abstention: «  La primera reflexión que se planteará es la abstención o el voto contrario a Rajoy. Creo que el PSC debe seguir diciendo que no.  » réaffirme avec prudence Nuria Marin , l’une de ses dirigeantes en employant un « creo que » qui en dit long sur le trouble interne du parti socialiste. Même plus nuancée, la position des socialistes basques est voisine.

Dans un mois, une nouvelle tentative de débat d’investiture doit avoir lieu, il faudra que le Psoe et ses nouveaux dirigeants (dont il est dit qu’ils ont agi en « tueurs » pour mettre Sánchez en minorité) trouvent les mots nécessaires pour justifier leur choix de s’abstenir lors du vote d’investiture si Rajoy se présente, tout en continuant à affirmer dans leur discours public  qu’ils ne le feront pas (« Los socialistas andaluces siguemos apoyando el no a Rajoy y el no a los independentistas » dit, par exemple, Juan Cornejo, n° 2 du Psoe d’Andalousie). Cette bataille gagnée à la hussarde pourrait se transformer en victoire à la Pyrrhus au moment où un congrès extraordinaire, désormais nécessaire, se tiendra. Javier Fernandez qui préside la direction provisoire mise en place samedi, avance avec prudence et a bien laisser entendre que s’abstenir ce n’est pas soutenir,  mais il aura beaucoup de peine à faire comprendre ce choix à ses militants.

Quoi qu’il en soit, le Psoe ne sortira pas indemne de cette crise majeure et rien ne dit que le processus d’éviction de Pedro Sánchez ne soit pas infirmé par la base, à l’image du conflit qui a opposé les militants du Labour à ses députés et qui s’est conclu par un vote de confiance massif au dirigeant contesté, il y a quelques jours.

Ces tensions ne sont pas nouvelles: il y a dix ans, déjà, …

 

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Psoe, le torchon brûle… la casa (cosa) está que arde

Rien ne va plus au sein du Psoe. Les deux mauvais résultats aux élections régionales en Galice et au Pays basque comme les résultats médiocres aux élections législatives ont plongé  ce parti dans une crise interne sans précédent. Elle n’est pas sans rappeler celle qui secoua les communistes espagnols au début des années 80, toutes proportions gardées et toutes choses égales par ailleurs. Elle a un trait commun, c’est qu’elle s’insère dans une crise mondiale de la social-démocratie comme celle qui toucha les communistes espagnols était liée à l’affaissement général de l’influence des quelques partis communistes encore sur pied et à la fin programmée du bloc soviétique.

Il s’agit donc d’une crise dont les raisons ne sont pas seulement espagnole mais bien mondiales qui voient émerger des forces plus radicales à la gauche des grands partis réformistes et des forces profondément conservatrices, nationalistes et xénophobes. Le plus souvent parce que les politiques menées par ces partis se définissant eux-mêmes comme »socio-démocrates » n’ont pas répondu aux demandes essentielles des peuples mais ont choisi d’appliquer avec quelques retouches et faux-semblants la même politique que les droites conservatrices. L’idée même qu’il n’y a pas d’alternative (la fameuse TINA de Margaret Thatcher) domine encore leur discours.

En Espagne, c’est un coup de force qui s’engage contre le secrétaire du Psoe, Pedro Sánchez. A l’origine de ce « pulso », les cadres élus du parti, quelques dirigeants historiques, autrement dit l’élite professionnelle socialiste. A la tête de cette fronde, des présidents de régions dont Susana Díaz, qui préside de la communauté autonome d’Andalousie grâce au soutien de Podemos, et qui ne cache pas depuis presque un an son souhait de prendre les rênes du parti. parallèlement, autour de Felipe González, dirigeant historique, se sont agglutinés quelques-uns des anciens dirigeants et anciens ministres (A. Pérez Rubalcaba, J. Bono) pour crier haro sur le baudet.

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La raison avancée est simple: on reproche au secrétaire général du Psoe que ses députés ne se soient pas abstenus début septembre dans le second débat d’investiture pour permettre à la droite de gouverner en minorité et éviter de nouvelles élections.

D’autres figures historiques sont plus prudentes et soutiennent Pedro Sánchez en affirmant que ce choix était celui du parti et qu’il n’a fait que respecter ce mandat. Tel est le cas de José Borrell qui reproche au passage « la division du travail » entre les prétendants au secrétariat général et les historiques. Les premiers n’évoquent jamais la question de l’abstention, se contentant de demander plus de démocratie dans le fonctionnement du parti. Ils laissent ce soin à Felipe González. Josep Borrell s’en prend directement à Susana Díaz, en soutenant que la dirigeante andalouse n’évoque jamais ce choix dans ses discours et invectives contre Pedro Sánchez par pur opportunisme, c’est ce qu’il affirmait à La Vanguardia ce matin:

 »  Cuando señala la necesidad de ir a la oposición porque con 85 diputados no se puede gobernar, no [dice] también que “nos tenemos que abstener”; no lo dijo “porque es impopular”.

En réalité tout ceci laisse voir un parti socialiste profondément divisé entre une droite conservatrice et très proche du centre droit espagnol et une gauche plus alternative qui espère qu’une alliance à gauche soit encore possible. Le bras de fer engagé a aussi pour enjeu d’empêcher sous quelque forme que ce soit le moindre rapprochement avec Podemos. C’est toujours Felipe Gonzalez qui est à la manœuvre. Au cours d’une réunion publique dans la banlieue de Madrid à la fin de la campagne de juin il avait qualifié Podemos de « populista, rupturista, una pseudo izquierda que quiere romper la solidaridad entre los españoles. » On voit bien que dans les trois critères négatifs choisis -qui peuvent mériter à eux-seuls une étude plus approfondie mais dans le calme des études de science politique et non pas comme arguments assénés dans des meetings électoraux- c’est le dernier qui pèse le plus lourd, car il ne s’agit pas de solidarité sociale ou économique mais bien d’unité territoriale.

Cómo freír huevos sin que salpiquen

Le Psoe va mal très mal. Les dissidents se considèrent comme victimes du manque de liberté d’expression et de démocratie à l’intérieur du parti. L’image est déplorable, bien sûr, mais elle est le reflet du danger d’implosion qui guette ce parti, confortablement installé depuis une quarantaine d’années dans le dense tissu de ce que Podemos appelle, concept sans grande pertinence mais qui reflète assez bien l’état des choses ressenti, « la casta ».

La dispute interne s’est amplifiée ces derniers temps autour de la convenance ou non pour ce parti de laisser le PP gouverner avec une majorité minoritaire au parlement. Elle est portée principalement par les Présidents de régions autonomes et par la vieille garde du parti, Gonzalez Márquez  et Pérez Rubalcaba en tête, deux anciens chefs de gouvernement socialiste.

Tout repose sur la demande du président de la région d’Estrémadure de la convocation d’une réunion du Comité Fédéral pour débattre « des conséquences d’éventuelles troisièmes élections législatives ». Bien évidemment, il ne s’agit pas pour ces opposants à Pedro Sánchez de demander aux 85 députés socialistes de s’abstenir lors d’un éventuel troisième tour d’investiture puisque la chose n’est jamais formulée, mais bien de monter une campagne publique d’isolement de la position apparemment intransigeante du secrétariat général actuel qui s’oppose, avec également certaines ambiguïtés dans le discours, à ce «blanc-seing » accordé au PP destiné à préserver une possibilité d’alternance pour la prochaine législature.

La dispute prend des allures de feuilleton télévisé, puisqu’elle se fait à coups de twitters, de formules émouvantes et passionnées mais elle ne traite jamais du contenu qui est pourtant simple : doit-on laisser le PP gouverner sans conditions ? doit-on confirmer l’idée déjà présente dans le pays que le programme du  PSOE ne rompra pas avec la politique d’austérité du gouvernement Rajoy ?

Dans un entretien accordé au quotidien El Mundo, à l’occasion de la campagne de promotion de son livre L’euro: Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe, Joseph Stiglitz élargit la question et la pose dans ces termes :

Una de las cosas que más le preocupa a la gente en una democracia es la economía. En Grecia, Portugal y España el 62% de los votantes dijeron que no querían austeridad; votaron por partidos anti-austeridad. Alemania y la Comisión Europea, sin embargo, dijeron lo siento, no tiene opción. Votan, pero dejan de tener derecho a determinar su futuro. Es muy malo para la democracia cuando la gente dice ‘creía que éramos una democracia y se les responde “no, nunca más en las cosas que importan porque abandonaste ese derecho”.

Rajoy está claramente equivocado. Cuando dice que su política funciona, se equivoca; ha sido un desastre. La austeridad casi nunca ha funcionado. No es una sorpresa. Su presidente celebra la recuperación porque la tasa de desempleo es sólo el 20%. Cualquiera fuera de España ve eso y piensa, deberías estar poniendo tu cabeza bajo tierra y con un desempleo juvenil del 50%. Sí, es malo para la economía no saber qué dirección va a tomar la política.

De ces sujets, il n’est pas question dans la querelle interne qui secoue le Psoe. Les dirigeants et cadres de ce parti sont surtout occupés à éviter de ne pas plumer leur poule aux œufs d’or et de casser le moins d’œufs qu’il soit possible pour faire une omelette à leur goût. Je donne donc un conseil aux socialistes, il y a toujours des trucs (ce que les cuisiniers appellent des tours de main) pour éviter la catastrophe, en voici un, à eux de s‘en inspirer… Cliquer ici.

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Qu’est-ce qui bloque en Espagne?

En ce début de mois d’août, l’Espagne semble s’acheminer vers de nouvelles élections législatives, faute de majorité mathématique et politique. Pourtant tout le système institutionnel était fait pour éviter ce surplace.  A l’aide d’une loi électorale faite sur mesure, une droite attrape-tout ( catholiques traditionalistes,  ultras nostalgiques du franquisme, centristes libéraux) alternait paisiblement au pouvoir avec un PSOE hégémonique à gauche, un PSOE depuis longtemps rendu aux thèses libérales et peu préoccupé par les questions sociales sauf quand ces dernières pouvaient servir à lui assurer une clientèle en période électorale.

Tout ceci sur fond de corruption permanente, prévarication, abus de biens sociaux, enrichissement personnel, des élus de cette droite bien pensante comme d’une bonne fraction de la gauche réformiste, des cadres syndicaux et de quelques élus d’Izquierda Unida.

Cette toile de fonds et l’impasse institutionnelle dans laquelle se trouve plongée l’Espagne suscite des commentaires qui alternent le pire et le moins mauvais.

Deux points de vue récents publiés, l’un au-delà des Pyrénées, l’autre, en-deçà, ont le mérite de montrer que l’analyse de ce moment politique espagnol est complexe et difficile.

L’un est celui d’un sociologue, Manuel Castells dont je ne vous livrerai pas ici la biographie complète, même s’il faut souligner que dans son jeune âge, il fut l’assistant d’Alain Touraine et enseigna la sociologie urbaine à l’Université de Nanterre jusqu’à son expulsion en 1968 avant de faire l’essentiel de sa carrière universitaire en Californie, à Berkeley. L’autre est celui d’un universitaire français, hispaniste, journaliste et documentariste, Jean Ortiz.

Pour ce dernier, l’idée centrale de notre temps (une idée qui joue sur les mots) est qu’il n’y a pas eu « rupture »  après la mort de Franco, mais bien « restauration » monarchique et une sorte de pacte pour que rien ne change (le fameux « atado y bien atado ») qui, en particulier, mettait sous l’étouffoir les revendications centrifuges  basques et catalanes. Comme Felipe Gonzalez, il accepte volontiers de considérer les régions centrifuges comme des nations : « Le Pays Basque, la Catalogne, la Galice, ne quémandent pas le statut de «nation» ; elles sont précisément des « nations ». J’ai conservé les guillemets que Jean Ortiz appose au du terme nation, ils montrent bien que cette question embarrasse. Pour González, concéder la qualité de nation, aux basques, catalans, etc., c’est un peu comme lâcher un peu de lest devant les caprices d’un enfant déraisonnable. Pour d’autres, en faisant croire que cette labellisation sera suffisante, alors qu’en même temps ils affirment que le modèle de la Transition a fait son temps, c’est éluder la question.

arton2439Pour Jean Ortiz, la supposée persistance de l’unité à tout prix est la raison prépondérante de l’actuelle paralysie du système. Il est bien évident que le fait que Podemos ait accepté de défendre l’idée d’une Espagne multinationale a heurté les points de vue centralistes, y compris  celui d’une partie des fédéralistes communistes. L’auteur de cet article semble incliner vers ce qu’il appelle  un « cadre progressiste fédéral » défini par une nouvelle constitution. Je ne reviendrai pas sur la question fédérale, sinon pour rappeler que le fédéralisme, quelle que soit sa forme, est fondamentalement unitaire. La question de la reconnaissance de l’existence d’une diversité de nations (basque, catalane, castillane, andalouse, galicienne, etc.) n’est pas non plus anodine, puisqu’elle suppose la reconnaissance d’une diversité de peuples –d’où émane la volonté générale-. Or le lien entre peuple souverain et nation est fondamental dans la mise en place d’un Etat national. Un Etat plurinational serait donc un Etat consociatif de peuples égaux en droits souverains. Cela n’a rien à voir avec la solution fédérale, plus holistique que différenciatrice.

Reste également sans réponse la question de la redistribution des compétences dans un Etat fédéral , comme celle de la place de la demande sociale dans les « paquets » de compétences redistribuées. Redistributions qui tiendront également compte de la pression de l’Europe, nouveau Léviathan qui menace en permanence l’Espagne de sanctions si son déficit public n’est pas réduit d’ici 2017 à 3,1% du PIB.

Ces pressions directes ont eu pour effet indirect le surplace électoral  de Podemos dont l’enracinement est essentiellement castillan et centraliste. La question périphérique appartient encore au domaine de l’impensé de Podemos et pourtant, nous y insistions déjà dans des billets antérieurs, ses résultats électoraux les meilleurs ont été obtenus là où Podemos était minoritaire et en coalition avec des mouvements sociaux issus des  mouvements anti-austérité de la décennie antérieure c’est-à-dire dans les régions les plus avancées en matière de demande identitaire.

castellsPour sa part, Manuel Castells livre une analyse critique du relatif échec de Podemos. Il défend la ligne originaire du mouvement, qui se voulait loin de la « politique traditionnelle » et de ses partis « ankylosés » et « souvent corrompus ».

Le sociologue relève des erreurs tactiques également, qui pour l’essentiel, sont des erreurs de « discours » puisque, jusqu’à preuve du contraire, Podemos est avant tout un parti idéologique, tribunitien, pas un parti d’action qui s’appuie sur les actions concrètes du mouvement social, menées par les associations et les syndicats, sans en être réellement partie-prenante. Le sociologue met ces erreurs de discours sur le compte de la jeunesse du mouvement et sur celui de son inexpérience, sa « maladie infantile » (ínfulas juveniles) .

Il critique les propos tenus par Pablo Iglesias au cours de la campagne électorale, sans doute pour tenter de séduire une partie de l’électorat socialiste, dans lesquels il avançait l’idée que Podemos incarnait la social-démocratie moderne, et que le meilleur chef de gouvernent des années passées avait été Rodríguez Zapatero. Manuel Castells, sans aller plus loin, souligne la naïveté tactique de ces propos alors que la social-démocratie prend l’eau partout en Europe puisqu’elle apparaît comme l’un des promoteurs des politiques d’austérité et de l’obéissance aux  impératifs des marchés.

Il pense que rien n’a changé stratégiquement et qu’avant de songer gouverner, Podemos doit encore gagner la bataille de l’hégémonie, non pas à gauche mais dans la société espagnole et  non pas « en s’adaptant à ce qui existe » mais « en ouvrant les esprits à ce qui pourrait exister ». Sa conclusion est sans appel : Podemos doit renoncer à une politique d’alliances conventionnelles pour retourner vers le discours primitif sous peine de désintégration : « El futur de Podem està inscrit en el seu passat com a expressió política autònoma del moviment social. » Il retrouve ici l’avertissement lancé par Ernest Laclau aux usagers de sa pensée : Les signifiants du discours dans la recherche de l’hégémonie doivent être des signifiants « vides » et non pas « équivoques » (Laclau, La guerre des identités, Paris, La découverte, p. 93). C’est-à-dire qu’ils doivent dépasser la segmentation (dire à chacun ce qu’il attend) pour devenir un discours sans contraire possible ni différences, un discours « contre ».

La question reste la même : qu’est-ce que l’hégémonie ? Un terme militaire et donc une figure de commandement, ἡγεμονία? On peut supposer que Manuel Castells et les dirigeants de Podemos ne songent en fait qu’à la conquête de l’hégémonie culturelle. Il faut gagner les esprits par tous les moyens contre la pensée dominante sous toutes se formes. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui n’a rien de commun avec la lutte politique à l’intérieur des institutions. Dans cet esprit, seule la conviction culturelle des masses (« de la société civile ») peut conduire à un dépassement des données politiques dominantes. Une vision du changement à perte de vue, comme une promesse philosophique qui emprunte son relativisme à Antonio Gramsci, bien sûr, mais aussi à Lao Tseu : « Il n’y a point de chemin vers le bonheur. Le bonheur c’est le chemin.  Le but n’est pas seulement le but, mais le chemin qui y conduit. »

Qui s’engagera dans un tel combat qui est plus proche de la mission évangélique que de la lutte politique (combinaison immorale de forces mesurées et antagonistes) ou sociale (lutte pour le partage des richesses) ?

¡Del Bosque presidente!

La métaphore footballistique du titre de mon dernier billet pouvait sembler de circonstance. Dans les faits, elle devient de plus en plus vraisemblable depuis la démission de Vicente del Bosque de son poste de sélectionneur de la Roja.

Les polémiques qui se développent autour du nom de son éventuel successeur sont assez proches de ce que l’Espagne s’apprête à vivre en matière politique dans les semaines qui viennent. La valse-hésitation du Psoe entre les deux postures possibles (voter non à l’investiture d’un gouvernement Rajoy ou s’abstenir pour laisser la droite gouverner à condition que la droite se trouve un autre leader) illustre bien le fait que, par ces temps de crise, chacun ouvre son parapluie.

On pourrait donc s’acheminer vers une tractation consensuelle: proposer Vicente del Bosque, homme avare en promesses, comme chef de gouvernement et demander à la Fédération espagnole de football de nommer Mariano Rajoy comme nouveau sélectionneur. Mais attention, l’UEFA veille au grain

Vicente Del Bosque

Catalogue social-démocrate?

La campagne officielle des élections législatives étant ouverte, en dehors des sondages qui apportent à la fois quelques éléments de stabilité pour le PP, le PSOE et Ciudadanos, qui progressent très peu ou reculent légèrement, l’incontestable nouveauté de ce « deuxième tour” de législatives, c’est bien le pacte électoral Podemos et Izquierda Unida et la présentation de listes communes sur tout le territoire espagnol sous le sigle « Unidos Podemos » et sous les sigles déjà présents là où cette unité avait été mise sur pied dès le 20 décembre. Ces listes sont créditées d’un pourcentage de voix possibles qui oscille entre 24 et 26%, les plaçant du même coup avant le PSOE (20%) et juste derrière le PP (28%).

La deuxième nouveauté, ce sont les discours.

Une métaphore évolutive est apparue dans le journal El País, la voici :

«Puesto que Unidos Podemos asume que se verá abocado a buscar acuerdos, trató de colocar la pelota en el tejado de Pedro Sánchez. “Es el PSOE el que tiene que elegir.»

Autrement dit, la balle est dans le camp du PSOE: soit accepter un compromis pour gouverner avec la gauche espagnole mais en position d’infériorité, soit se compromettre avec le PP. Oui, la balle est dans le camp de l’autre mais… sur son toit ! Il faudra une échelle et peut-être même un harnais de sécurité aux socialistes espagnols pour aller la chercher… sous peine d’accident.

Autre élément de discours qui fait le régal des médias, une déclaration de Pablo Iglesias suscite la rumeur (le « buzz », en bon français). Il a  affirmé dans certains de ses récents discours de campagne que l’objectif de Podemos était « d’occuper l’espace social-démocrate ». Outre que ce genre de glose autorise les communistes à réaffirmer leur identité (la tactique du « eux, c’est et nous, c’est nous »), il crée dans la gauche social-libérale espagnole un certain trouble. L’éditorial d’El Pais du 8 juin n’y voit qu’un coup tactique pour s’assurer l’hégémonie à la droite des communistes, et les socialistes revendiquent la propriété intellectuelle du label…

Au fond, ce qu’Iglesias met en oeuvre c’est le précepte défendu par Ernest Laclau:   récupérer des concepts pour les rénover. Comme le préconisait Chantal Mouffe en encourageant le travail de « resignification » du terme populisme (Chantal Mouffe: «Il est nécessaire d’élaborer un populisme de gauche», Mediapart, 8 avril 2016).

Enfin, Podemos a encore fait preuve d’une originalité  ambiguë en présentant son programme sous un format qui rappelle l’esthétique des catalogues IKEA…

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De quoi plaire à la classe moyenne sans trop de moyens et se complaire dans la banalité proprette des images de catalogue.

C’est un peu oublier qu’ IKEA est souvent décrié à cause du passé peu flatteur de son fondateur suédois.  A vouloir trop jouer avec les signes on s’emmêle les pieds dans la tapis.

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Le PSOE entre deux feux

Sans être grand clerc on peut penser que la campagne électorale des socialistes espagnols risque d’être compliquée. Les dernières déclarations du secrétaire général du PSOE, Pedro Sánchez, illustrent ces difficultés de façon exemplaire. Que faire quand un parti qui toujours été aux premières loges de la politique électorale depuis plus de trente ans, qui a gouverné sans partage pendant près de vingt ans, se retrouve dans la position qui est celle du PSOE? Il a obtenu en décembre son plus mauvais score depuis 1977 et il est en passe, selon les sondages, de se retrouver en troisième position derrière la coalition Podemos-IU.

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Ainsi se comprend le discours de plus en plus ambigu de Pedro Sánchez qui promet qu’il n’y aura pas de nouvelles élections devant une assemblée de patrons (les patrons n’aiment pas les élections) mais sans déterminer si cette certitude résulte d’un accord à gauche avec une force qui risque de devancer son parti ou en laissant la droite gouverner (le choix de Felipe González, nous l’avons déjà dit). Il reste un petit espoir à Pedro Sánchez c’est que son parti, à défuat de devancer Podemos-Iu en nombre de voix, le devance en sièges.   Le système électoral espagnol peut lui permettre de nourrir ce petit espoir, celui de la dernière chance. Et dans ces conditions,  renouveler son parte avec Ciudadanos et demander au PP de le laisser gouverner. Cette dernière alternative s’annonce de plus en plus difficile, puisqu’elle a échoué une première fois en janvier.

Choisir ses produits, mettre en oeuvre sa recette, et surveiller de près ses fers quand on en a plusieurs au feu. Et surtout éviter de partager sa cuisine avec Bertín Osborne.

GRA163. MADRID, 24/11/2015.- Fotografía facilitada por RTVE, de un momento de la entrevista en el programa "En la tuya o en la mía" que ha protagonizado el secretario general del PSOE y candidato a presidente del Gobierno, Pedro Sánchez (d), que ha sido invitado a la casa del presentador Bertín Osborne (i), y que se emitirá mañana miércoles. EFE ***SOLO USO EDITORIAL***