Catalogue social-démocrate?

La campagne officielle des élections législatives étant ouverte, en dehors des sondages qui apportent à la fois quelques éléments de stabilité pour le PP, le PSOE et Ciudadanos, qui progressent très peu ou reculent légèrement, l’incontestable nouveauté de ce « deuxième tour” de législatives, c’est bien le pacte électoral Podemos et Izquierda Unida et la présentation de listes communes sur tout le territoire espagnol sous le sigle « Unidos Podemos » et sous les sigles déjà présents là où cette unité avait été mise sur pied dès le 20 décembre. Ces listes sont créditées d’un pourcentage de voix possibles qui oscille entre 24 et 26%, les plaçant du même coup avant le PSOE (20%) et juste derrière le PP (28%).

La deuxième nouveauté, ce sont les discours.

Une métaphore évolutive est apparue dans le journal El País, la voici :

«Puesto que Unidos Podemos asume que se verá abocado a buscar acuerdos, trató de colocar la pelota en el tejado de Pedro Sánchez. “Es el PSOE el que tiene que elegir.»

Autrement dit, la balle est dans le camp du PSOE: soit accepter un compromis pour gouverner avec la gauche espagnole mais en position d’infériorité, soit se compromettre avec le PP. Oui, la balle est dans le camp de l’autre mais… sur son toit ! Il faudra une échelle et peut-être même un harnais de sécurité aux socialistes espagnols pour aller la chercher… sous peine d’accident.

Autre élément de discours qui fait le régal des médias, une déclaration de Pablo Iglesias suscite la rumeur (le « buzz », en bon français). Il a  affirmé dans certains de ses récents discours de campagne que l’objectif de Podemos était « d’occuper l’espace social-démocrate ». Outre que ce genre de glose autorise les communistes à réaffirmer leur identité (la tactique du « eux, c’est et nous, c’est nous »), il crée dans la gauche social-libérale espagnole un certain trouble. L’éditorial d’El Pais du 8 juin n’y voit qu’un coup tactique pour s’assurer l’hégémonie à la droite des communistes, et les socialistes revendiquent la propriété intellectuelle du label…

Au fond, ce qu’Iglesias met en oeuvre c’est le précepte défendu par Ernest Laclau:   récupérer des concepts pour les rénover. Comme le préconisait Chantal Mouffe en encourageant le travail de « resignification » du terme populisme (Chantal Mouffe: «Il est nécessaire d’élaborer un populisme de gauche», Mediapart, 8 avril 2016).

Enfin, Podemos a encore fait preuve d’une originalité  ambiguë en présentant son programme sous un format qui rappelle l’esthétique des catalogues IKEA…

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De quoi plaire à la classe moyenne sans trop de moyens et se complaire dans la banalité proprette des images de catalogue.

C’est un peu oublier qu’ IKEA est souvent décrié à cause du passé peu flatteur de son fondateur suédois.  A vouloir trop jouer avec les signes on s’emmêle les pieds dans la tapis.

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Se hace el camino al andar 26-J

J’ai souvent et assez sévèrement critiqué Podemos, son origine, sa façon de gérer la politique comme une affaire de marketing et de communication. Il ya toujours toujours trois temps stratégiques en politique: la conquête de l’hégémonie, le compromis programmatique et des alliances. Dans le premier cas la stratégie de segmentation du discours de Podemos (dire à chaque interlocuteur ce qu’il attend qu’on lui dise) a failli. Les contradictions étaient trop fortes et rendaient inaudibles les nuances données ici et là. Le résultat, nous le disions, c’est que le score de Podemos a été relativement décevant au scrutin précédent, sauf là où la deuxième étape avait été franchie, celle d’alliances avec les mouvements alternatifs et/ou associatifs. Ce n’est pas la tentative de négociation « à l’ancienne » avec le PSOE de l’entre-deux élections qui pouvait faire avancer cette formation vers plus de présence. Les manques criants de savoir politique et d’expérience me faisaient approuver la critique sardonique que le philosophe Gustavo Bueno adressait à Pablo Iglesias en novembre dernier, son discours ahistorique, générique et démagogue:

« Es un hombre semiculto de la Facultad de Políticas, que conozco muy bien. Allí se mezcla a Maquiavelo con Lenin, con Rousseau. Yo creo que es un anarquista, lo cual no es decir nada, y un demagogo que se cree que se puede partir de cero. Olvida la historia y en esas asambleas de la Puerta del Sol planteaba la regeneración de la democracia desde el principio, y eso es imposible porque la democracia es una cuestión histórica. Si no tienes una historia de España morfológica no sabes dónde estás. »

Le temps où les communistes étaient considérés comme des momies est terminé: « Me parecen respetables los que se conforman con el 5 por ciento, pero que nos dejen en paz. Siguen viviendo en el pesimismo existencial« . La suffisance aussi. Parce que les réalités ont montré les limites de cette stratégie. Et que le pessimisme ne fait que refléter une réalité qui n’est ni stratégique ni politicienne mais bien profondément sociale, celle de la pauvreté et de la précarité.

Le choix de sceller un accord programmatique et politique précis et souple à la fois avec Izquierda Unida tout en confortant une forte présence des NMS (nouveaux mouvements sociaux) laisse entrevoir une issue beaucoup plus favorable et laisse planer sur le PSOE la menace d’un sorpasso qui le marginaliserait encore un peu plus. Le rêve hégémonique d’Iglesias est peut-être à portée d’élection.

« Caminante no hay camino, se hace el camino al andar…« 

Podemistas ou Pokemones?

Lu dans La Vanguardia aujourd’hui:

 » Los podemistas … defienden aliarse con IU y otros en determinados territorios donde no dominan el panorama a la izquierda del PSOE, como de hecho hicieron en las municipales de mayo y más tarde en el 20D en Catalunya, País Vasco y Galicia. »

Bien entendu ,la question de la constitution d’un bloc Podemos-Izquierda Unida-Mvt associatif et écologiste est un élément important de la gestion de campagne de la gauche espagnole dans l’éventualité de nouvelles élections législatives en Espagne en juin prochain. Elections qui auront lieu sauf si… le souhait de Felipe González se concrétise: une alliance PP-Ciudadanos et une abstention négociée du PSOE qui ouvre la voie à un gouvernement de droite minoritaire, sauf si… le PP et le PSOE se mettent d’accord pour construire une grande coalition à l’allemande, ce que le PSOE n’accepterait que s’il était en position dominante.

L’abandon par Podemos de sa politique d’accords à la carte semble en bonne voie. En effet, jusqu’ici, là où Podemos était faible (Catalogne, Euskadi, Valence, Galice)  il acceptait ce type d’alliances et les refusait là où il s’estimait fort (Madrid, Castille, Andalousie). Ce sont les sondages les plus récents qui les poussent à modifier leur politique. En effet ces derniers pronostiquent une perte de 10 à 20 sièges pour Podemos en cas d’élections au mois de juin et un progrès substantiel d’Izquierda Unida qui passerait de 2 à 6 ou 11.

Mais ce que je retiens de cet article de Fernando García c’est l’emploi du vocable « podemistas ».  Le choix était lingusitiquement très varié: podemeros, poderistas, poderinos, podemones,  et surtout pokemones qui semble avoir la faveur de certains  médias.

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