Catalogue social-démocrate?

La campagne officielle des élections législatives étant ouverte, en dehors des sondages qui apportent à la fois quelques éléments de stabilité pour le PP, le PSOE et Ciudadanos, qui progressent très peu ou reculent légèrement, l’incontestable nouveauté de ce « deuxième tour” de législatives, c’est bien le pacte électoral Podemos et Izquierda Unida et la présentation de listes communes sur tout le territoire espagnol sous le sigle « Unidos Podemos » et sous les sigles déjà présents là où cette unité avait été mise sur pied dès le 20 décembre. Ces listes sont créditées d’un pourcentage de voix possibles qui oscille entre 24 et 26%, les plaçant du même coup avant le PSOE (20%) et juste derrière le PP (28%).

La deuxième nouveauté, ce sont les discours.

Une métaphore évolutive est apparue dans le journal El País, la voici :

«Puesto que Unidos Podemos asume que se verá abocado a buscar acuerdos, trató de colocar la pelota en el tejado de Pedro Sánchez. “Es el PSOE el que tiene que elegir.»

Autrement dit, la balle est dans le camp du PSOE: soit accepter un compromis pour gouverner avec la gauche espagnole mais en position d’infériorité, soit se compromettre avec le PP. Oui, la balle est dans le camp de l’autre mais… sur son toit ! Il faudra une échelle et peut-être même un harnais de sécurité aux socialistes espagnols pour aller la chercher… sous peine d’accident.

Autre élément de discours qui fait le régal des médias, une déclaration de Pablo Iglesias suscite la rumeur (le « buzz », en bon français). Il a  affirmé dans certains de ses récents discours de campagne que l’objectif de Podemos était « d’occuper l’espace social-démocrate ». Outre que ce genre de glose autorise les communistes à réaffirmer leur identité (la tactique du « eux, c’est et nous, c’est nous »), il crée dans la gauche social-libérale espagnole un certain trouble. L’éditorial d’El Pais du 8 juin n’y voit qu’un coup tactique pour s’assurer l’hégémonie à la droite des communistes, et les socialistes revendiquent la propriété intellectuelle du label…

Au fond, ce qu’Iglesias met en oeuvre c’est le précepte défendu par Ernest Laclau:   récupérer des concepts pour les rénover. Comme le préconisait Chantal Mouffe en encourageant le travail de « resignification » du terme populisme (Chantal Mouffe: «Il est nécessaire d’élaborer un populisme de gauche», Mediapart, 8 avril 2016).

Enfin, Podemos a encore fait preuve d’une originalité  ambiguë en présentant son programme sous un format qui rappelle l’esthétique des catalogues IKEA…

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De quoi plaire à la classe moyenne sans trop de moyens et se complaire dans la banalité proprette des images de catalogue.

C’est un peu oublier qu’ IKEA est souvent décrié à cause du passé peu flatteur de son fondateur suédois.  A vouloir trop jouer avec les signes on s’emmêle les pieds dans la tapis.

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Valls-Martínez, pas de deux?

Je n’ai pas pour habitude d’évoquer la vie politique ou sociale de la France mais, aujourd’hui, je vais faire une exception.

Depuis quelques jours, les sacro-saints « éléments de langage » du gouvernement français, du patronat et des médias, presse, radio et télévision, visent à présenter Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, comme le seul empêcheur d’adopter en rond la loi travail. Les attaques ad hominem n’ont pas manqué (les moustaches de l’un, les colères de l’autre) mais nous avons compris qu’insister à faire de la CGT la seule organisation opposée à la réforme avait un avantage tactique: diviser et isoler les syndicats hostiles à cette réforme (avec des arguments qui nous ramènent aux années bénies des trente glorieuses). Ainsi, brusquement, que la demande de retrait de la loi soit aussi formulée par  le syndicat CGT-FO, par Solidaires-Sud, par la FSU, n’intéresse plus. Il faut isoler à tout prix la CGT. On nous présente donc la situation actuelle comme le fruit de l’obstination de deux hommes (Valls et Martinez), qui, comme des boxeurs poids lourds se livreraient un combat en quinze rounds. Les termes ( ou « éléments de langage » employés) ne manquent pas , on parle de face-à-face, de duel, de bras-de-fer, de clash, et j’en passe.

J’aurais parlé de « pulso » ou de mano-a-mano ». Pourquoi? Parce qu’il se trouve que ces deux personnages publics ont tous deux des origines espagnoles et qu’ils les revendiquent. Philippe Martinez est né dans la petite Espagne de Saint-Denis dont Natacha Lillo avait superbement rendu compte dans un petit ouvrage publié il y a une dizaine d’années dans la collection Autrement. Il revendique aussi un lien fort avec l’antifascisme des années trente à travers la figure de son père, engagé dans les brigades internationales.

la-petite-espagne-de-la-plaine-saint-denis_9782746705081Manuel Valls est d’origine catalane par son père, Xavier Valls, artiste peintre. Le père de ce dernier, banquier, avait cofondé un quotidien catholique conservateur catalan, El Matí, dont la publication avait été interdite en temps de guerre. Ses locaux serviront à éditer le journal communiste catalan Treball. Quand il est devenu chef du gouvernement, Manuel Valls a revendiqué à nouveau un passé familial anti-franquiste, redoublant ainsi  la polémique qui était entretenue à ce propos. Disons qu’aujourd’hui le doute persiste encore.

Ainsi donc, voici les démons espagnols convoqués dans l’histoire sociale et politique française.

Dans le cortège parisien de jeudi dernier, un manifestant brandissait une drôle de pancarte:

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Pendant ce temps Philippe Martinez devenait le jumeau préféré des Français (les moustaches) et un héros médiatique:

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Se hace el camino al andar 26-J

J’ai souvent et assez sévèrement critiqué Podemos, son origine, sa façon de gérer la politique comme une affaire de marketing et de communication. Il ya toujours toujours trois temps stratégiques en politique: la conquête de l’hégémonie, le compromis programmatique et des alliances. Dans le premier cas la stratégie de segmentation du discours de Podemos (dire à chaque interlocuteur ce qu’il attend qu’on lui dise) a failli. Les contradictions étaient trop fortes et rendaient inaudibles les nuances données ici et là. Le résultat, nous le disions, c’est que le score de Podemos a été relativement décevant au scrutin précédent, sauf là où la deuxième étape avait été franchie, celle d’alliances avec les mouvements alternatifs et/ou associatifs. Ce n’est pas la tentative de négociation « à l’ancienne » avec le PSOE de l’entre-deux élections qui pouvait faire avancer cette formation vers plus de présence. Les manques criants de savoir politique et d’expérience me faisaient approuver la critique sardonique que le philosophe Gustavo Bueno adressait à Pablo Iglesias en novembre dernier, son discours ahistorique, générique et démagogue:

« Es un hombre semiculto de la Facultad de Políticas, que conozco muy bien. Allí se mezcla a Maquiavelo con Lenin, con Rousseau. Yo creo que es un anarquista, lo cual no es decir nada, y un demagogo que se cree que se puede partir de cero. Olvida la historia y en esas asambleas de la Puerta del Sol planteaba la regeneración de la democracia desde el principio, y eso es imposible porque la democracia es una cuestión histórica. Si no tienes una historia de España morfológica no sabes dónde estás. »

Le temps où les communistes étaient considérés comme des momies est terminé: « Me parecen respetables los que se conforman con el 5 por ciento, pero que nos dejen en paz. Siguen viviendo en el pesimismo existencial« . La suffisance aussi. Parce que les réalités ont montré les limites de cette stratégie. Et que le pessimisme ne fait que refléter une réalité qui n’est ni stratégique ni politicienne mais bien profondément sociale, celle de la pauvreté et de la précarité.

Le choix de sceller un accord programmatique et politique précis et souple à la fois avec Izquierda Unida tout en confortant une forte présence des NMS (nouveaux mouvements sociaux) laisse entrevoir une issue beaucoup plus favorable et laisse planer sur le PSOE la menace d’un sorpasso qui le marginaliserait encore un peu plus. Le rêve hégémonique d’Iglesias est peut-être à portée d’élection.

« Caminante no hay camino, se hace el camino al andar…« 

26 juin, accord IU-Podemos

Le récent accord électoral entre Podemos, Izquierda Unida et les alternatifs modifie considérablement la donne électorale en Espagne. Si on examine les récentes enquêtes d’opinion publiées (El Pais aujourd’hui), la coalition de gauche se placerait devant le PSOE en matière d’intentions de votes même si, conséquence du découpage électoral qui favorise la représentation du centre et des zones rurales, ce dernier conserverait un léger avantage en sièges. Cet accord en 50 points, outre qu’il définit une nouvelle politique économique et financière (création, à partir des banques nationalisées -dont Bankia- d’un consortium d’investissement bancaire d’Etat, renégociation de la dette et redéfinition du déficit), dresse des propositions sociales visant à rompre avec la politique d’austérité et à encourager la demande. Par ailleurs, ce programme présente de fortes propositions à teneur écologique en matière énergétique (point 1). La présentation de l’accord sur la place de la Puerta del Sol indique clairement que cet accord vise à capitaliser symboliquement le 15-M, cinq ans après les faits qui s’y sont déroulés.

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En un sens, cette étape donne un intérêt renouvelé à la campagne, le PSOE hésitant entre combattre avec acharnement cette coalition qui pourrait conquérir une position hégémonique à gauche et obliger le parti socialiste à un accord négocié, ou le pousser un peu plus vers une grande coalition avec le PP, coalition participative ou coalition tacite. En effet la mécanique institutionnelle accorde  au parti arrivé en tête la priorité de proposer une offre de gouvernement et il ne fait aucun doute qu’il s’agira du PP. Les socialistes auront donc l’alternative de s’abstenir au cours de la séance d’investiture pour laisser gouverner un PP minoritaire ou allié à Ciudadanos ou d’accepter une coalition avec la gauche mais cette fois sans pouvoir être en mesure de fixer leurs propres conditions. Choix difficile, mais Felipe González avait déjà tranché dans un entretien accordé au journal El País le 29 janvier dernier: il faut laisser le PP gouverner, « Ni el PP ni el PSOE deberían impedir que el otro gobierne. »

Je hais le nouvel an, odio il capodanno

Ces derniers temps une formule d’Antonio Gramsci a fait fortune par ces temps de crise. Je cite :

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Elle est répétée jusqu’à la nausée par les journalistes, les experts de tout poil, les hommes politiques, qui, souvent n’ont pas la moindre idée de l’origine de cet aphorisme, de son auteur ou de l’histoire politique de l’Italie du XXe siècle.

Voici quelques exemples.

Dans le journal L’Humanité du vendredi 1er avril, le journaliste Stéphane Aubouard en fait la matière de la première question de son entretien avec Bertrand Badie, universitaire spécialistes des relations internationales, qui vient défendre son idée de ce que doit être la nouvelle diplomatie, qu’il appelle « diplomatie de l’altérité » (encore un terme qui va faire fortune).

Dans une tribune datée de 2009, publiée par le journal Le Monde, le politologue Pascal Perrineau et le sociologue Michel Wieviorka (deux habitués du petit monde des donneurs d’avis qui se retrouvent régulièrement dans l’émission C’dans l’air, talk-show politique pour retraités), l’employaient pour critiquer le passéisme du mouvement social depuis les années 90.

Dans un ouvrage de mélanges publié en hommage à Alain Lancelot, presque les mêmes (Perrineau et Badie) tricotaient sur une variante plus droitière (oh combien!) de la formule, attribuée à Ernest Coeurderoy: « Tout renaît, tout se transforme, de la décomposition surgit la recomposition, du désordre, un nouvel ordre, purifié.  »

Je voudrais faire une  suggestion. Pourquoi faire appel à Marx (« le bébé et l’eau du bain ») et à Gramsci, lecteur de Hobbes? Parce qu’ils avaient une pensée-monde bien moins étroite que nos experts. Je propose donc de varier les citations:

– Que la 11ème thèse sur Feuerbach (« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer. ») soit remplacée par la 8ème (« Toute vie sociale est essentiellement pratique. Tous les mystères qui détournent la théorie vers le mysticisme trouvent leur solution rationnelle dans la pratique humaine et dans la compréhension de cette pratique. »)

-Que « le vieux monde… » de Gramsci soit remplacé par cette autre formule: « Odio il capodanno. » Pour qu’on en finisse avec les marronniers de presse et les jubilés. Cette citation n’est pas très éloignée de l’autre, puisque Gramsci précise: « La  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. »

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Investiture: accord PSOE-Ciudadanos

Les choses finissent par arriver et confirment les craintes formulées en début de mois, l’accord signé entre la formation de centre-droit Ciudadanos et le PSOE sonne la fin de l’espérance de voir l’Espagne tenter de mettre en place une coalition de gauche. Le contenu de l’accord ne donne satisfaction ni sur le plan économique et social ni sur le plan institutionnel aux éventuels alliés de gauche. Le refus d’une consultation sur le statut de la Catalogne, une lutte contre la corruption plus cosmétique que réelle, le renoncement à revenir sur les réformes du Code du Travail de Zapatero et Rajoy sont quelques-uns des motifs qui ferment la porte à une alliance à gauche.

La question reste la même: comment cette coalition de centre droit pourra-t-elle obtenir la confiance du parlement quand elle ne dispose que de 130 sièges? Il faudrait l’abstention complaisante (ou négociée) des partis nationaliste de la droite basque et catalane, mais même ainsi ce ne sera pas suffisant. Il faudrait donc obtenir l’abstention du PP et c’est cette orientation que semblent dessiner les démarches engagées par Ciudadanos avec l’aval du PSOE auprès du PP. Or ce dernier a tout intérêt à ne pas accepter un tel marché car il est sans contrepartie. Il le met même en position de force pour réitérer sa demande d’une grande coalition qu’il intégrerait comme parti dominant sur la base, à peine modifiée, de l’accord PSOE-Ciudadanos.

En quelque sorte c’est la ligne González qui l’emporte au PSOE et la ligne Rajoy qui devient la plus vraisemblable. Mais pour renforcer sa position, le PP a intérêt à ce que se tiennent de nouvelles élections, dont il sortirait vainqueur en apparaissant comme le promoteur d’une unité nationale dont les socialistes ne veulent pas vraiment, de crainte de disparaître du paysage politique espagnol pour un bout de temps.

Pendant ce temps, le discours d’enfumage va bon train. Le leader socialiste laisse entendre qu’il existe un accord tacite entre le PP et Podemos pour empêcher la coalition « de progrès » qu’il a formé avec Ciudadanos de gouverner. C’est le principe du discours d’amalgame : qui n’est pas avec moi, à mes conditions, est contre moi. On retrouve donc le même discours sur la « pinza » qu’aimait beaucoup répéter Felipe González. Et si le PP comme Podemos et les communistes votent contre cette investiture aux deux tours prévus, il y aura de nouvelles élections et le PSOE remettra sur la table ce même élément de langage, en passant au second plan les questions de programme et de projet. Enfin, le raidissement des partis nationalistes de droite comme de gauche devant cette coalition qui apparaît comme bien peu encline au principe de multinationalité de l’Etat deviendra un élément de poids dans cette dernière étape de la procédure d’investiture.

Il y aura donc vraisemblablement un premier vote d’investiture le 2 mars et si la majorité absolue n’est pas obtenue, ce qui est certain, un second tour à la majorité relative quarante-huit heures plus tard. Sauf si la polémique juridico-constitutionnelle que le PP a ouverte aboutit, même s’il y a de faibles chances pour que ce soit le cas : le délai entre les deux votes fixé par la constitution est de 48 heures, le Président de la chambre (le socialiste Patxi López) propose que le second tour se tienne le samedi 5 mars, trois jours plus tard. Tout dépend donc de l’heure à laquelle le premier vote aura lieu (avant ou après minuit dans la soirée du 2 mars). Comme le prédisait Calpurnia à César : « O, Imperator, Méfie-toi des Ides de mars ! »

AVE CÉSAR !

Qu’est-ce que la politique en Espagne aujourd’hui?

De retour d’un séjour studieux à Barcelone, j’ai ramené un couffin bien rempli d’impressions, de discours divers et multiples, d’images étranges et de livres. D’abord les impressions: qu’est donc ce monde où les journalistes qui animent les émissions politiques doivent absolument ressembler à des pin-ups ou à des play-boys? Cette tendance « beau-gosse » ou « blonde -ou fausse-blonde- filiforme » envahit tout et, dans ce domaine, l’Espagne a pris de l’avance. On ne distingue plus aujourd’hui quand on allume la télé là-bas, entre le jeu télévisé et l’émission d’informations. Les journalistes ont aussi pris pour habitude (comme les nôtres) d’interrompre sans cesse leur invité politique, de ne pas le laisser répondre, en croyant peut-être que c’est là la méthode du vrai journalisme, la méthode anglo-saxonne. Cette tendance envahit aussi la politique et son personnel (même le personnel dissident). Voyez les leaders des partis alternatifs et même le dirigeant du PSOE, Pedro Sánchez.  « Que seriez-vous prêt à faire pour gagner? »,  « Danser« … Le degré zéro de la politique. Pourtant il y a des enjeux, la crise, la pauvreté, mais non… on danse sur le volcan.

La télé adore. Elle aime aussi les parties à quatre. Puisque c’est elle, aidée par la presse écrite, qui la suit, qui a inventé le quadripartisme. Plus spectaculaire que le bipartisme, puisque on peut ainsi varier les discours et intéresser le spectre le plus large possible. Même s’il y a une chaise vide. Les candidats, jeunes et beaux, se tutoient, renforçant ainsi la connivence entre eux contre le candidat de la droite, absent de leur arène.

En réalité le quadripartisme de la télé et des médias n’est mis en avant que pour mieux écarter les partis ou groupes qui gênent: la gauche unie, et les partis nationalistes ou indépendantistes des grandes régions périphériques. Et il est fondé sur les prévisions électorales, seulement sur celle-ci.

Le paysage électoral est donc à ce point consternant de vulgarité et de superficialité que je me suis demandé si on ne pourrait penser la même chose à propos de la France. Bon, des beaux gosses ou des blondes -ou fausses blondes- filiformes, on n’en n’a pas encore beaucoup dans le personnel politique… Chez les journalistes de télé, on est pas mal. Mais ça s’arrête là. On a la chance d’avoir une guerre à mener contre le réchauffement climatique, ce qui a permis de laisser passer sans commentaires que le chiffre du chômage en France a dépassé les 10% et enregistré +42 000 en octobre.

Deux façons différentes d’installer des formes nouvelles de populisme démocratique: segmentation du discours, gommage des conflits de classe, exaltation des liens affectifs, négation de l’esprit critique et eaux glacées du calcul égoïste. Le philosophe José Luis Villacañas ne dit pas autre chose:  » El liberalismo, al producir hombres económicos cuyo rasgo de vida es el cálculo individual, es una fábrica de seres humanos que anhelan vínculos afectivos… Cuanto más triunfe el liberalismo como régimen social, más probabilidades tiene el populismo de triunfar como régimen político. » (José Luis Villacañas, Populismo, Madrid, La huerta grande, 2015, p. 105).

Gustavo Bueno, philosophe nonagénaire et sulfureux résume parfaitement la chose avec quelques épithètes bien senties:

«¿Sánchez? Sicofante. ¿Iglesias? Demagogo. ¿Rivera? Ajedrecista.»

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Le côté obscur de la force

L’émotion suscitée par les attentats de Paris est très forte en Espagne et à travers le monde. Quatre citoyens espagnols y ont laissé leur vie, au Bataclan et dans l’un des cafés-resaurants du XIème arrondissement, La belle équipe, dont le nom évoque  le film éponyme de Julien Duvivier de 1936, u film sur l’échec social en période de Front Populaire, film sombre et ambigu mais imprégné de l’esprit du groupe Octobre et de sa fraternité militante.

Sur ces attentats, une réflexion personnelle. Que manque-t-il donc à la France pour qu’elle se retrouve dans une situation aussi difficile, avec une extrême droite xénophobe puissante, un discours républicain sans contenu mais avec coups de menton d’un côté et, de l’autre, la force sanguinaire? Il y manque des emplois. Des militaires et des policiers, mais pas seulement. Rien dans les politiques menées depuis bientôt quarante ans n’est allé dans ce sens, bien au contraire. Il manque aussi un discours tribunitien, fédérateur de ceux d’en bas qui crée des solidarités dans des milieux vivant dans la précarité, des solidarités pour la conquête des droits et non pour leur disparition. Dans les années cinquante et soixante, au-delà de toute polémique secondaire, les organisations ouvrières, syndicats et partis, représentaient cette force, ce lien  puissant qui demandait aux « damnés de la terre » de ne pas baisser les bras. Aujourd’hui, tout ceci a disparu. Et la jeune classe moyenne, particulièrement visée par ces attentats, vient d’en faire cruellement les frais. Comme la jeune classe ouvrière de ce pays  en fait les frais depuis des décennies.

 

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Municipales en Espagne, fin de partie

Les Municipales, rappelons-le étaient les seules élections se tenant sur tout le territoire de l’Espagne. La règle électorale obligeait les municipalités de se voir dotées d’un exécutif deux  semaines après le scrutin. En cas de majorité relative et d’absence d’accord entre les différentes listes représentées au nouveau conseil municipal, c’était la tête de la liste ayant obtenu le plus de conseillers qui était élue maire, mais avec un soutien minoritaire, autrement dit très fragile.  Il a a donc eu des accords, quelquefois étranges ou des désaccords qui ont permis ceraints succès.

Globalement, ces élections profitent au PSOE qui gagne 7 capitales de provinces (l’Espagne en compte 50 au total) et n’en perd que deux, au bénéfice de la droite.  Les coalitions auxquelles participait Podemos en gagnent 5 et no des moindres, Madrid, Barcelone, Saragosse, Cadix, La Corogne. Dans le cas de la capitale, c’est le soutien des élus minoritaires du PSOE qui permettent à la nouvelle égérie de la gauche madrilène, l’ex-communiste Manuel Carmena, de devenir maire. A Barcelone c’est un accord avec les élus nationalistes de gauche qui permettent à Ada Colau de devenir maire et de ravir la ville aux nationalistes conservateurs de CiU (qui sont, en Catalogne, les grands perdants du scrutin municipal). Ces deux femmes maires n’appartiennent pas à Podemos mais à des mouvements associatifs nés de la crise.

Moins visibles cependant un certain nombre d’accords opportunistes entre le PSOE, le PP ou les nouveaux venus Ciudadanos ont permis ici et là de permettre aux deux grands partis de conserver certaines positions. Dans d’autres cas, des alliances larges ont poussé dehors des maires sortants. Par exemple, à Badalona, ville de 220 000 habitants de la banlieue de Barcelone, le maire sortant du PP, don la liste est pourtant arrivée en tête, a été battu par une coalition réunissant les alternatifs –Badalona en comú-, les socialistes, la gauche nationaliste –ERC- et les communistes). A Sabadell, la municipalité échappe aux socialistes, bien que leur candidat soit arrivé en tête, alors qu’ils la détenaient depuis 1999 après l’avoir gagnée aux communistes. Cette ville de l’ancien arc industriel de Barcelone de 206 000 habitants sera gouvernée par un militant de la gauche nationaliste (ERC).

Le perdant à l’échelle nationale, c’est le PP, ou la droite en général. Le gagnant, le PSOE grâce aux accords qu’il a accepté de signer ici et là avec les alternatifs. La force de ces derniers est urbaine, elle trouve sa force dans une classe moyenne aux abois depuis les débuts de la crise immobilière et financière.

Après les élections des nouveaux exécutifs des parlements régionaux élus le mois dernier, il faudra ne pas perdre de vue que les élections législatives de novembre prochain constituent l’enjeu décisif. Le résultat des alternatifs, des communistes –qui résistent finalement assez bien à la vague Podemos sauf à Madrid-, et des socialistes peut obliger ces derniers à accepter, pour la première fois depuis 1982, de gouverner en coalition.

Et que chacun garde à l’esprit l’aphorisme marqué au coin du bon sens du seul philosophe espagnol vivant, Vicente Del Bosque, qui déclarait il y a peu : « Quien pita a un jugador, pita a la Selección ». Et vice versa.

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Barça, campió

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Naturellement, Luís Enrique en Moïse, c’est outrancier… Mais lui attribuer les Tables de la Loi, encore plus.

Souvenons-nous qu’il y a quelques années, c’est Pep Guardiola qui se retrouvait au plus près du dieu des chrétiens:

sixtinaAlors que Cristiano Ronaldo semble voué aux flammes de l’enfer depuis qu’il est au Real:

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Dans un entretien accordé au journal El País en 2011, Mario Vargas Llosa disait du football qu’il s’agissait d’une religion laïque,  » antes, solo las religiones convocaban esa especie de manifestación irracional, colectiva; hoy en día, eso que antes era prototípico de la religión, es la religión laica de nuestro tiempo ».

Et, en toute logique, cette vision des choses permettait ces derniers jours que l’hebdomadaire Marianne titre : « FIFA: le Veau d’or est toujours debout« . Ou que Neymar se sente touché par la grâce:

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Qui a dit que le XXIe siècle serait religieux? En tout cas, pour le foot, c’est déjà fait.