Catalogne, une histoire millénaire?

Voici un ouvrage qui mériterait d’être lu par les indépendantistes catalans. Il s’agit d’un article d’Eduard Feliu (1938-2009), La culture juive en Catalogne médiévale, publié dans un ouvrage passé peut-être inaperçu aux yeux de tous ceux qui cherchent des racines historiques profondes et particulières à la catalanité, « Les Juifs méditerranéens au Moyen Age, culture et prosopographie »,  Danièle Iancu-Agou (dir.), Paris, Cerf, 2010, 248 p.

Feliu rappelle ce que fut une part de l’histoire de ce territoire en termes bien intéressants puisqu’il inverse le discours catalan dominant. Je vous en livre un très court extrait:

Bien qu’il soit impossible de dater le début de l’établissement des juifs dans les terres qui sont devenues la Catalogne, rien ne nous empêche de penser qu’il y avait déjà des juifs dans les temps les plus éloignés et, évidemment, bien avant qu’il y eût des Catalans conscients d’être des Catalans. En réalité, les juifs ne sont jamais arrivés en Catalogne, mais c’est la Catalogne, paradoxalement, qui est arrivée à eux, c’est-à-dire qu’elle s’est formée et consolidée dans un territoire où il y avait déjà des juifs depuis toujours, pour ainsi dire. Malgré la rareté des documents , la « nuit des temps » du haut Moyen-Age n’est pas si noire qu’elle qu’elle ne nous permette pas d’entrevoir la présence des juifs parmi la population chrétienne. [FELIU, p. 16]

D’une certaine façon, cette absence de « conscience d’être » nuance singulièrement le millénarisme nationaliste. Elle nuance en particulier le propos de la résolution présentée au vote du Parlement catalan le 27 octobre 2017 par la coalition séparatiste:

La nation catalane, sa langue et sa culture ont mille ans d’histoire. Au cours des siècles, la Catalogne s’est dotée et a bénéficié d’institutions particulières qui ont exercé leur auto-gouvernement en toute plénitude, la Généralité étant l’expression majeure des droits historiques de la Catalogne. [COROMINES et alii, 2017]

On peut consulter à ce propos le site de la revue en ligne National Geographic Espagne.

LA HAGGADAH DE BARCELONA  - CATALUNYA - Arte judío medieval Desde la llamada de Moisés, al cruce del mar rojo, el drama del...

La Haggadah de Barcelone

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Se débrancher de l’Espagne?

J’ai lu dans un quotidien du soir que Mariano Rajoy ne croyait pas au réchauffement climatique. En France on l’aurait pris au sérieux et on l’aurait viré (des services météo). Il ne croit pas non plus, on peut le supposer, à la dérive des continents. Or, c’est bien cette dernière théorie qu’il va falloir qu’il vérifie après le vote le 9 novembre dernier par le Parlement catalan d’une résolution en neuf points proclamant la mise en route du processus de « déconnexion » de la Catalogne. L’article 2 de cette résolution évoque  » l’inici del procés de creació d’un estat català independent en forma de república » et le 7 demande à l’exécutif qui sera mis en place de mettre en route, une fois  adoptées,   « les mesures necessàries per a obrir aquest procés de desconnexió de l’Estat espanyol, d’una manera democràtica, massiva, sostinguda i pacífica que permeti l’apoderament de la ciutadania a tots els nivells i es basi en una participació oberta, activa i integradora. »

Le problème c’est qu’il n’y a toujours pas d’exécutif  puisque la coalition Junts pel si a besoin des 10 voix de la CUP (indépendantistes alternatifs). Or ces derniers refusent de voter l’investiture d’Artur Mas, bloquant ainsi le processus de désignation de « l’Honorable President ». Ce bras de fer entre indépendantistes laisse donc du temps aux uns et aux autres pour préparer la riposte. Elle sera fiscale et institutionnelle de la part de l’Etat central, sûrement politique en Catalogne même de la part des partis et groupes n’ayant pas voté la résolution (PP, C’s, PSC, Csep).

Il reste à retirer aussi, dans l’hypothèse d’une Catalogne indépendante, une épine dans le pied de l’indépendance: Barcelone. En effet, quand on consulte les résultats de l’élection du nouveau parlement catalan, élection du du 27 septembre, on enregistre un net recul de la coalition indépendantiste à Barcelone et alentours, or sur les 7, 5 millions d’habitants que compte la Catalogne, 70% d’entre eux vivent dans cette région (5,5 millions). C’est l’éternel problème de la sous-représentation des zones urbaines et de la sur-représentation des zones rurales qui laisse croire qu’une majorité de catalans est favorable à l’indépendance alors que la ville et la campagne ont voté l’une contre l’autre et que, dans les systèmes démocratiques qui imposent une dose majoritaire dans leur scrutin -autrement dit tous-, c’est toujours la campagne qui gagne et qui fait les majorités. Barcelone demandera-t-elle à son tour l’indépendance, se transformer en ville libre comme il en existait au Moyen-Age? Et former une guilde avec d’autres villes à fort statut (la prochaine métropole marseillaise, les villes franchisées du nord du Maroc, etc.). Certains le demandent :

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Municipales en Espagne, fin de partie

Les Municipales, rappelons-le étaient les seules élections se tenant sur tout le territoire de l’Espagne. La règle électorale obligeait les municipalités de se voir dotées d’un exécutif deux  semaines après le scrutin. En cas de majorité relative et d’absence d’accord entre les différentes listes représentées au nouveau conseil municipal, c’était la tête de la liste ayant obtenu le plus de conseillers qui était élue maire, mais avec un soutien minoritaire, autrement dit très fragile.  Il a a donc eu des accords, quelquefois étranges ou des désaccords qui ont permis ceraints succès.

Globalement, ces élections profitent au PSOE qui gagne 7 capitales de provinces (l’Espagne en compte 50 au total) et n’en perd que deux, au bénéfice de la droite.  Les coalitions auxquelles participait Podemos en gagnent 5 et no des moindres, Madrid, Barcelone, Saragosse, Cadix, La Corogne. Dans le cas de la capitale, c’est le soutien des élus minoritaires du PSOE qui permettent à la nouvelle égérie de la gauche madrilène, l’ex-communiste Manuel Carmena, de devenir maire. A Barcelone c’est un accord avec les élus nationalistes de gauche qui permettent à Ada Colau de devenir maire et de ravir la ville aux nationalistes conservateurs de CiU (qui sont, en Catalogne, les grands perdants du scrutin municipal). Ces deux femmes maires n’appartiennent pas à Podemos mais à des mouvements associatifs nés de la crise.

Moins visibles cependant un certain nombre d’accords opportunistes entre le PSOE, le PP ou les nouveaux venus Ciudadanos ont permis ici et là de permettre aux deux grands partis de conserver certaines positions. Dans d’autres cas, des alliances larges ont poussé dehors des maires sortants. Par exemple, à Badalona, ville de 220 000 habitants de la banlieue de Barcelone, le maire sortant du PP, don la liste est pourtant arrivée en tête, a été battu par une coalition réunissant les alternatifs –Badalona en comú-, les socialistes, la gauche nationaliste –ERC- et les communistes). A Sabadell, la municipalité échappe aux socialistes, bien que leur candidat soit arrivé en tête, alors qu’ils la détenaient depuis 1999 après l’avoir gagnée aux communistes. Cette ville de l’ancien arc industriel de Barcelone de 206 000 habitants sera gouvernée par un militant de la gauche nationaliste (ERC).

Le perdant à l’échelle nationale, c’est le PP, ou la droite en général. Le gagnant, le PSOE grâce aux accords qu’il a accepté de signer ici et là avec les alternatifs. La force de ces derniers est urbaine, elle trouve sa force dans une classe moyenne aux abois depuis les débuts de la crise immobilière et financière.

Après les élections des nouveaux exécutifs des parlements régionaux élus le mois dernier, il faudra ne pas perdre de vue que les élections législatives de novembre prochain constituent l’enjeu décisif. Le résultat des alternatifs, des communistes –qui résistent finalement assez bien à la vague Podemos sauf à Madrid-, et des socialistes peut obliger ces derniers à accepter, pour la première fois depuis 1982, de gouverner en coalition.

Et que chacun garde à l’esprit l’aphorisme marqué au coin du bon sens du seul philosophe espagnol vivant, Vicente Del Bosque, qui déclarait il y a peu : « Quien pita a un jugador, pita a la Selección ». Et vice versa.

Del-Bosque-Gerard-Pique