L’ambiguité de l’article 15 du Traité d’Aix-la-Chapelle

Dans le cadre que nous avons essayé de comprendre, autrement dit dans le cadre du bilinguisme transfrontalier proposé par le texte, on peut se demander si, dans les faits ce bilinguisme (dont le Président a bien dit, qu’à ses yeux, il ne pouvait être confondu avec la coofficialité).

Voici ce que le quotidien Ouest France retient de son discours sur la langue corse du 6 février dernier (vous pouvez aussi ire le discours du président ici:

Emmanuel Macron a fermé la porte à la reconnaissance de la langue corse comme langue officielle au même titre que le français. La langue française « a été le premier sédiment » de la France, a-t-il estimé, jugeant « indispensable que nous gardions ce qui nous a faits ».

« La langue corse doit être préservée et développée », a-t-il néanmoins concédé, et le « bilinguisme pleinement reconnu et accepté » mais « le bilinguisme, ce n’est pas la co-officialité », a précisé le chef de l’État, prévenant qu’il n’accepterait « jamais de réserver à celui qui parle corse tel ou tel emploi ».

Le bilinguisme « est la reconnaissance de la diversité » mais « n’est pas une nouvelle frontière dans la République, la division de la Nation et du peuple français », a-t-il poursuivi…

Dans le discours d’Emmanuel Macron on trouve une ébauche de définition du bilinguisme qui n’éclaire pas la question. Même la notion de « premier sédiment » est contestable. S’il est fait allusion à l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, nous retrouvons le sens profond du discours de continuité de’Emmanuel Macron, continuité entre l’ancien et régime et notre temps, l’une de ses marottes:

…dans la République française, et d’avant même la République, il y a une langue officielle, et c’est le français.

Cette ébauche correspond à que nous pourrions appeler une idée reçue, un lieu commun, érigé en dogme, en ignorant les travaux des sociolinguistes (au Canada en particulier) qui distinguent plusieurs types de bilinguisme (additif, soustractif,etc.), ce qui ne permet pas de généraliser « l’enrichissement éventuel » du fait bilingue:

Le bilinguisme, c’est le contraire de ce qui exclut ou ce qui discrimine. C’est le fait de voyager entre plusieurs univers linguistiques. C’est un enrichissement, une ouverture. La défense légitime de la langue corse ne doit donc pas relever d’une logique de l’entre-soi qui pourrait mener, par exemple, à la fermeture du marché du travail à qui n’est pas Corse ! Mais elle doit permettre de mieux s’enraciner à bon escient.

 

Nous pourrions objecter que le bilinguisme est une affaire privée qui témoigne des variétés de contacts ou d’imprégnations culturelles des personnes et des familles. On ne comprend donc pas vraiment pourquoi la loi (ici le Traité, qui, une fois ratifié aura force de loi) tente de légiférer ce qui est de l’ordre de la vie privée. Ou alors le terme de bilinguisme vient masquer celui qu’on ne veut pas entendre, celui de coofficalité.

Soyons concrets. Est-ce que l’article 15 prévoit que les mairies de ces territoires devront gérer leur accueil au public dans les deux langues? Est-ce que la classe de l’école primaire de ces territoires devra permettre l’apprentissage et l’usage des deux langues? Est-ce que l’affichage commercial devra ou pourra se faire dans les deux langues?  Il n’y a pas de réponse à ces questions. D’autres questions se posent: y-aura-t-il réciprocité? Dans quels territoires allemands?

Enfin pour finir, on peut se poser la question de la survie de l’alsacien. Quelques expériences associatives défendent le concept de bilinguisme en Alsace mais pas comme pourrait l’entendre le président, elles préconisent et appliquent un bilinguisme immersif alsacien-allemand, « pour sauver l’alsacien » menacé de disparition. Malgré les menaces d’arrêts des aides et subventions, elles ont réussi à faire céder le Rectorat, autrement dit l’Etat.

Le traité d’Aix-la-Chapelle et le bilinguisme

Depuis quelques jours, la chronique médiatique se déchaîne à propos des critiques avancées par les uns et les autres (les « souverainistes » français, dit-on) contre le Traité portant  « sur la coopération et l’intégration franco-allemandes » signé entre la France et la RFA le 22 janvier dernier. Ce traité dit « d’Aix-la-Chapelle », renoue avec une tradition remontant à 1963 de traités bilatéraux qui définissent et redessinent les contours de la coopération franco-allemande. Je note que le Traité d’Aix-la-Chapelle est « de coopération et d’intégration », le second terme de son intitulé étant sûrement celui qui a créé le plus d’équivoques et attiré le plus de critiques.

Sans enter dans le détail du texte, relativement bref par ailleurs (12 pages et 28 articles) pour déterminer si cette intégration voulue est synonyme de perte de souveraineté ou de mise en commun des ressources, je retiens que le préambule indique que les deux parties agissent, dans le cadre de ce traité « conformément à leurs règles constitutionnelles et juridiques nationales respectives ». Cette conformité suppose que le traité soit ratifié par les deux parlements et que son contenu soit conforme aux constitutions respectives des deux Etats, examen qui revient aux tribunaux constitutionnels de chacun des deux pays.  S’il y a conformité le traité devient un texte de rang constitutionnel, s’il n’y a pas conformité sur tel ou tel point ou aspect, soit il est modifié et renégocié, soit la constitution est modifiée selon les procédures connues d’avance et fixées par le texte fondamental lui-même.

Langues d’apprentissage

Voici donc la question qui se pose. Dans le texte du traité de 1963 la question des langues est placée sous le signe exclusif de leur apprentissage:

Les deux Gouvernements reconnaissent l’importance essentielle que revêt pour la coopération franco-allemande la connaissance dans chacun des deux pays de la langue de l’autre. Ils s’efforceront, à cette fin, de prendre des mesures concrètes en vue d’accroître le nombre des élèves allemands apprenant la langue française et celui des élèves français apprenant la langue allemande.

Dans le dernier texte, la question de l’apprentissage est toujours évoquée dans le chapitre 3, « Culture, enseignement, recherche et mobilité ». Est rappelé le rôle de l’OFAJ et encouragée la mise en place de programmes destinés à la jeunesse et d’une plate-forme numérique. Dans les articles 10 et 11 on retrouve les mêmes propos, dans un langage correspondant au contexte actuel, c’est-à-dire en mettant plus l’accent sur les coopérations dans l’enseignement supérieur:

Article 10
Les deux États rapprochent leurs systèmes éducatifs grâce au développement de l’apprentissage mutuel de la langue de l’autre, à l’adoption, conformément à leur organisation constitutionnelle, de stratégies visant à accroître le nombre d’élèves étudiant la langue du partenaire, à une action en faveur de la reconnaissance mutuelle des diplômes et à la mise en place d’outils d’excellence franco-allemands pour la recherche, la formation et l’enseignement professionnels, ainsi que de doubles programmes franco-allemands intégrés relevant de l’enseignement supérieur.
Article 11
Les deux États favorisent la mise en réseau de leurs systèmes d’enseignement et de recherche ainsi que de leurs structures de financement. Ils poursuivent le développement de l’Université franco-allemande et encouragent les universités françaises et allemandes à participer à des réseaux d’universités européennes.

Donc rien de bien nouveau si ce n’est qu’on est étonné d’apprendre entre les lignes qu’il y a encore une difficulté à reconnaître les diplômes acquis dans un pays ou dans l’autre, des décennies après la mise en place des coopérations universitaires, mais c’est l’une des réalités européennes: il y a de véritables politiques de protection des diplômes nationaux en Europe relevant de la crainte d’une concurrence déloyale dans les métiers de haute qualification.

Langues d’usage et bilinguisme

Pour entrer dans le vif de la question, il faut tout d’abord comprendre que nous sommes dans le traitement des questions transfrontalières (chapitre 4). La proposition est celle qui verra la mise en place d’un « comité de coopération transfrontalière » (Art. 14) dont le rôle n’est en rien nouveau si on se fie aux structures de dialogue déjà instaurées dans un cadre interrégional, avec l’eurorégion  Pyrénées-Méditerranée qui rassemble les Baléares, l’Occitanie et la Catalogne, par exemple. Ici la nuance tient au fait que ce comité sera piloté par les deux Etats, même si les entités transfrontalières locales y seront associées, ce qui n’est pas le cas dans les instance de coopération interrégionales qui entrent dans le domaine de compétences des seules régions et dans un cadre juridique européen (Règlement (CE) n°1082/2006 du Parlement et du Conseil du 5 juillet 2006, Règlement (CE) n°1302/2013 du Parlement et du Conseil du 17 décembre 2013).

Là ou il a un réel changement c’est quand on lit l’article 15 du traité. Que stipule-t-il?

« Les deux Etats sont attachés à l’objectif du bilinguisme dans les territoires frontaliers et accordent leur soutien aux collectivités frontalières afin d’élaborer et de mettre en oeuvre des stratégies appropriées.  »

On peut remarquer que la promotion du bilinguisme n’est définie que vaguement: bilinguisme dans l’affichage commercial? Bilinguisme dans les administrations des « territoires frontaliers », autrement dit, dans les communes, les Intercoms, peut-être aussi les région entières. Disons, pour être clairs: l’Alsace est-elle un « territoire frontalier » ou seules le sont les communes dont l’une des limites est la frontières franco-allemande? Ou, faut-il comprendre que l’allemand pourrait être envisagé comme l’autre langue de l’Alsace ou seulement comme l’autre langue de zones strictement frontalières, à Strasbourg et à Kehl mais pas à Hagenau ni Freudenstadt?

Dernier point: la question elle-même du bilinguisme pose problème.

La Constitution française stipule dans  son article 2 que « La langue de la République est le français. »Cet article s’applique partout sur le territoire français, même en Corse où une proposition votée en 2013 par le parlement corse proposant que le corse soit langue co-officielle de l’Île a été rejetée par l’Etat, rejet confirmé par Emmanuel Macron en février 2018: «  »Le bilinguisme, ce n’est pas la co-officialité ». Formule mystérieuse, puisqu’on peut se demander alors ce que peut bien être le bilinguisme étendu à des espaces publics (« territoires » dit le texte), et non pas limité à des pratiques privées? Personne n’a jamais interdit à personne de parler allemand en Alsace.

Introduire le principe de bilinguisme de territoires c’est consacrer une co-officialité de fait des deux langues dans le même espace. Envisagé ainsi, le Conseil Constitutionnel devra trancher et nous expliquer en quoi le bilinguisme n’est pas la co-officialité. S’il n’y a en effet pas de signe égal juridique entre les deux langues sur ces territoires, c’est qu’il n’y a pas et il n’y aura pas de bilinguisme territorial. Sinon il faut adopter le schéma de la constitution espagnole qui, dans son article 3, ne se pose pas la question oiseuse de la différence supposée entre co-officialité et bilinguisme, mais bien de l’application de plein droit du principe bilingue:

Article 3.
1. Le castillan est la langue espagnole officielle de l’État. Tous les
Espagnols ont le devoir de la savoir et le droit de l’utiliser.
2. Les autres langues espagnoles seront également officielles
dans les Communautés autonomes respectives, conformément à
leurs statuts.

Je remarque pour finir que sur le site officiel franco-allemand, dans le résumé des 15 objectifs du traité, cet élément n’apparaît pas.

Ruissellement: Chorreo, goteo ou derrame?

Chacun connaît la « théorie du ruissellement » qui dit que plus les riches s’enrichissent, plus les pauvres bénéficient de retombées positives. Cette « théorie » a servi à l’offensive conservatrice encore en cours engagée contre des politiques de redistribution plus justes et solidaires de la richesse produite par tous  au moyen de l’impôt progressif et de la cotisation sociale.

Elle est l’adaptation cynique de certaines allégations formulées par Adam Smith et David Ricardo, à l’époque où le champagne commence à entrer dans les mœurs des riches.

Chacun connait la citation célèbre du premier, tirée de son ouvrage publié en 1776,  An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations):

Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme.

L’égoïsme et la recherche de l’ intérêt personnel sont mécaniquement bénéfiques pour tous (la richesse crée de l’activité, l’activité, de l’emploi, l’emploi de la consommation et la consommation de la richesse, etc.). Ce cercle vertueux a été instrumetalisé par les penseurs contemporains ultra-libéraux qui souhaitaient diminuer la dépense publique  pour accroître les richesses accumulées par les « égoïstes » et renforcer le trickle down, autrement dit le ruissellement  vers le bas, selon cet autre critère smithien:

L’accroissement des revenus et des capitaux est l’accroissement de la richesse nationale ; donc la demande de ceux qui vivent de salaires augmente naturellement avec l’accroissement de la richesse nationale, et il n’est pas possible qu’elle augmente sans cela.

La richesse nationale ne doit pas être comprise comme la richesse de l’Etat mais comme la richesse totale produite ou existant dans une communauté nationale, quel que soit le partage qui en est fait.

Ricardo, pour sa part, revient sur la théorie de Smith en lui donnant un prolongement (Œuvres complètes de David Ricardo, 1847):

Toute modification des lois sur les pauvres, qui n’aurait pas pour but leur abolition, ne mérite aucune attention…

La formule est ambiguë mais comprise à la lettre, elle a donné ceci dans le langage-macron moderne:

La politique sociale… Regardez : on met un pognon de dingue dans les minima sociaux, et les gens sont quand même pauvres. On n’en sort pas. Les gens naissent pauvres et restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres restent pauvres… Il faut qu’ils puissent s’en sortir.

Le  langage-macron exprime le ruissellement sous une autre forme métaphorique que chacun connaît aujourd’hui:

Je crois à la cordée, il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre […] Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée c’est toute la cordée qui dégringole.

 

Si tout le monde s’accorde en français pour traduire trickle down par ruissellement, en langue espagnole les choses ont l’air plus compliquée puisque j’ai touvé trois possibilités admises: goteo, chorreo et même derrame. On verra ça de plus près…

Il est vrai que dans le pays voisin, on voit le mal partout et même quand il est question de faire sauter le bouchon… on remet la Catalogne au premier plan!

La normalidad

En feuilletant El Pais ce matin (14 octobre), j’ai lu un entretien accordé par le Président de l’association Omnium Cultural, Jordi Cuixart, qui a reçu la journaliste de ce quotidien dans la prison catalane de Lledoners. Il critique l’action de la justice espagnole, ou plus exactement, celle du juge d’instruction du Tribunal Suprême [Cour de cassation], en disant qu’il ne cesse d’intervenir dans « la normalité de la vie parlementaire ».

Les termes de « normalité » et de « normalisation » sont assez souvent présents dans le discours « souverainiste », c’est-à-dire indépendantiste. Mais cet emploi vient de plus loin et trouve son origine dans le texte même du discours catalaniste (qu’il ne faut pas confondre avec le discours indépendantiste ou séparatiste). Par exemple, la première loi linguistique portant sur l’usage et l’officialité du catalan de juillet 1983 porte le nom de « Loi de normalisation linguistique ».

Cette référence revient de façon systématique. Autre exemple, on la retrouve dans ce que rapporte El Confidencial en janvier 2018 quand il était question d’élire le président de la Généralité après les élections de décembre:

« En una entrevista en ‘Más de Uno’ de Onda Cero, Pascal considera que investir a Puigdemont « es normalizar » la situación porque « es lo que manifestaron en las urnas ». Eso sí, advierte que esta opción « no es una apuesta por la unilateralidad », algo que sí defiende la CUP, que ha exigido a Junts Per Catalunya y ERC materializar la república por cualquier vía para apoyar la investidura. »

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Marta Pascal, c’était l’une des porte-parole du PdeCat, le parti de Puigdemont, elle est aussi membre de l’Omnium Cultural.

Ce discours de « normalité » est l’une des manifestations des opérations de triangulation auxquelles se livrent en permanence les indépendantistes. La normalité c’est le choix de rester dans la norme. Or la déclaration d’indépendance d’octobre 2017 et le coup de force engagé n’avaient rien à voir avec ce principe.

La triangulation est l’un des vices du discours politique. Et puisque, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la question catalane, je m’intéresse à la question tchécoslovaque, je rappellerai que la politique de normalisation pour ce pays en 1968 a signifié la fin de l’espérance soulevé par le printemps de Prague et à terme, la dissolution de l’Etat tchécoslovaque.

La légende nationale I

Les critiques directes et indirectes que je reçois à travers ce blog, dans ses parties qui traitent de la Catalogne reposent surtout, en ces temps difficiles, sur ma supposée méconnaissance de la Catalogne, de la catalanité, de l’alma catalana comme la définissait Joan Maragall au début du XXe siècle.

Naturellement je ne vais pas me justifier mais je prétend la connaître aussi bien que d’autres, lisant, parlant et écrivant cette langue comme je lis, parle et écris la castillan.  Ce procès en connaissance est habituel de ceux qui considèrent qu’une bonne et profonde appréhension de la catalanité ne peut être qu’ atavique, et, par conséquent, irrationnel et non soumis à une quelconque vision critique.

La question catalane est une, l’irrationalité politique qui décrète qu’il existe « un peuple » catalan » qui aurait le droit de décider de son sort est autre. Je franchis allègrement le point Godwin pour reprendre à mon compte  ce que dit Thimothy Snyder en reprenant Viktor Klemperer: « … la langue de Hitler rejetait toute opposition légitime: le peuple désignait toujours certaines personnes et pas d’autres… » (Snyder, De la tyrannie, Gallimard, édition française 2017). L’appel au peuple (qui exclue qui?) et à son éventuel droit de choisir est donc dangereux parce qu’il conduit au phénomène de « l’obéissance anticipée » qui amalgame des demandes hétérogènes,  » adaptation instinctive, irréfléchie à une situation nouvelle », pour citer encore Snyder.

La mythologie millénariste qui apparaît en creux dans la résolution votée le 27 octobre dernier, celle qui croit que la Catalogne a existé en tant qu’Etat par le passé, sous le Comte Jofre el Pelut (les catalan préfèrent l’appeler el Pilós, c’est plus élégant) est aussi ridicule que celle qui consiste à faire remonter l’idée de France à Clovis. Comme si le proclamé Pater Patriae par les rois d’Aragon était la source d’une patrie catalane depuis occupée par les hirsutes du sud:

La nació catalana, la seva llengua i la seva cultura tenen mil anys d’història. Durant segles, Catalunya s’ha dotat i ha gaudit d’institucions pròpies que han exercit l’autogovern amb plenitud, amb la Generalitat com a màxima expressió dels drets històrics de Catalunya. El parlamentarisme ha estat, durant els períodes de llibertat, la columna sobre la qual s’han sustentat aquestes institucions, s’ha canalitzat a través de les Corts Catalanes i i ha cristal·litzat en les Constitucions de Catalunya.

C’est prêter aux seigneurs de cette fin du IXe siècle des projets qui n’étaient pas les leurs et mettre en place un « roman de la nation » et non pas un récit national. La puissance du Pelut était purement féodale, en rien nationale.

Il reste donc la vision maragallienne de la catalanité, celle d’un paysage imprimant sa marque et donnant ses vertus aux humains qui le peuplent.

Une vision maurassienne partagée par Léon Daudet qui est loin des réalités et peut être adaptée à n’importe quel coin de notre planète, comme un modèle identitaire prêt-à-poser. Cette vision est aussi celle du félibrige (en Catalogne il est apparu sous la forme des Jocs Florals qui naissent au milieu du XIXe siècle comme annonce culturelle de la littérature politique nationaliste) qui avait compris depuis longtemps que la langue est une arme, comme l’entendait Frédéric Mistral dan son poème La renaissance:

Qui tient sa langue tient la clé
Qui de ses chaînes le délivre.

Parler de l’âme d’un peuple, du libre choix d’un peuple, c’est exclure d’emblée l’autre pour lequel la terminologie méprisante ne manque dans aucune langue, pas même en catalan.

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A suivre…

Catalogue social-démocrate?

La campagne officielle des élections législatives étant ouverte, en dehors des sondages qui apportent à la fois quelques éléments de stabilité pour le PP, le PSOE et Ciudadanos, qui progressent très peu ou reculent légèrement, l’incontestable nouveauté de ce « deuxième tour” de législatives, c’est bien le pacte électoral Podemos et Izquierda Unida et la présentation de listes communes sur tout le territoire espagnol sous le sigle « Unidos Podemos » et sous les sigles déjà présents là où cette unité avait été mise sur pied dès le 20 décembre. Ces listes sont créditées d’un pourcentage de voix possibles qui oscille entre 24 et 26%, les plaçant du même coup avant le PSOE (20%) et juste derrière le PP (28%).

La deuxième nouveauté, ce sont les discours.

Une métaphore évolutive est apparue dans le journal El País, la voici :

«Puesto que Unidos Podemos asume que se verá abocado a buscar acuerdos, trató de colocar la pelota en el tejado de Pedro Sánchez. “Es el PSOE el que tiene que elegir.»

Autrement dit, la balle est dans le camp du PSOE: soit accepter un compromis pour gouverner avec la gauche espagnole mais en position d’infériorité, soit se compromettre avec le PP. Oui, la balle est dans le camp de l’autre mais… sur son toit ! Il faudra une échelle et peut-être même un harnais de sécurité aux socialistes espagnols pour aller la chercher… sous peine d’accident.

Autre élément de discours qui fait le régal des médias, une déclaration de Pablo Iglesias suscite la rumeur (le « buzz », en bon français). Il a  affirmé dans certains de ses récents discours de campagne que l’objectif de Podemos était « d’occuper l’espace social-démocrate ». Outre que ce genre de glose autorise les communistes à réaffirmer leur identité (la tactique du « eux, c’est et nous, c’est nous »), il crée dans la gauche social-libérale espagnole un certain trouble. L’éditorial d’El Pais du 8 juin n’y voit qu’un coup tactique pour s’assurer l’hégémonie à la droite des communistes, et les socialistes revendiquent la propriété intellectuelle du label…

Au fond, ce qu’Iglesias met en oeuvre c’est le précepte défendu par Ernest Laclau:   récupérer des concepts pour les rénover. Comme le préconisait Chantal Mouffe en encourageant le travail de « resignification » du terme populisme (Chantal Mouffe: «Il est nécessaire d’élaborer un populisme de gauche», Mediapart, 8 avril 2016).

Enfin, Podemos a encore fait preuve d’une originalité  ambiguë en présentant son programme sous un format qui rappelle l’esthétique des catalogues IKEA…

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De quoi plaire à la classe moyenne sans trop de moyens et se complaire dans la banalité proprette des images de catalogue.

C’est un peu oublier qu’ IKEA est souvent décrié à cause du passé peu flatteur de son fondateur suédois.  A vouloir trop jouer avec les signes on s’emmêle les pieds dans la tapis.

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Je hais le nouvel an, odio il capodanno

Ces derniers temps une formule d’Antonio Gramsci a fait fortune par ces temps de crise. Je cite :

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Elle est répétée jusqu’à la nausée par les journalistes, les experts de tout poil, les hommes politiques, qui, souvent n’ont pas la moindre idée de l’origine de cet aphorisme, de son auteur ou de l’histoire politique de l’Italie du XXe siècle.

Voici quelques exemples.

Dans le journal L’Humanité du vendredi 1er avril, le journaliste Stéphane Aubouard en fait la matière de la première question de son entretien avec Bertrand Badie, universitaire spécialistes des relations internationales, qui vient défendre son idée de ce que doit être la nouvelle diplomatie, qu’il appelle « diplomatie de l’altérité » (encore un terme qui va faire fortune).

Dans une tribune datée de 2009, publiée par le journal Le Monde, le politologue Pascal Perrineau et le sociologue Michel Wieviorka (deux habitués du petit monde des donneurs d’avis qui se retrouvent régulièrement dans l’émission C’dans l’air, talk-show politique pour retraités), l’employaient pour critiquer le passéisme du mouvement social depuis les années 90.

Dans un ouvrage de mélanges publié en hommage à Alain Lancelot, presque les mêmes (Perrineau et Badie) tricotaient sur une variante plus droitière (oh combien!) de la formule, attribuée à Ernest Coeurderoy: « Tout renaît, tout se transforme, de la décomposition surgit la recomposition, du désordre, un nouvel ordre, purifié.  »

Je voudrais faire une  suggestion. Pourquoi faire appel à Marx (« le bébé et l’eau du bain ») et à Gramsci, lecteur de Hobbes? Parce qu’ils avaient une pensée-monde bien moins étroite que nos experts. Je propose donc de varier les citations:

– Que la 11ème thèse sur Feuerbach (« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer. ») soit remplacée par la 8ème (« Toute vie sociale est essentiellement pratique. Tous les mystères qui détournent la théorie vers le mysticisme trouvent leur solution rationnelle dans la pratique humaine et dans la compréhension de cette pratique. »)

-Que « le vieux monde… » de Gramsci soit remplacé par cette autre formule: « Odio il capodanno. » Pour qu’on en finisse avec les marronniers de presse et les jubilés. Cette citation n’est pas très éloignée de l’autre, puisque Gramsci précise: « La  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. »

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Fasciste, fascista, facho et facha…

Le goût pour l’apocope se niche partout. Même dans l’invective. Je l’ai éprouvé le jour où, discutant avec un collègue professeur du secondaire, ce dernier affirmait que les profs qui abusaient de leur  autorité étaient des « fascistes». Je lui ai répondu que l’abus de pouvoir était une constante dans nos pays, que le 49-3 était  une procédure « fasciste », que le recours à la force même légitime aussi. Par conséquent, rien de semblable ne pouvait être affirmé quand il y avait abus d’autorité ou de pouvoir… et que le fascisme était une conception totale de l’Etat et de la société et pas une attitude.

Or, ces dernières semaines les trois biographies de Le Corbusier publiées à l’occasion de l’exposition qui le célèbre au Centre Pompidou, revenaient sur son passé, sa pensée réactionnaire et pétainiste.  Le tout finissait par donner des titres comme celui-ci, aussi idiot que vulgaire.

Ce titre pose aussi un problème puisque il instaure une certaine différence entre le ton accusatoire de l’un des livres mentionnés, celui de Xavier de Jarcy, Le Corbusier, un fascisme français, édité chez Albin Michel et son compte-rendu. En effet, on peut se demander si Le Corbusier était fasciste, facho ou pétainiste et si entre ces trois apostrophes il y a un réel signe d’égalité. On pourrait ainsi à l’infini décliner ce genre de mises en accusation, fondées généralement sur des faits et des attitudes d’autres époques. La question n’est pas de savoir si Le Corbusier a été fasciste ou pétainiste mais quelle pertinence cette question peut avoir dans le rapport qu’elle a entretenu ou pas avec son travail ou sa pensée urbaine.

En Espagne, nombreux sont les politiciens, intellectuels, universitaires ou hommes dotés d’un quelconque pouvoir qui ont changé de bord tout au long de la longue dictature franquiste. Mais la fréquence s’est brusquement accélérée à la fin de l’année 1974 et de nombreux défenseurs de l’Etat corporatif, par exemple, sont devenus en un tournemain des défenseurs zélés de la démocratie parlementaire.

Nous ne sommes pas en reste en France. La liste est longue, de François Mitterrand à Jean Cocteau en passant par Maurice Papon et de plus célèbres, de moins engagés ou encore d’obscurs personnages… Je retiendrai celui d’une figure célèbre des années soixante-dix, Maurice Clavel. Ancien résistant, soutien des maoïstes français en 1968, victime d’une authentique crise mystique un peu plus tard, il a pourtant été un militant de l’extrême droite française, distribuant des tracts du PPF de Jacques Doriot à Sète, à la fin des années trente puis à Paris, au moment où il intégra l’Ecole Normale Supérieure. Son cothurne, Pierre Boutang, n’hésitait pas à évoquer Clavel en hitlérien qu’il avait fallu ramener avec patience vers une conception plus maurassienne de l’Etat et de la société. On se demande où venait se nicher la différence, sinon celle de retrouver les racines d’un fascisme purement français. Ce n’est que parce qu’il considérait que Pétain était trop faible et sénile qu’il opta pour la résistance fin 1942.

Donc, Le Corbusier était un fasciste, puisque ses positions n’ont pas varié, mais Clavel un vrai « facho » qui a passé sa vie à aller et venir entre Maurras, Dieu et Mao.

Lorsqu’on s’intéresse à l’Espagne, cette question se pose à tout moment. Disons celle de la compromission avec des régimes considérés  comme inspirés par l’abus d’autorité, le culte du chef, la dénonciation maniaque du complot antinational et la haine du suffrage universel.

Parce que traiter qui que ce soit de « facha» n’engage pas beaucoup, c’est une apostrophe enveloppante, une sorte de fourre-tout sans grande tenue ou plutôt qui génère sa propre caricature. Mais le traiter de fasciste, c’est lui prêter sérieusement quelque constance idéologique. Il en va de même en Espagne, pays dans lequel on se pose encore la question de savoir si le régime franquiste était autoritaire ou fasciste. Un régime ne peut d’ailleurs pas être « facho », seuls des individus peuvent l’être. Mais on peut aussi « noyer le poisson polysémique » en proposant des définitions bien scolaires.

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Imposible Sinaí

maxaubyAndreMalraux_en_Sieera_de_TeruelpeliMax Aub et André Malraux dans les rues de Madrid pendant le tournage de Sierra de Teruel (L’espoir).

 

En rangeant mes livres (déménager est toujours un moment pénible  où les souvenirs  des lectures passées remontent à la surface comme bois flotté), j’ai retrouvé, au milieu de tout un bric-à-brac littéraire, un petit livre de Max Aub que j’avais acheté il y a une vingtaine d’année en furetant dans les rayons de la Libraire espagnole de la rue de Seine. Il s’agit de Imposible Sinaí . En vérité je cherchais une version espagnole des Crimes exemplaires de cet auteur. Depuis je l’ai trouvée à Madrid, rassurez-vous.

D’abord l’anecdote. Quelques semaines plus tôt, en me rendant à Madrid, je fis une halte  à Burgos pour déguster  morcilla et leche frita et me donner du temps pour déjeuner le lendemain, à Lerma, d’un fabuleux corderito lechal (toujours en bonne compagnie).  Passant devant un libraire du centre de la ville, j’avisai une librairie disposant à première vue d’un fonds intéressant. J’entre. Je demande s’ils ont en rayon des ouvrages de Max Aub. Réponse du libraire: « Aquí no vendemos literatura extranjera. » Max Aub, l’une des plus brillantes écritures espagnoles du siècle était donc inconnu de ce libraire. A méditer.

Imposible Sinaí a été publié par Seix Barral en 1982, dix ans après la mort de son auteur. Dans la courte note qui ouvre le livre, Max Aub nous dit:

« Estos escritos fueron encontrados en bolsillos y mochilas de muertos árabes y judíos de la llamada « guerra de los seis días » en 1967. Las traducciones deben mucho a mis alumnos. Se lo agradezco. No tomo parte; sólo escojo para su publicación los que me parecieron más característicos. »

De ces textes courts je retiens quatre lignes, signées par  Salomon Chavsky, soldat israelien mort au cours du cinquième jour à Bir GifGafa, en plein Sinaï:

« Pobres árabes, árabes pobres… ¿Cuál es el adjetivo, cuál es el sustantivo? »

 

 

Michael Kohlhaas, Un Quichotte sans Sancho

PHOedcc2c62-c47c-11e2-82bd-ed616738bb79-805x453Voici quelques jours j’ai vu le film d’Arnaud des Paillères, Michael Kohlhaas, adaptation du roman éponyme d’Heinrich Von Kleist publié au début du XIXe siècle.

L’histoire de ce marchand de chevaux, homme de la classe moyenne paisible qui va jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la violence pour faire respecter son droit est à la fois exceptionnelle et glaçante. Le contexte est celui de la réforme et de l’établissement de frontières douanières entre la Saxe et la Prusse et la subsistance de certaines formes de violence féodale dans la structure de ces Etats germaniques, tout ceci au milieu d’une tourmente religieuse  née un siècle plus tôt, le développement de la Réforme luthérienne.

Arnaud des Paillères déplace l’intrigue dans d’autres paysages, dans un autre contexte historique, il la déplace vers la France de ce même XVIe siècle finissant et vers le sud, entre Béarn et Navarre. Le Prince Electeur de Saxe devient une Marguerite de Navarre machiavélique, aussi forte qu’un lion et aussi rusée qu’un renard. Et les paysages sont ceux d’une Lozère austère et froide, ce qu’elle est en vérité pendant la saison hivernale, ceux qui aiment ces paysages-là le savent bien. Les changements sont nombreux. La fille de Michael Kohlhaas est un personnage ajouté, le chemineau catalan interprété par Sergi Lopez aussi et Denis Lavant est une synthèse de la pensée protestante sur le pouvoir qui engage à la soumission et à la pénitence.

http://abonnes.lemonde.fr/culture/article/2013/08/13/arnaud-des-pallieres-a-50-ans-ce-qui-m-interesse-c-est-toujours-la-question-de-la-revolte_3460684_3246.html

L’homme Michael Kohlhass qui en résulte (sous les traits de Mads Mikkelsen) me plaît. Il n’est pas sans me rappeler l’espagnol de l’Abbaye aux Hommes de Caen dont je parlais il y a quelques jours qui écrivait sur l’un des murs de cette abbaye, à la même époque ou peu s’en faut,  « Antes muerto que mudado ».

Dans l’entretient que j’ai mis en référence ci-dessus Arnaud des Paillères évoque un fait avéré qu’il a tenté de restitué dans son film : « …il y avait à l’époque, notamment dans le sud de la France, des tas de petits parlers, de dialectes… Les gens se comprenaient d’une langue à l’autre, surtout les marchands. »

Ainsi il propose un échange bref entre Michael Kohlhaas et le pasteur qui protège sa fille en hochdeutsch, passage incongru mais fascinant et il donne à Sergi Lopez l’occasion de nous proposer, sous la silhouette d’un Sancho Panza venu d’une autre culture, un long monologue cervantin en langue catalane. Voici ce qu’il en dit dans le même entretien :

« Alors que j’étais en phase d’écriture, je me suis pris de passion pour le plus beau film d’époque que j’aie vu depuis des années : Honor de Cavalleria, d’Albert Serra. Je tombe par terre en le voyant, je rêve un jour de pouvoir faire une chose comme celle-là, tellement pure, tellement splendide, tellement délicate ! Le personnage joué par Sergi Lopez est une sorte d’hommage au film. Il ne vient pas de Kleist, c’est une invention pure. Ensuite, un peu pour remercier Sergi d’avoir accepté ce petit rôle, je lui ai proposé de dire son texte en catalan. »

En France, ce manque de linéarité des langages a toujours importuné, ceci apparaît toujours dans les critiques faites au film (par exemple on peut lire dans Le Figaro du 24 mai 2013 cette petite, toute petite remarque:

« Dépayser Kleist, pourquoi pas? Mais les acteurs – le Danois Mads Mikkelsen et l’Allemand Bruno Ganz – dialoguent en français, chacun avec son accent. »

Perfide remarque… pourtant la diversité des langues  est un élément moteur et nécessaire des fictions  qui  se situent dans une France diverse, celle des temps monarchiques.

En voyant la figure de Michael Kohlhaas telle que la propose le film, homme blessé à mort par l’injustice, on ne peut s’empêcher de penser à  Don Quichotte et la référence d’Arnaud des Paillères au film d’Albert Serra Honor de cavalleria est explicite. Michael Kohlhaas serait un Don Quichotte qui n’aurait pas rencontré son Sancho alors que leurs chemins s’étaient croisés.

Pour terminer cette note, je pense que ce film est tout d’abord un hommage à René Allio mais aussi à John Ford et à Clint Eastwood. La façon de filmer la violence, la rendre étouffante, indécise, muette, de prendre un parti pris austère dans les dialogues –on parle peu, sans aucun excès de ton, sans effets-, l’ombre et la lumière se mêlant en contrastant chaque scène. Bref du bon cinéma, humaniste et sans concessions.  

Note de fin: Le roman d’Heinrich Von Kliest a été réédité cet été dans la collection des Mille et unes nuits (n° 622) accompagné d’un commentaire d’Arnaud des Paillères sur son adaptation au cinéma , de fiches sur les personnages et d’un entretien avec Mads Mikelsen. Tout ça pour un prix modique…