Un peu terre à terre

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Les classes moyennes, patrimoine en péril?

Voici un ouvrage étonnant, et, je dirais même plus, détonnant qui me tombe sous la main dans une librairie surchauffée d’Amboise. Il s’agit d’un petit ouvrage élégant, comme les éditions P.O.L savent les confectionner.

Son auteur, Nathalie Quintane, a déjà à son actif un nombre respectable d’ouvrages, une quinzaine aux titres séduisants : depuis le premier, Chaussures, publié en 1997, jusqu’au dernier, publié en novembre 2016, qui pose la question qui tue : « Que faire des classes moyennes ? ».

Il ne faut s’attendre à rien de comparable à un essai sociologique ou à une étude politologique, mais bien à la mise en mots d’une intuition formidable qui fait, à mes yeux, que ce livre est le meilleur qui a été écrit sur le phénomène des gilets jaunes. Deux ans avant qu’ils manifestent, six mois avant l’élection d’Emmanuel Macron n’ouvre l’abîme social que nous vivons aujourd’hui.

Or les manifestations des gilets jaunes nous montrent bien que ce concept est vide. Quelle que soit l’approche adoptée (le niveau de revenus, les auto-représentations), puisqu’elles sont moyennes, elles se trouvent dans un entre-deux intenable. Cette existence « non-fiable » des classes moyennes transparaît déjà par l’usage du pluriel. Elles fluctuent entre prolétariat et « les riches statistiques », situés au-dessus du « faux-plafond » de 3120 euros.

La question posée par les gilets jaunes est celle de la souffrance provoquée par ce basculement permanent entre prolétariat et classe moyenne du dessus, basculement observé par les archi-riches avec effroi quelquefois (« foule haineuse » disait Macron en décembre. Une fois la classe (toujours au singulier, elle) ouvrière défaite et paupérisée, la classe petite moyenne est le dernier os à ronger pour les ultra-riches, « qui se sont mis à enfourner et recracher du fric comme un distributeur détraqué ». Et elle ne s’est pas résignée , ouvrant une ère de révolte difficilement « sociologisable »  affirmait le sociologue Alain Bertho avant de se raviser.

Nathalie Quintane le fait deux ans plus tôt, avec une efficacité humoristique de haut vol. Je recommande donc sa lecture, tout en recommandant aussi, en même temps, de fermer son poste pour ne plus entendre ce bas bruit émis par les médias à débit continu… bas bruit géré par quelques-uns des distributeurs détraqués de chez nous.

La leçon de la chose, c’est que le livre sauve de la bêtise.

À la Une

NMS partie 10

Le tumulte qui vient

Il se trouve que ces démarches « horizontales » s’auto-définissent souvent comme « révolutionnaires » et peuvent aussi être indéfiniment dépassées par une nouvelle vague aux contours organisationnels plus ou moins identiques. Le titre du petit livre blanc du candidat Macron se prévalait de cette référence). Ainsi Macron candidat ne disait-il pas dans la préface de cet ouvrage, préface qui était aussi sa déclaration de candidature :

 Nous ne pouvons pas non plus demander aux Français de faire des efforts sans fin en leur promettant la sortie d’une crise qui n’en est pas une. De cette attitude indéfiniment reprise depuis trente ans par nos dirigeants viennent la lassitude, l’incrédulité et même le dégoût,

Ou encore :

Les Français sont plus conscients des nouvelles exigences du temps que leurs dirigeants. Ils sont moins conformistes, moins attachés à ces idées toutes faites qui assurent le confort intellectuel d’une vie politique. 

Dans ce trait de plume, qui ne dépasse pas le stade de la sociologie de comptoir ou de l’analyse politique d’éditorialiste de télévision, on retrouve l’idée de fond du génie des peuples, génie anti-élitiste et intuitif. On est évidemment loin du Macron président, maître des horloges qui, quelques mois plus tard, fustigeait l’impatience, la vacuité, l’inexistence même d’une bonne part des Français ne prenant en considération que certains d’entre-eux. Cette idée rejoint une pensée en réalité malthusienne qui exprime de la part des élites l’idée que le manque d’occupation est structurel (9% est le taux de chômage structurel selon le président) et qu’on ne sait pas (ou plus) quoi faire de ces personnes sinon les côtoyer en traînant leur « inutilité » comme un péché originel ou, pis encore, un coefficient d’erreur incompressible . Cette idée est parfaitement illustrée par une phrase prononcée en juillet 2017 devant un parterre de futurs informaticiens en formation dans l’ancienne gare Freyssinet : « « Une gare, c’est un lieu où l’on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ». En 2016, répondant à un quidam qui lui reprochait ses costumes, il répondait : « Vous n’allez pas me faire peur avec votre t-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ». En 2014, présentant son plan mobilité (les bus Macron), plan dont on sait qu’il n’a eu, outre son intention non-écologique évidente, aucun effet sinon de mettre en place une activité (déficitaire et anti-écologique) concurrençant le chemin de fer : le ministre d’alors exprimait encore son embarras devant l’existence même de ces pauvres: « Quand on me dit ‘les pauvres voyageront en autocar’, j’ai tendance à penser que c’est une caricature, mais les pauvres qui ne peuvent pas voyager, voyageront plus facilement ». Enfin il martelait cette vison duale discriminante de la société en octobre 2017 à la télévision en usant d’une métaphore alpine qui fait encore grincer des dents, celle du trickle down  à la française (la théorie du ruissellement) : « Je crois à la cordée, il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre […] Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée c’est toute la cordée qui dégringole », et, pour finir le déterminisme social et comment ne pas en sortir : « La politique sociale… Regardez : on met un pognon de dingue dans les minima sociaux, et les gens sont quand même pauvres. On n’en sort pas. Les gens naissent pauvres et restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres restent pauvres… Il faut qu’ils puissent s’en sortir ».

Le mouvement des « gilets jaunes », venant reprendre la même forme horizontale de structure qu’En marche, répondait, en novembre 2018 aux mêmes critères pour s’opposer à lui frontalement. Devant ce mouvement dont le sociologue Alain Bertho estime « qu’on ne peut [le] sociologiser»[1], autrement dit comme échappant à toute étude relevant de la sociologie des organisations, la réponse de l’Etat et des moyens de communications, au lieu d’être horizontale et attentive aux doléances exprimées, revêtait les mêmes critères conventionnels que ceux que ce pays avait connus. Dans un premier temps, de nombreux politiques et commentateurs se lançaient dans une vaste opération de discrédit du contenu de ses revendications, de ses méthodes si tant est qu’ils en aient eu (mise en avant de quelques faits de violence physique et verbale), de ses objectifs politiques –servir les objectifs de l’extrême droite- et, l’Etat usant de « la force légitime », mettait en place une répression policière d’envergure provoquant elle-même des actes de violence. Dans un deuxième temps, une fois le mouvement bien affaibli, politiquement divisé ou physiquement émoussé, une offre de dialogue assortie de quelques promesses compensatoires. Rien de bien différent aux agissements du monde ancien.

Face à cette riposte violente qui se réduit à la pratique habituelle à ne pas répondre aux demandes formulées, on trouve des mouvements qui refusent « l’articulation », l’éventualité même de la délégation ou représentation ou de la négociation. Les gilets jaunes parlent toujours de « préalable », annuler les taxes injustes et rétablir l’impôt sur la fortune dans son assiette originelle. Cette notion de préalable, on la retrouve aussi du côté de l’Etat mais elle est limitée par sa propre action : demander la condamnation de toute violence. Autant dire que le refus de revenir sur des mesures prises ne peut conduire qu’à la mise en avant de la violence comme terme absolu et donc un raidissement de la posture de l’Etat : proclamation de l’état d’urgence, mise en route de l’article 16. Toutes décisions qui s’apparentent à un coup d’Etat larvé et ouvrent la porte à l’effondrement.

Or, la décision de considérer quelques revendications des gilets jaunes a répondu à la nécessité de ne pas laisser le champ libre à la seule violence, la violence de l’insurrection ou la violence légale, à défaut d’être légitime, de l’Etat. L’étape du discours de contrition de Macron ramène comme pilier de l’hégémonie le langage, sa flexibilité, sa segmentation, l’absorption des arguments de l’autre pour alimenter son propre discours, ce que l’on appelle la triangulation,  vieilles pratiques déjà éprouvées. Les annonces ne laissent aucune illusion : elles sont faussées voire mensongères ou en tout état de cause, suffisamment floues pour concéder aux insurgés qu’ils ont obtenu une victoire.  Le deuxième discours du président e de la république est peut-être encore plus caricatural que le premier à ceci près qu’il contient deux perles ou fausses perles que d’aucun a du mal à insérer dans le déroulement des faits et dans les perspectives de la politique engagée il y a sept ans, dés le jours où Emmanuel Macron était engagé comme conseiller par François Hollande. La première est celle-ci qui vient conclure une description sommaire des changements à l’échelle mondiale :

…nous sommes en train de vivre plusieurs bouleversements inédits : le capitalisme ultralibéral et financier trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin…

Le subliminal emploi du terme « avidité» évoque par retour les discours anti-banque des années 80 du XIXe siècle. Il manque le qualificatif de « cosmopolite » et  le terme « parasite» pour retrouver quelques accents étranges a ce discours.

Le deuxième trait du discours est la diatribe contre les violents :

Nous ne vivons libres dans notre pays que parce que des générations qui nous ont précédé, se sont battues pour ne subir ni le despotisme, ni aucune tyrannie. Et cette liberté, elle requiert un ordre républicain ; elle exige le respect de chacun et de toutes les opinions ; que certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple – mais lequel, d’où ? Comment ? Et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse, s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France ! Le peuple est souverain. Il s’exprime lors des élections. Il y choisit des représentants qui font la loi précisément parce que nous sommes un Etat de droit.

Ce dernier passage est riche de références. Mais retenons ce qui a choqué : le qualificatif de « foule haineuse ». Donc une référence à Hobbes et Tardé qui prend soin d’extraire du lot un certain nombre de catégories qui ne sont pas la foule : forces de l’ordre, journalistes, juifs, étrangers et homosexuels, ceux qui seraient visées par elle. Cette foule haineuse, sans chef, sans principe, sans morale, il prend soin de la distinguer du peuple souverain qui, dans une démocratie représentative, s’exprime par les urnes quand on le sollicite et jamais autrement.

« La sévérité du général se déploie contre les particuliers; mais quand toute une armée a déserté, le pardon est nécessaire. Qu’est-ce qui désarme la colère du sage ? La foule des coupables (**) » Sénèque, (Lib. II, De ira, cap. x).


[1] « On ne peut pas sociologiser trop le mouvement des gilets jaunes. Visiblement c’est un mouvement de la France des petites villes, de gens qui ne sont pas très riches. »  Regards.fr, jeudi 29 novembre 2018, https://www.youtube.com/watch?v=pZNqajMf1Aw&feature=youtu.be

L’ambiguité de l’article 15 du Traité d’Aix-la-Chapelle

Dans le cadre que nous avons essayé de comprendre, autrement dit dans le cadre du bilinguisme transfrontalier proposé par le texte, on peut se demander si, dans les faits ce bilinguisme (dont le Président a bien dit, qu’à ses yeux, il ne pouvait être confondu avec la coofficialité).

Voici ce que le quotidien Ouest France retient de son discours sur la langue corse du 6 février dernier (vous pouvez aussi ire le discours du président ici:

Emmanuel Macron a fermé la porte à la reconnaissance de la langue corse comme langue officielle au même titre que le français. La langue française « a été le premier sédiment » de la France, a-t-il estimé, jugeant « indispensable que nous gardions ce qui nous a faits ».

« La langue corse doit être préservée et développée », a-t-il néanmoins concédé, et le « bilinguisme pleinement reconnu et accepté » mais « le bilinguisme, ce n’est pas la co-officialité », a précisé le chef de l’État, prévenant qu’il n’accepterait « jamais de réserver à celui qui parle corse tel ou tel emploi ».

Le bilinguisme « est la reconnaissance de la diversité » mais « n’est pas une nouvelle frontière dans la République, la division de la Nation et du peuple français », a-t-il poursuivi…

Dans le discours d’Emmanuel Macron on trouve une ébauche de définition du bilinguisme qui n’éclaire pas la question. Même la notion de « premier sédiment » est contestable. S’il est fait allusion à l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, nous retrouvons le sens profond du discours de continuité de’Emmanuel Macron, continuité entre l’ancien et régime et notre temps, l’une de ses marottes:

…dans la République française, et d’avant même la République, il y a une langue officielle, et c’est le français.

Cette ébauche correspond à que nous pourrions appeler une idée reçue, un lieu commun, érigé en dogme, en ignorant les travaux des sociolinguistes (au Canada en particulier) qui distinguent plusieurs types de bilinguisme (additif, soustractif,etc.), ce qui ne permet pas de généraliser « l’enrichissement éventuel » du fait bilingue:

Le bilinguisme, c’est le contraire de ce qui exclut ou ce qui discrimine. C’est le fait de voyager entre plusieurs univers linguistiques. C’est un enrichissement, une ouverture. La défense légitime de la langue corse ne doit donc pas relever d’une logique de l’entre-soi qui pourrait mener, par exemple, à la fermeture du marché du travail à qui n’est pas Corse ! Mais elle doit permettre de mieux s’enraciner à bon escient.

 

Nous pourrions objecter que le bilinguisme est une affaire privée qui témoigne des variétés de contacts ou d’imprégnations culturelles des personnes et des familles. On ne comprend donc pas vraiment pourquoi la loi (ici le Traité, qui, une fois ratifié aura force de loi) tente de légiférer ce qui est de l’ordre de la vie privée. Ou alors le terme de bilinguisme vient masquer celui qu’on ne veut pas entendre, celui de coofficalité.

Soyons concrets. Est-ce que l’article 15 prévoit que les mairies de ces territoires devront gérer leur accueil au public dans les deux langues? Est-ce que la classe de l’école primaire de ces territoires devra permettre l’apprentissage et l’usage des deux langues? Est-ce que l’affichage commercial devra ou pourra se faire dans les deux langues?  Il n’y a pas de réponse à ces questions. D’autres questions se posent: y-aura-t-il réciprocité? Dans quels territoires allemands?

Enfin pour finir, on peut se poser la question de la survie de l’alsacien. Quelques expériences associatives défendent le concept de bilinguisme en Alsace mais pas comme pourrait l’entendre le président, elles préconisent et appliquent un bilinguisme immersif alsacien-allemand, « pour sauver l’alsacien » menacé de disparition. Malgré les menaces d’arrêts des aides et subventions, elles ont réussi à faire céder le Rectorat, autrement dit l’Etat.

NMS partie 6

Quelques repères historiques français

Dans le cas français, c’est essentiellement l’effondrement du Parti communiste à la fin des années 70 qui est la marque saillante et prémonitoire du basculement vers d’autres formes d’expressions portestataires. Se porposer  l’étude de cet effondrement, ce que Bernard Pudal appelle « l’expertise médicale  des experts ès communisme » ne peut aboutir à une certaine pertinence que si l’on ne dissocie pas l’étude du communisme de celle de l’anticommunisme et de concevoir « l’énigme du communisme » comme « l’énigme de toute société politique » pour suivre la pensée du sociologue[1]. Il y eut d’autres effondrements comme celui de la SFIO en 1969 qui généra une multiplication des mouvements locaux et espaces dissidents à teneur et couleur politique[2]. On ne peut négliger non plus le recul général de l’influence syndicale après ces mêmes années de reflux[3]. Les syndicats, à travers leurs unions locales ou leurs sections d’entreprises, avaient une présence qui ne se réduisait pas à la défense des intérêts professionnels mais menaient une action intégratrice dans les secteurs où la présence de travailleurs étrangers était forte (le bâtiment) et une action culturelle dans les zones à forte concentration ouvrière (les bassins miniers du nord, la Lorraine, les chantiers navals et la sidérurgie) et dans les secteurs publics et parapublics nés après 1945,  par l’entremise des Comités d’entreprise[4].

La présence du PCF dans les quartiers modestes jouait un rôle essentiel. Le maillage socio-éducatif qu’il proposait, sa fonction à la fois de contrôle et de régulation de la vie sociale, des modes de sociabilités à travers son omniprésence reflétée par ses organisations de jeunesses et ses organisations féminines comme sa politique municipale fédéraient et orientaient avec une certaine efficacité les mouvements de protestation qui se faisaient jour ici ou là. La première manifestation politique qui tenta de « capitaliser »  d’un point de vue électoral cet effondrement fut le mouvement éphémère des « rouges-verts » qui, au cours des années 80, réunit en son sein de nombreux dissidents du PCF mais aussi des militants de la gauche du PSU, des écologistes et une partie de la mouvance trotskiste. L’échec de ce mouvement à la suite de l’élection présidentielle de 1988 (la candidature de Pierre Juquin ne recueille qu’à peine un peu plus de 2% des exprimés) prépara à sa façon la mise en route de nouvelles tentatives de mise en place de nouvelles formes d’organisation de l’intervention politique qui, d’une part, concoururent à la naissance du parti des Verts dans un premier temps, et, dans un deuxième temps, en s’appuyant sur le référendum d’approbation du Traité européen de 2005 rejeté par les Français, à la création du Parti de gauche, réunissant des dissidents du PS, et à celle de la mise en place de l’alliance éphémère du Front de gauche en 2012. La dernière étape fut celle de la création, sur les ruines du Front de Gauche, de la mouvance de la France Insoumise autour de la figure charismatique de l’ex-trotskiste et ex-socialiste Jean Luc Mélenchon. Le plus grand écueil dans ce domaine restait le mode de scrutin, majoritaire à deux tours, donnant une forte prime à la formation obtenant 30% des voix à l’échelle nationale (en 2007, avec 39,54% des voix, l’UMP obtient 313 sièges, soit 24 sièges de plus que la majorité+1 nécessaire, ; en 2012, le PS, avec 29,354% des voix obtient 48,53% des 577 sièges) et annihilant la présence des formations obtenant moins de 15% des voix. Le scrutin de juin 2017 amplifiera ce profond déséquilibre entre représentation et représentativité en y ajoutant un niveau d’abstention inédit (avec 18,9 % des inscrits, la République en Marche obtient 350 députés sur 577, soit 60,6% des sièges).

Le scrutin proportionnel espagnol, inspiré du système allemand, atténue ces disparités sans pour autant assurer le reflet parfait du vote à l’échelle nationale. La représentation des candidatures non majoritaires est assurée mais la façon de penser le système d’alliances est totalement différente puisque celles-ci peuvent se négocier après scrutin et le sont en général ainsi au moment du vote de confiance parlementaire à l’ouverture de la nouvelle législature. En France l’accord de désistement réciproque du 20 décembre 1966 entre le PCF, la FGDS et le PSU reste encore la seule parade efficace attestée face aux effets amplifiants du scrutin français, effets aggravés par la réforme du mandat présidentiel et l’assujettissement de l’élection parlementaire au rythme de renouvèlement du quinquennat. Il se maintiendra, vaille que vaille, sous d’autres formes et non sans tiraillements et coups bas, jusqu’au dernier avatar d’une union de la gauche moribonde : la gauche plurielle du gouvernement Jospin (1997-2002).


Bernard PUDAL, Un monde défait, les communistes français de 1956 à nos jours, Editions du Croquant, 2009, 215 p.

[2] Serge BUJ, « El ocaso… »

[3] Labbé Dominique, « La crise des syndicats français » In: Revue française de science politique, 42ᵉ année, n°4, 1992. pp. 646- 653.

[4],  Maurice Cohen, « Les comités d’entreprise à la française », dossier des Cahiers d’histoire sociale,  Institut d’Histoire sociale, CGT, p. 6-11, n° 93, mars 2005. http://www.ihs.cgt.fr/IMG/pdf_CIHS93__006.pdf, Jean-Pierre Le Crom, « Le comite d’entreprise : une institution sociale instable », L’enfance des comités d’entreprise (Actes du colloque des 22-23 mai 1996), Roubaix, Centre des archives du monde du travail, 1997, pp. 173-197. Publié par https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00191007.

Le droit de décider ou le droit de choisir

Dans la constitution espagnole (comme dans d’autres), un référendum est consultatif et non pas « vinculante » ( voirArt. 92), il doit être suivi du vote d’une loi organique (majorité absolue requise), et, dans le cas de la mise en route d’une réforme constitutionnelle, un vote à la  majorité des 3/5e est requis suivi d’une ratification par référendum. Par conséquent, demander à tous les espagnols s’ils veulent que la Catalogne se sépare de l’Espagne non seulement est légal mais parfaitement légitime. Ou alors on passe par dessus la loi et c’est un coup de force et on accorde de la légitimité aux uns et pas aux autres.
Enfin il n’est pas question du droit de choisir (comme celui de choisir son sexe, son genre ou je ne sais quoi), mais dans le langage des indépendantistes du droit de décider (un droit émanant de la sphère civile: droit de décider de sa propre mort, par ex.). Les doctrinaires du droit de décider catalans avaient argumenté pendant ces dernières années pour qu’il soit étendu aux questions d’ordre constitutionnel vs le droit à l’autodétermination, les Cahiers de civilisation de l’Espagne contemporaine  ont publié il y a un an deux ou trois articles  qui argumentent dans ce sens. Or Puigdemont a glissé depuis le 1-O du droit de décider au droit à l’autodétermination sans qu’on sache pourquoi sinon qu’il figure dans les traités internationaux et dont on sait qu’il est inapplicable dans les faits. Un vote référendaire unilatéral à la majorité simple est un peu court comme mode d’application au regard de ce que j’écris plus haut en matière de réforme constitutionnelle.
On ne peut décider de la disparition d’un Etat ou de la création d’un autre Etat par application d’un droit civil étendu et à la majorité simple, on le fait par consentement après délibération de toutes les parties concernées (les Espagnols sont concernés, que je sache).
Ceci est une conséquence de la manie moderne de faire des droits de la personne un droit absolu pour magnifier le choix de l’individu de se prendre pour ce qu’il veut.
En tout cas, l’acceptation d’un droit de choisir en matière d’Etat est l’antithèse du principe fédératif, plutôt proche de ce qu’en Espagne on a appelé au XIXe siècle « el cantonalismo », issu d’une conception du droit de choisir qui s’opposait au fédéralisme « pactista » de Pi i Margall. Pendant les brefs mois de la Ière république, le canton de Cartagena proclama donc son indépendance et demanda à adhérer aux Etats Unis pour sortir de son isolement (La Catalogne pourrait-elle finir par demander à être intégrée, par exemple, à l’Etat belge, Etat fortement décentralisé et au fédéralisme différentiel?). Tout ceci a fini comme il était coutume au XIXe siècle: déclaration de guerre à l’Espagne, bombardements, assaut final et arrestation des promoteurs du coup puis amnistie.
En France, le droit de décider ou, pire, le droit de choisir devrait en toute logique être accordé aux Hauts de Seine qui en ont marre de payer pour les autres, et qui demanderaient, ipso facto, l’annexion du XVIe arrondissement de Paris comme prolongement naturel de leur entité cohérente entité ou à la Savoie en fonction de critères historiques et fromagers. Et à la Normandie « enfin réunifiée » qui pourrait réclamer en vertu du choix d’Edouard le confesseur, le retour de la couronne anglaise dans le giron normand de Guillaume.
On pourrait aussi imaginer le droit de choisir des catalans rattachistes à rester en Espagne en se partageant le territoire catalan avec les autres (en suivant l’exemple de la Corée du Vietnam post colonial ou de Chypre) puisque rien n’est plus au-dessus du droit de choisir… On pourrait leur laisser la côte maritime et le sud, plus rattachistes que les comarques intérieures et du nord.
 
Les séquelles de tout ce mic-mac seront profondes et durables. Les promoteurs de cette fuite en avant « choisiste » ne se sont pas bien rendu compte qu’ils allaient balkaniser la Catalogne, les catalans, les familles, les esprits ou alors ce sont des apprentis sorciers. Ils on joué avec le feu et tout le monde va s’y brûler les doigts quelle que soit l’issue de la chose. Seul le capital y retrouvera ses petits (dividendes). Ils recommencent donc à ambigüiser sur la question de l’indépendance en essayant de laisser croire que c’est la censure par le tribunal constitutionnel  de quelques passages du statut réformé de la Catalogne en 2010 qui est la cause de tout. Ce qui a été censuré c’est pour l’essentiel la création d’un organe judiciaire supplémentaire alors qu’il existe déjà un TSJ, une allusion à la parité dans l’effort fiscal (autrement dit un démenti au principe de solidarité), une chouillette autour du critère préférentiel et non paritaire de l’usage et enseignement de la langue catalane et c’est à peu près tout. Pas de quoi en faire un fromage de Savoie ou alors on accepte le critère du café para todos, le droit de choisir comme critère universel inaliénable et supérieur et  dans ce cas tout est permis.
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