Se hace el camino al andar 26-J

J’ai souvent et assez sévèrement critiqué Podemos, son origine, sa façon de gérer la politique comme une affaire de marketing et de communication. Il ya toujours toujours trois temps stratégiques en politique: la conquête de l’hégémonie, le compromis programmatique et des alliances. Dans le premier cas la stratégie de segmentation du discours de Podemos (dire à chaque interlocuteur ce qu’il attend qu’on lui dise) a failli. Les contradictions étaient trop fortes et rendaient inaudibles les nuances données ici et là. Le résultat, nous le disions, c’est que le score de Podemos a été relativement décevant au scrutin précédent, sauf là où la deuxième étape avait été franchie, celle d’alliances avec les mouvements alternatifs et/ou associatifs. Ce n’est pas la tentative de négociation « à l’ancienne » avec le PSOE de l’entre-deux élections qui pouvait faire avancer cette formation vers plus de présence. Les manques criants de savoir politique et d’expérience me faisaient approuver la critique sardonique que le philosophe Gustavo Bueno adressait à Pablo Iglesias en novembre dernier, son discours ahistorique, générique et démagogue:

« Es un hombre semiculto de la Facultad de Políticas, que conozco muy bien. Allí se mezcla a Maquiavelo con Lenin, con Rousseau. Yo creo que es un anarquista, lo cual no es decir nada, y un demagogo que se cree que se puede partir de cero. Olvida la historia y en esas asambleas de la Puerta del Sol planteaba la regeneración de la democracia desde el principio, y eso es imposible porque la democracia es una cuestión histórica. Si no tienes una historia de España morfológica no sabes dónde estás. »

Le temps où les communistes étaient considérés comme des momies est terminé: « Me parecen respetables los que se conforman con el 5 por ciento, pero que nos dejen en paz. Siguen viviendo en el pesimismo existencial« . La suffisance aussi. Parce que les réalités ont montré les limites de cette stratégie. Et que le pessimisme ne fait que refléter une réalité qui n’est ni stratégique ni politicienne mais bien profondément sociale, celle de la pauvreté et de la précarité.

Le choix de sceller un accord programmatique et politique précis et souple à la fois avec Izquierda Unida tout en confortant une forte présence des NMS (nouveaux mouvements sociaux) laisse entrevoir une issue beaucoup plus favorable et laisse planer sur le PSOE la menace d’un sorpasso qui le marginaliserait encore un peu plus. Le rêve hégémonique d’Iglesias est peut-être à portée d’élection.

« Caminante no hay camino, se hace el camino al andar…« 

26 juin, accord IU-Podemos

Le récent accord électoral entre Podemos, Izquierda Unida et les alternatifs modifie considérablement la donne électorale en Espagne. Si on examine les récentes enquêtes d’opinion publiées (El Pais aujourd’hui), la coalition de gauche se placerait devant le PSOE en matière d’intentions de votes même si, conséquence du découpage électoral qui favorise la représentation du centre et des zones rurales, ce dernier conserverait un léger avantage en sièges. Cet accord en 50 points, outre qu’il définit une nouvelle politique économique et financière (création, à partir des banques nationalisées -dont Bankia- d’un consortium d’investissement bancaire d’Etat, renégociation de la dette et redéfinition du déficit), dresse des propositions sociales visant à rompre avec la politique d’austérité et à encourager la demande. Par ailleurs, ce programme présente de fortes propositions à teneur écologique en matière énergétique (point 1). La présentation de l’accord sur la place de la Puerta del Sol indique clairement que cet accord vise à capitaliser symboliquement le 15-M, cinq ans après les faits qui s’y sont déroulés.

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En un sens, cette étape donne un intérêt renouvelé à la campagne, le PSOE hésitant entre combattre avec acharnement cette coalition qui pourrait conquérir une position hégémonique à gauche et obliger le parti socialiste à un accord négocié, ou le pousser un peu plus vers une grande coalition avec le PP, coalition participative ou coalition tacite. En effet la mécanique institutionnelle accorde  au parti arrivé en tête la priorité de proposer une offre de gouvernement et il ne fait aucun doute qu’il s’agira du PP. Les socialistes auront donc l’alternative de s’abstenir au cours de la séance d’investiture pour laisser gouverner un PP minoritaire ou allié à Ciudadanos ou d’accepter une coalition avec la gauche mais cette fois sans pouvoir être en mesure de fixer leurs propres conditions. Choix difficile, mais Felipe González avait déjà tranché dans un entretien accordé au journal El País le 29 janvier dernier: il faut laisser le PP gouverner, « Ni el PP ni el PSOE deberían impedir que el otro gobierne. »

Javier Cercas et le mal banal

La récente une du Monde des livres confirme ce  qu’il y a de plus faible dans le roman de Javier Cercas, l’Imposteur, c’est cette petite musique qui nous dit « nous sommes tous des imposteurs » comme d’autres affirmaient « nous sommes tous des anarchistes allemands » ou que  « nous sommes tous des assassins »  (André Cayatte), etc.

Ce renvoi au « tous égaux » dans la perversité ou dans la monstruosité est la vulgate dangereuse, mal interprétée de « la banalité du mal ». Non.  Le mensonge, l’imposture ne sont ni banals, ni universels. Enric Marco, pour tisser ses mensonges et laisser croire à sa vie mythique, a du se fondre dans une masse d’hommes et de femmes qui disaient vrai (combattants rouges de la guerre d’Espagne, anarchistes antifranquistes, déportés espagnols dans les camps allemands). Il a eu besoin de l’autre, de celui qui ne ment pas et souvent se tait.

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 Enric Marco, l’imposteur décrit par Javier Cercas. ALINE BUREAU illustrant l’article du Monde des Livres

« S’il y a un Autre, quel qu’il soit, où qu’il soit, quels que soient ses rapports avec moi, sans même qu’il agisse autrement sur moi que par le pur surgissement de son être, j’ai un dehors, j’ai une nature ; ma chute originelle c’est l’existence de l’autre ; et la honte est – comme la fierté – l’appréhension de moi-même comme nature, encore que cette nature m’échappe et soit inconnaissable comme telle. Ce n’est pas, à proprement parler, que je me sente perdre ma liberté pour devenir une chose, mais elle est là-bas, hors de ma liberté vécue, comme un attribut donné de cet être que je suis pour l’autre. Je saisis le regard de l’autre au sein même de mon acte, comme solidification et aliénation de mes propres possibilités. »

Jean-Paul SARTRE (L’être et le néant)

L’Espagne au milieu du gué

 

Les législatives du 20 décembre dernier ont activé en Espagne une très intense période de négociations politiques pour tenter de constituer une majorité parlementaire apte à soutenir un nouvel exécutif. Après le renoncement ambigu de Mariano Rajoy, le Roi d’Espagne a appelé Pedro Sánchez, secrétaire général du PSOE, à engager des discussions avec les différents groupes parlementaires.

La réponse socialiste aux première propositions d’alliance de Pablo Iglesias a eu deux effets : enfermer Pedro Sánchez dans une impasse et réactiver les barons du parti. En effet, la réaction, publique le plus souvent, des anciens dirigeants du PSOE a été immédiate. Prenant pour argument la proposition de shadow cabinet d’Iglesias, ils la présentèrent tous (Rubalcaba, Corcuera, González), comme une insulte, élément de langage prémédité pour couper court à tout dialogue. José Luis Zapatero se montrait plus nuancé mais soulignait que gouverner avec une aussi faible majorité  (161 élus sur 350) était chose impossible, il en avait fait l’expérience en 2004 et 2008.

L’orientation des dirigeants socialistes historiques  a été en partie dévoilée par Felipe González lui-même, qui s’est dit obligé de s’exprimer  parce qu’il est « fatigué qu’on interprète sans cesse ce que l’on suppose qu’il pense ou qu’il devrait penser »[1]. En réalité, les appels directs ou indirects se sont multipliés et l’intervention de González était destinée à marginaliser toutes les décisions du secrétariat actuel du PSOE. Cette interview a été publiée un mois après le vote d’une résolution du PSOE qui affirmait que le parti socialiste voterait contre l’investiture d’un candidat du PP en prenant ensuite ses responsabilités comme « premier parti du changement ». Cette résolution s’en prenait aussi aux velléités d’autodétermination ou de séparatisme sous toutes les formes comme élément aggravant la fracture sociale et  réaffirmait le choix fédéral des socialistes. Ce dernier devrait conduire à une révision constitutionnelle proposée au vote référendaire des Espagnols. Le projet d’accord de législature peut être résumé en huit points: emploi, éducation, « régénération démocratique », lutte contre la pauvreté, contre la violence faite aux femmes, plan renforcé pour les retraites, réforme pour une constitution plus sociale et fédérale et  renouvellement des initiatives à l’intérieur de l’Europe et de la zone euro pour plus de politique sociale et une meilleure gouvernance.

Cinq jours avant la publication  de cette interview, un nouveau communiqué officiel du PSOE insistait sur « l’obligation constitutionnelle» pour le PP d’accepter de présenter sa candidature ou d’y renoncer définitivement. Le PSOE  s’engageait, en contrepartie,  à ne mener aucune action visant à mettre sur pied une alternative tant que le premier tour d’investiture n’aurait pas eu lieu.

Ces variations de position reflètent bien des tensions à l’intérieur du Parti Socialiste. Ces tensions ont  conduit Felipe Gonzalez à s’exprimer pour dénoncer le refus du PP et de Rajoy de s’engager  mais, dans le même temps, pour mettre en garde très clairement contre les « risques d’un éventuel accord avec Podemos». Il dénonce l’immobilisme et l’irresponsabilité du PP aussi bien que le « liquidationnisme » de Podemos. Pour lui, le PSOE a subi un échec clair et net dont il faut tirer les leçons (le plus faible nombre de députés jamais obtenu depuis l’élection de transition de 1977). Il laisse entendre que son parti ne devrait formuler une proposition qu’après l’échec annoncé du PP, avec ou sans Rajoy comme candidat au poste de chef du gouvernement. Obsédé par la tactique de « la pinza » (la tenaille), l’ex chef du gouvernement des années 80/90 ne répond pas vraiment à la question d’une grande coalition (PP+PSOE ou PP+PSOE+Ciudadanos) mais à celle d’une coalition PP-Ciudadanos comme si l’idée-même  idée même d’une coalition PP-PSOE ne pouvait être pensée. Une entente PSOE-Ciudadanos est envisagée sous la forme d’une coalition à trois (« tripartito ») avec  ce qu’il appelle « l’amalgame de Podemos » mais sans indiquer les limites programmatiques acceptables ni la place donnée aux uns et aux autres. Et l’élément essentiel du discours de González est contenu dans le titre donné à cette page : « Je crois que ni le parti socialiste ni le PP ne devraient empêcher l’autre de gouverner ».

En quelques mots, car le discours de Felipe Gonzalez est un chef-d’œuvre de non-dits, il pense que les choses ne sont pas mûres pour une grande coalition, il faut persuader les militants et les électeurs socialistes que celle-ci ne fonctionnerait pas comme une nouvelle « pinza » dont son parti ferait les frais. En même temps, elle représente un risque énorme, celle de signifier la fin du parti socialiste comme force dominante à gauche. Une abstention « négociée » du PSOE pourrait laisser le champ libre à un gouvernement minoritaire du PP, suggère cette formule.

Le 2 février, une initiative du Roi a modifié la donne. Il a demandé à Pedro Sánchez d’entamer un tour de consultations pour constituer une majorité de gouvernement. Ce tour a commencé le 3 février, mais, note Felipe González, ce sera difficile, tant les options sont loin d’être les mêmes entre les « liquidateurs » de Podemos et la proposition « réformiste et progressiste » du PSOE.

Donc, on attend de voir l’attitude à la fois des socialistes, qui tentent une ouverture au centre-droit vers Ciudadanos, et de Podemos, qui ne semble pas prêt à une alliance avec cette dernière formation. Les critiques pointent déjà et elles viennent de Xavier Domènech, leader d’En Comú Podem, fort de son très bon résultat en Catalogne, qui, tout en réitérant sa volonté de négocier avec le PSOE, ne comprend pas pourquoi l’associé prioritaire des socialistes est Ciudadanos. Il critique aussi la méthode des rencontres bilatérales et non celle d’une négociation globale. Sánchez rencontrait mercredi  Nueva Canarias, Coalición Canaria, Unidad Popular (IU) et Compromís. Jeudi, il rencontrait Ciudadanos,  Pablo Iglesias aujourd’hui et demain samedi, le PNV. Aucune rencontre n’était prévue dans une perspective d’accord, avec les nationalistes/indépendantistes basques et catalans (Bildu, ERC y DL) ni avec le PP.

Continuará…

 

 

[1]Felipe González: « Ni el PP ni el PSOE deberían impedir que el otro gobierne », Antonio Cano, El Pais, 28 janvier 2016.

 

 

Espagnols à Dachau

Puisque Madame Angela Merkel s’est rendue dimanche à Dachau pour commémorer la libération de ce camp de concentration par les troupes américaines le 3 mai 1945, qu’on me permette, à cette occasion, d’évoquer la figure de tous ces espagnols qui y furent déportés, et celle d’un grand homme, Edmond Michelet, dont la détermination et la générosité ont permis aux survivants de trouver asile en France. Et également de rendre hommage à mon père, qui était l’un de ces libérés.

Photo de Ramon Buj Ferrer

Je vous livre son récit tel qu’il a été publié il y a quelques années:

Testimonio de Ramón Buj Ferrer

«Nací en Barcelona en 1921, y en el otoño de 1938, aun siendo menor de edad, conseguí alistarme en el Ejército Republicano, siendo destinado al Estado Mayor del Quinto Cuerpo del Ejército del Ebro.

Pasé la frontera en febrero de 1939 y fui internado en el campo de Argeles. Más tarde me trasladaron al campo n.° 3 de Agde, el llamado «campo de los catalanes».

De allí saldría con la 91 Compañía de Trabajo Militarizada, siendo destinados a la región noroeste de Francia, a construir un campo de aviación, donde nos pillaría la desbandada del ejército francés, en mayo de 1940 (1).  Conseguí salvarme de la embestida alemana y llegué al sur de Francia unas semanas más tarde, camuflándome durante algún tiempo en el departamento del Hérault. Al no disponer de documentación, un día me detuvieron los gendarmes y me volvieron a encerrar en el campo de Argeles y poco después me reincorporé a la 91 Compañía. Esta unidad se encontraba entonces en el centro de Francia.


»Durante el invierno 1940-41 trabajamos en el arsenal de Roanne (Loire) y más tarde en el Depósito de Obuses de Gases, sito en La-Ferté-Hauterive (Allier). En ambos lugares los franceses trataban de recuperar el material bélico para, según estipulaban las cláusulas del armisticio de junio de 1940, entregárselo a los invasores. En un momento dado corrió el rumor de que a la Compañía la iban a trasladar a la zona ocupada por el ejército alemán y concretamente a encuadrarla en el ejército alemán y concretamente a encuadrarla en el dispositivo de la Organización Todt que, como sabes, era la encargada de construir el famoso Muro del Atlántico.


Entonces empezamos a pensar en organizar las deserciones, entre los más decididos, para no contribuir en lo más mínimo al esfuerzo de guerra de los alemanes. Pedí permiso para ir a visitar a un familiar que tenía en el sur (en el departamento del Aude) y, al no verme regresar, lanzaron una orden de búsqueda y captura. Fui detenido por los gendarmes y devuelto a la Compañía. Pero de allí, como castigo, me pasaportaron al 667 Grupo de Trabajadores Extranjeros (unidad disciplinaria), donde conseguí enchufarme como secretario-intérprete. A los pocos días, la 91 Compañía era enviada a las costas del Atlántico. El G.T.E. 667 tenía su plana mayor en Billón (Puy-de-Dóme) y sus servicios se centraban sobre todo en el mantenimiento de un Parque Automóvil.


En aquel G.T.E., como en casi todos, los españoles organizamos en seguida la Resistencia y los sabotajes. La propaganda que se hizo en sus filas fue tan intensa que la inmensa mayoría de sus componentes acabaron desertando e incorporándose a las Fuerzas Francesas del Interior. O sea: a la guerrilla.


A principios de 1942, se lanzó la «Campaña de los 90 días», en la que se llamaba a los españoles a incorporarse a la lucha contra los nazis. Y se emprendió también otra campaña: la de exigir la liberación de Luigi Longo, antifascista italiano y miembro destacado de las Brigadas Internacionales. En las primeras semanas de 1943, como recordaréis, se fundó Unión Nacional Española,que, si bien fue una iniciativa comunista, logró despertar interés por la lucha antifascista en muchos republicanos, socialistas, libertarios e incluso personas sin una ideología determinada, pero que reconocieron que nuestro deber era batimos contra los nazi-fascistas europeos allí donde los encontrásemos.


Mis frecuentes desplazamientos – yo hacía de enlace con otras unidades disciplinarias – despertaron sospechas en la policía francesa y un día de marzo de 1942 me detuvieron. En Clermont-Ferrand fui condenado por un tribunal militar a 10 años de trabajos forzados y a otros 10 años de extrañamiento. Al cabo de un tiempo sería enviado al penal de Nontrón. Allí tuve la alegría de encontrar a un grupo de españoles que ya estaban organizados (2).  Estuve con ellos once meses y luego me trasladaron a la prisión de Mende (Lozére), donde me encerraron en una celda de castigo. Allí tenían encarceladas también a varias mujeres antifascistas españolas. Correspondíamos entre nosotros gracias a la complicidad del cura de la prisión. Luego nos lo cambiaron y quedamos incomunicados de nuevo.


»Con el paso por las cárceles pequeñas, la policía francesa iba operando una selección de los más peligrosos y así muchos fuimos a parar al presidio más temido del sur de Francia: a la Central de Eysses, una antigua abadía. Durante mi traslado pasé por la cárcel de Montpellier, que es donde se formó la expedición destinada a Eysses.


En la Central ya existía una organización clandestina, en la que los españoles – como siempre – participaban activamente. Se llamaba el «Batallón de Eysses» y lo mandaba un antiguo oficial de las Brigadas Internacionales, el francés Fernand Bernard.


La insurrección en el presidio aquel estalló el 19 de febrero de 1944, organizado por nuestro Batallón. Los combates duraron algo más de 24 horas, se cogió al director y a varios de sus colaboradores como rehenes, pero, al no haberse podido coordinar bien la rebelión con la intervención de grupos guerrilleros del exterior, ésta fracasó y entre los doce condenados a muerte, como represalias, cayeron dos españoles: los catalanes Jaime Serot y Doménec Servetto Bertrán. Serrot era el séptimo muerto de una familia cuyos otros hijos habían caído bajo las balas franquistas en la guerra civil.


A partir de aquellos días, el régimen penitenciario alcanzó cotas de dureza realmente inimaginables. Los interrogatorios y las palizas ya no corrían tan sólo a cargo de la policía francesa, como en los primeros tiempos, sino también de los agentes de la Gestapo. Durante varias semanas a los 36 detenidos como sospechosos de haber secundado la rebelión, entre los que me encontraba yo, se nos consideró como rehenes.

Al fin se decidieron a sacarnos de allí. Nos metieron a todos en un vagón metálico especial y nos condujeron a la cárcel de Blois, que era una de las antesalas de los campos de exterminio alemanes. Fuimos seguramente los únicos españoles que transitamos por ella. Luego nos enviaron al campo de selección de Compiégne, escoltados por una nutrida patrulla SS de la tristemente célebre división acorazada «Das Reich», la que más tarde dejaría tan trágica estela de sangre por el centro de Francia (3).

»Nuestra salida de Compiégne coincidió con el desembarco aliado en Normandía (6 de junio de 1944). Tres días después ingresábamos en el campo de Dachau. Tras la cuarentena me enviaron a un komando exterior. Éramos unos veinte españoles y trabajábamos en un terreno de aviación. A mí me destinaron a trabajar en una cantera vecina, donde tuve la mala suerte de accidentarme. Ya sabéis lo que aquello significaba: si se enteraban los SS de que ya no eras productivo te liquidaban en el acto. Pero, afortunadamente, los españoles estábamos muy bien organizados. Así que, mis compañeros, de escondidas, me llevaron hasta la propia enfermería del campo de aviación y me hicieron la primera cura en el pie, que había quedado apresado entre dos vagonetas cargadas de piedras.


He de precisaros que los responsables de aquel komando eran los SS y los guardianes soldados de aviación, pero los amos del cotarro fueron siempre hombres de las Brigadas Internacionales – que hablaban alemán y que la sabían muy larga, os lo puedo asegurar – y gracias a ellos pude permanecer acostado durante varias semanas, hasta que se me cicatrizó la herida. Pero no creáis que ese período de convalecencia transcurrió tranquilamente, ya que el no poderme valer por mí mismo pudo haberlo echado todo a rodar más de una vez y, de carambola, haber puesto en evidencia a la organización clandestina española, que, como ya os señalé, contaba en su dirección con valiosos elementos de las B.I. Pensar que, por aquellas fechas, las cosas ya no les iban nada bien a los nazis y que estaban más nerviosos que nunca.


»Durante los bombardeos aliados, mientras permanecí en el komando de Landsberg, los  camaradas brigadistas me escondían, siempre echado en una camilla, en el bosque. Para que los SS no se diesen cuenta de que yo no acudía al refugio, al no poder valerme por mí mismo. Suerte tuve de aquellos corajudos patriotas yugoslavos, que sino…


»Cuando sané, en «la cama clandestina» ingresaron a un prisionero austríaco, Plehata, también brigadista. Bueno, me curé de la herida, pero enseguida se me declaró el tifus y me pusieron en cuarentena, al lado de medio centenar de atacados por la epidemia. Allí sí que me vi perdido de verdad, pues cada día pasaban los médicos SS y hacían una selección para el matadero. Te marcaban un número en el pecho y ya no te escapabas. Un día me marcaron a mí. Pero en seguida se puso en marcha la solidaridad de los españoles y gracias a un médico nuestro, el doctor Paz, me salvé otra vez de una muerte segura. Consiguió meterme en la enfermería, donde estuve protegido por unos enfermeros yugoslavos. Ellos fueron quienes me colocaron luego en un grupo de recuperación de material eléctrico, hierros viejos y chatarra. Y milité, claro está, en la organización clandestina española con todas mis fuerzas, cuyo dirigente máximo era precisamente el doctor Paz, un hombre admirable en todos los aspectos.


»A nosotros nos liberaron los americanos y entonces tuvimos que enfrentarnos con problemas increíbles. Hubo que entablar una lucha tremenda para que las autoridades francesas nos considerasen como deportados suyos, puesto que todos los españoles que habíamos caído en poder de los alemanes fue defendiendo a Francia. Para conseguir tal reconocimiento nos prestó una ayuda inapreciable el político francés Edmond Michelet – ex deportado en Dachau -, el que más tarde sería ministro del general De Gaulle. Así logramos ser evacuados hacia Francia.


Pero no creáis que se habían terminado las sorpresas. Por lo visto, al acceder a nuestra petición, las autoridades francesas creyeron que íbamos a cruzar Francia de paso hacia nuestro país de origen, que fue lo que hicieron la mayoría de los deportados no franceses. Al comprobar que nosotros pretendíamos quedarnos en el lugar donde habíamos sido detenidos por los alemanes, intentaron meternos en un campo para personas desplazadas de Chálons-sur-Marne. ¡Esa era la recompensa que Francia reservaba a unos hombres que habían combatido por su libertad! Menos mal que los españoles hicimos todos frente común, nombramos nuestros delegados y les dimos a entender que nosotros no estábamos dispuestos a dejarnos llevar a ningún otro campo, del género que fuese más que muertos.» (4)


1. La desbandada no la protagoniza tan sólo el ejército francés sino también el testo de los ejércitos aliados: el inglés, el belga y el holandés.


2. En el verano de 1944, este penal fue asaltado por fuerzas guerrilleras y rescataron todos los presos políticos. Entre los destacamentos asaltantes estaba el del catalán Ramón Vila Capdevila «Raymond». El mismo que, con el nombre de «Caraquemada», actuaría por tierras de Cataluña, con su partida de guerrilleros, en el período 1945-1963.


3. En la cruel matanza, que tuvo por escenario el pueblo de Oradour-sur-Glane, que costó la vida a más de seiscientos habitantes, murieron dieciocho exiliados republicanos españoles, refugiados allí después de la guerra civil.


4. Este «malentendido» no fue casual, puesto que se repitió en varios lugares más, y muy particularmente en el campo de Mauthausen.

Los cerdos del comandante
Eduardo Pons Prades
Mariano Constante
Editorial Argos Vergara
Barcelona

 

Opium

Le fondement de la critique irréligieuse est celui-ci : l’homme fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. La religion est en réalité la conscience et le sentiment propre de l’homme qui, ou bien ne s’est pas encore trouvé, ou bien s’est déjà reperdu. Mais l’homme n’est pas un être abstrait, extérieur au monde réel. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. Cet État, cette société produisent la religion, une conscience erronée du monde, parce qu’ils constituent eux-mêmes un monde faux. La religion est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa raison générale de consolation et de justification. C’est la réalisation fantastique de l’essence humaine, parce que l’essence humaine n’a pas de réalité véritable. La lutte contre la religion est donc par ricochet la lutte contre ce monde, dont la religion est l’arôme spirituel.

La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple.

Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu’il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c’est exiger qu’il soit renoncé à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole.

 

K. Marx Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel, 1843

De l’universel et du particulier

Pour compléter nos remarques sur le dossier de Regards dont nous parlions dans le billet précédent, une citation du jour tirée de l’essai de Jean-Claude Michéa, Le complexe d’Orphée, La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès (Champs Flammarion, 2011):

« Si une communauté humaine donnée décidait de s’enfermer dans les limites de ses seules traditions (…), le risque existerait, à l’évidence, de sombrer dans une logique purement clanique, nationaliste, voire mafieuse (…). C’est pourquoi, le travail de la raison –entendu comme cette faculté d’ouverture qui permet de s’élever à l’universel en « dépassant » (au sens hégélien) son point de vue particulier- demeure un moment incontournable  de l’édification  d’un monde commun.  Pour autant ce travail émancipateur de la raison (qui s’appuie toujours sur un effort de traduction et de transposition) ne pourra conduire à des valeurs  véritablement universelles que s’il s’enracine d’abord  dans la sensibilité et les vertus concrètes d’une collectivité particulière. »

JC MichéaSur la nécessité vitale des sociétés humaines d’élaborer des systèmes (ou protocoles) de transposition et de traduction pour se hisser vers l’universel, voir Umberto Eco et son concept de « négociation » dans   Dire quasi la stessa cosa. Esperienze di traduzione, Milano, Bompiani, coll. Il campo semiotico, 2003.

 

Nouvelles de l’Empire IV

Une fois passées les émotions feintes et les tartuferies habituelles des commentateurs du tout et du rien humain qui occupent paisiblement la parole de sens commun dans les journaux, les radios et les télévisions,  il pourrait être intéressant de voir quels regards sont posés aujourd’hui sur les derniers événements  qui se sont déroulés en Espagne et Ecosse qui nous ont valu « un automne des indépendances » à donner le frisson dans l’ouest de l’Europe. Un automne qui s’est soldé par un happy end pour les tenants du status quo, autrement dit avec une victoire du non en Ecosse et une consultation sans valeur constitutionnelle en Catalogne. Comme toujours, dans le premier cas, c’est la peur de l’avenir –de plus en plus incertain dans l’Empire de l’Ouest- qui a rejeté toute séparation pacifique de l’Ecosse du Royaume-Uni, en dépit du passé, de l’histoire et des arguments économiques dont les indépendantistes pouvaient se prévaloir. En Catalogne, c’est le blocage d’une constitution historique, qui ne reconnaît pas le droit à l’autodétermination –droit reconnu et appliqué cependant par l’autoproclamée «  communauté internationale » au Soudan du sud en 2010 sans créer d’émotion particulière- qui a bloqué le processus. Je commencerai par le regard que jette, à chaud, puisque les articles publiés l’ont été avant les votes écossais et catalan, par la revue Regards , justement nommée, revue mensuelle dont la directrice de publication est Clémentine Autain et le directeur l’historien Roger Martelli, militants tous deux, appartenant à la sphère politique militante du Front de gauche. Il s’agit de la publication d’un dossier dans le dernier numéro trimestriel de cette revue, numéro d’automne 2014, encore en kiosque. Le dossier occupe 33 pages (de la page 42 à la page 75) et son titre, qui vaut ce qu’il vaut en tant que jeu terminologique est « Le repli sur sol ». Son sous-titre est aussi une sorte de rappel stylistique discret des divers monstres qui hantent l’Europe (nationalismes, xénophobie, fascisme « cool » ou pas), et au spectre qui ne la hante plus, le communisme : Partout en Europe, les nationalismes, indépendantismes et autres régionalismes ébranlent les Etats-nations et dessinent les nouvelles cartes de l’identité. Le dossier est composé d’une introduction de Roger Martelli, « Les Etats-nations en morceaux », d’un premier article panoramique de Guillaume Liégard, « Frontières en Europe, ça craque », d’un ensemble d’étude de cas intitulé « Comment ça chauffe » avec une partie sur l’Ecosse, une deuxième sur la Belgique, une troisième sur la Catalogne et une quatrième sur Béziers ( ???), nous y reviendrons. Quelques citations de figures historiques du marxisme sur la question et de rappels intéressants sur la position des austromarxistes sur cette question ou celle des bolchéviks et du célèbre opuscule écrit par Staline en 1913, Le marxisme et la question nationale, montrent que les différences étaient profondes, les approches contradictoires au sein d ela famille marxiste élargie. La partie 3 « Pourquoi ça chauffe » est à mettre au crédit de Roger Martelli qui vient ajouter une voix, la sienne, aux dissonances que nous avons relevées ci-dessus. Réglons un point d’importance, je l’ai dit,  la thèse liminaire est celle qu’énoncent le sous-titre et les titres de parties, autrement dit une tentative pour mettre dans le même sac la montée du fascisme xénophobe et les revendications nationales. D’où l’étrange présence d’un article sur la maire de Béziers et son nouveau maire, l’ancien reporter sans frontières devenu compagnon de route du FN, Robert Ménard. Cet article montre comment le nouveau maire de droite  utilise les légendes identitaires locales pour « redonner du lustre à la ville », dit-il lui-même.  Les signes d’égalité que le dossier place entre la revendication écossaise, la revendication catalane,  le séparatisme flamand en Belgique et Roland Ménard peuvent être qualifiés de « tendancieux » ou tirant, par leur simple assemblage, le discours vers la thèse à démontrer : les plus riche d’Europe ne veulent pas partager. On se demande pourquoi, dans ce cas, l’éclatement de la Tchécoslovaquie, l’explosion de la Yougoslavie et de l’URSS, la crise de l’Ukraine, celle du Kosovo albanais ou les liens tendus entre la Macédoine et ses voisins n’ont pas plus intéressé dans cette discussion sur les raisons et les conséquences possibles de la disparition d’Etats d’Europe.  Pourtant dans les cas que je viens de citer, des Etats ont disparu, rien de tel à l’ouest de l’Empire. Or tous nos Etats constitutifs de ce patrimoine d’Etats-nations revendiqué, résultent de traités signés depuis celui qui mit fin à la guerre de trente ans (Traité de Westphalie de 1648), à la guerre franco-espagnole (Traité des Pyrénées de 1659), à la guerre de succession d’Espagne  (Traité d’Utrecht de 1713). Autrement dit, tout ceci commence bien avant l’étape traditionnellement consacrée de constitution des Etats nationaux aux XIXe et XXe siècles (le Congrès de Vienne de 1815, le Traité de Nice de 1860, les Traités de Versailles de 1871 et 1919). Tous, sans exception, eurent comme conséquence la modification profonde des frontières des Etats à l’intérieur de l’Europe. La cible de ces mouvements récents ce n’est pas l’existence même des Etats-nations, bien au contraire puisqu’ils visent tous précisément à doter les nations qui se reconnaissent comme telles d’un Etat. La cible et le motif premier c’est l’Europe et sa structure impériale qui cherche à établir en son sein des noyaux forts et centraux en laissant à leur périphérie une nébuleuse d’entités politiquement et économiquement affaiblies –cette nébuleuse n’est pas forcément démographiquement ou territorialement faible, elle peut être constituée d’Etats très peuplés ou très vastes- soumises aux volontés du centre. Une Allemagne puissante au centre, avec ses multiples coffres-forts où elle cache ses sous (Lichtenstein, Luxembourg, Autriche) et ses pays-ateliers qui fabriquent pour pas cher la fameuse Deutsch Qualität qu’on nous vante à coups de messages publicitaires. Le déplacement de ces pays-ateliers(ou pays-usines) vers l’est de l’Europe, la domination allemande recréent effectivement ces tensions qui ne sont pas nouvelles, loin s’en faut.  Nous nous retrouvons donc devant un Empire dans lequel le centre, qui n’est pas et n’a jamais été le « couple franco-allemand », a créé les conditions de cette volonté centrifuge ou de l’effondrement de certains équilibres économiques locaux. La recherche d’un refuge identitaire, d’un nouveau cocon protecteur est le résultat de cette hégémonie.On ne peut donc assimiler le Maire de Béziers et le Parti National Écossais, ni les Démocrates-chrétiens Catalans avec je ne sais quel Front National ou Ligue du Nord. La gauche a toujours eu beaucoup de mal à penser les nations entre un discours internationaliste utopique et une voie moyenne, sorte de ni-ni, ni centralisme imposé ni exaltation de la spécificité. C’est ce second discours que tient Roger Martelli qui prône l’idée de la défense d’une « mise en commun » contre la compétition entre Etats au sein de l’Europe. On ne peut qu’être d’accord avec lui mais qu’il nous dise si le moindre signe que l’Europe et les Etats qui la constituent sont sur cette voie est visible à l’horizon. Pour notre part, nous n’en voyons aucun.

 


Liens:
 http://www.regards.fr/
 http://www.ilustracionliberal.com/44/el-fascismo-progresista-reflexiones-a-proposito-de-la-obra-de-jonah-goldberg-manuel-pastor.html

Corruption et chorizadas

 

L’information espagnole vit au rythme des scandales financiers. Des scandales liés  à la surchauffe qui pendant de nombreuses années de secteurs ont supposé l’établissement de chaînes corruptrices et corrompues, en particulier dans un secteur qui voyait les prix augmenter à la hausse, le bâtiment. De nombreuses municipalités et maires se sont retrouvées mêlées à des opérations de promotion immobilière peu catholiques, en faisant passer des sols inconstructibles (définis par la loi comme « rústicos ») à celui de zone d’activité puis de zone d’habitation. Depuis une vingtaine d’années les cas et procès se multiplient, à tel point que des brassées de cartes d’Espagne  de la corruption circulent sur le net.

   La dernière affaire, « el caso Gürtel » , est aussi différent que spectaculaire. Elle agite le landerneau politico-médiatique espagnol d’autant plus qu’elle lie deux phénomènes: captation de subventions publiques et financement occulte des partis.

Les soupçons sont d’autant plus fondés que toutes sortes de pressions ont été exercées contre les juges pour étouffer l’affaire qui risquent de mettre en difficulté le Parti Populaire, au pouvoir. Des accusations d’enrichissement personnel, d’enveloppes en liquides distribuées comme autant de petits pains, empoisonnent ce parti, au moment où il impose aux espagnols l’une des cures d’austérité les plus drastiques. Les milliers, dizaines de milliers d’euros qu’auraient touché les cadres du PP ont-ils existé, existent-ils? La justice dira, passera ou ne passera pas.

Pour méditer sur cette image d’un pays noyé par la corruption, avérée ou pas, une citation que le diplomate ancien compagnon de route d’Enrique Tierno Galván, Raúl Morodo, avait mis en exergue de son livre de Mémoires, Atando cabos (Taurus, 2001), citation tirée de Escuela de mandarines  de Miguel Espinosa, essayiste discret dont quelque textes peuvent être lus sur la toile:

http://www.um.es/acehum/principal.htm

 

La voici:

« Todos los hechos son hijos de la corrupción; fuera de ellos reside lo irreal. De la inocencia surge inocencia; de la corrupción, la necesidad. El embozo de la corrupción se llama retórica. Sabedlo para siempre: la corrupción es irremediable. Aprended a corromper y poseeréis la Tierra. Así hablaron los amantes de la Tradición: siempre que se restableció la corrupción, se restauró el Orden. »

Miguel Espinosa (1926-1982)

Vive la crise!

Déambulez dans le Madrid populaire ou chic et vous en apprendrez beaucoup sur les effets de l’austérité. C’est ce que j’ai fait ces derniers jours.

Tout d’abord, nous le savons, l’être espagnol marche, il se promène, il processionne, il excursionne, c’est au centre même de son être. Nous sont familiers ces couples de vieilles dames qui, bien mises et bras-dessus, bras-dessous, arpentent les mêmes rues dans un sens puis dans l’autre, à des heures et quelquefois par un froid qui ne permettrait à aucun d’entre nous de mettre le nez dehors. L’invencible armada espagnole ce n’est pas celle des bateaux de papier de Philippe II mais bien celle de ces vieilles dames permanentées qui occupent l’espace et patrouillent entre les stations de métro Quintana et Ciudad Lineal.

Elles font irrésistiblement penser à cet écuyer que Lazarillo prend comme maître et qui en guise de repas arpente en long et large, matin comme après-midi,  les rues de Tolède.

Dans les rues du Madrid d’aujourd’hui les effets de la crise sont bien concrets.

Le premier est celui-ci: de nombreuses bouches de métro sont fermées par souci d’économie (ici celle de Ciudad Lineal à la hauteur d’Alcalá, 433).

Puis il y a les signes d’adaptation de la publicité de proximité (« Con nosotros, ahórrate la subida del IVA »). Et les offres que vous ne pourrez jamais refuser tant elles participent du don désintéressé plutôt que du commerce. Deux exemples relevés près de la station de métro Pueblo Nuevo:

Permis pas cher pour les jeunes:

Coupe « obole » pour tous (pardonnez le mauvais calembour):

Dans le quartier de Chueca, l’acrimonie est plus explicite, moins charitable, pointant d’un doigt vengeur l’ennemi des Espagnols, l’indignation est dans l’air:

Enfin, chez lez riches, la crise a des expressions paraboliques, cryptées, somme toute étranges, où l’interprétation peut permettre toutes sortes de conclusions.

Un seul exemple, glané au fil de mes ballades dans le très chic barrio de Salamanca, rue Claudio Coelho, tout près de la calle Serrano. Une Cendrillon dépitée ou le fantôme de la Comtesse aux pieds nus? On ne saura jamais.

Il faut dire que la crise est passée loin  d’Edith, adorable expat qui a choisi ce quartier pour y installer sa petite famille en 2008. Elle le disait fort joliement en juillet 2011:

« Si je devais tout reprendre à zéro ? Je crois que je ne changerais rien, le même appartement dans le même quartier (même avec les mêmes en manteaux de fourrure) »…

http://expatespagne.canalblog.com/archives/2011/07/27/21666534.html

A chacun sa crise.