Omnia vincit amor

Le comité fédéral, instance parlementaire du PSOE, l’équivalent des bons vieux comités centraux de partis, a donc voté dimanche dernier une résolution appelant les parlementaires socialistes à  s’abstenir lors du deuxième vote d’investiture de la coalition PP-Ciudadanos, vote qui devrait intervenir assez rapidement, avant Toussaint.

La résolution reflète le grand désarroi dans lequel est plongé le parti socialiste espagnol, qui tente, dans un exercice rhétorique en langue de bois d’ébène, de justifier plus que d’expliquer son choix. Les quatre pages de la résolution développent essentiellement deux idées :

-la démocratie espagnole serait en danger si on procédait à une troisième consultation électorale, en finissant par creuser le fossé entre les citoyens et la démocratie institutionnelle, jugée comme exemplaire.

-une alliance à gauche entre forces de gauche et nationalistes aurait reposé sur une diversité qui aurait mis en danger « las bases de nuestro modelo constitucional », autrement dit les principes d’unité de la nation, de solidarité entre ses composantes régionales (Article 2 de la Constitution). Ce que le texte appelle « el desafio secesionista ».

Deux sous-arguments apparaissent :

  • le PSOE risquerait de subir un autre recul en cas de troisièmes élections: « un nuevo retroceso electoral nos haria perder la capacidad que ahora tenemos de liderar la oposicion .»,
  • l’Espagne paralysée est absente de la scène internationale, alors que l’Europe est plus que jamais fragile ( se esta jugando su futuro. »

Le texte énumère sept points programmatiques sur lesquels le PSOE compte mettre l’accent pendant la nouvelle législature :

  • déroger la loi travail, réformer les retraites,
  • réformer l’école et déroger à la loi LOMCE de 2013,
  • ouvrir le dialogue sur les questions régionales en particulier avec la Catalogne,
  • en finir avec la corruption,
  • défendre le droit des femmes – droit à l’avortement, violence conjugale-
  • en finir avec la Loi dite « Mordaza », loi qui pénalise lourdement les petites infractions et délits, loi considérée comme liberticide.

Le PSOE a donc fait son choix, mais le coût en est élevé. Tout d’abord le vote a été relativement disputé 128 pour, 96 contre), la débat houleux et la fracture entre les uns et les autres a provoqué des dégâts collatéraux – avec les socialistes catalans et les socialistes basques-. Certains remettent même en question devant la justice le coup de force qui a poussé Pedro Sánchez à la démission. Et un nombre significatif de députés socialistes annoncent leur intention de voter non et de ne pas s’abstenir.

Clairement, que le peuple vote est une bonne chose, mais pas trop, quand même… alors le Roi consulte… et Ciudadanos, désormais en position de force, chipote… son soutien en laissant entendre qu’une alliance à trois serait plus à son goût.

Par conséquent, alea jacta est mais aucun coup de dé n’a jamais aboli le hasard. Rien n’est joué…

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Mal menor…

Javier Fernández dont on suit avec curiosité et même compassion le chemin de croix que son parti lui a demandé d’entreprendre a finalement lâché le dernier des arguments possibles à quelques jours de la réunion du comité fédéral du Psoe : s’abstenir et permettre à la droite de gouverner, c’est « el mal menor », le moindre mal. La rhétorique mise en œuvre baigne dans ambiguïté constante (double langage, non dits et approximations) dont nous avons ici en France, un maître (de Florange 2012 à Florange 2016).

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Il s’agit d’une stratégie sans objectifs, sans contenu, sans idée, et plus qu’une stratégie, un aveu de défaite ou, pour le moins, d’extrême faiblesse.  Certains députés regrettent que le choix de l’abstention n’ait pas été fait après les élections de juin, en oubliant que le débat avait déjà eu lieu de façon indirecte et, encore une fois ambiguë, cet été. La même ambiguïté règne au sein de la fédération socialiste catalane du PS, la seul qui ait tenu congrès ces derniers jours et dispose d’un mandat légitimé.

Après avoir réitéré le choix du Psc de ne pas s’abstenir mais de voter non à l’investiture du PP, Miguel Iceta, secrétaire général du Psc a nuancé sons propos en défendant l’idée d’une « abstention technique », autrement dit que seuls 12 députés socialistes s’abstiennent. Disons aussi que le premier discours est celui qu’il tient en Catalogne, le second ailleurs en Espagne. Dans ces conditions, on peut supposer que les sept députés socialistes catalans voteraient non, respectant ainsi leur mandat, et que, de leur côté, les députés socialistes andalous s’abstiendraient comme ils semblent vouloir le faire.

Le seul problème c’est la sanction ultérieure probable des électeurs socialistes (ou d’une bonne moitié de ces derniers) qui, même si l’idée même qu’il n’y ait pas d’autres solution (une TINA à toutes les sauces) leur semblait acquise à une courte majorité, pardonneraient difficilement au Psoe de les avoir livré pieds et poings liée à une nouvelle législature d’une droite corrompue (Gürtel) et ultralibérale (recortes).

Au fond, la question est toujours la même : qui voudra bien porter le chapeau ? Ce jeu de la barbichette socialiste finira bientôt par ne plus intéresser les Espagnols.

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Psoe, le torchon brûle… la casa (cosa) está que arde

Rien ne va plus au sein du Psoe. Les deux mauvais résultats aux élections régionales en Galice et au Pays basque comme les résultats médiocres aux élections législatives ont plongé  ce parti dans une crise interne sans précédent. Elle n’est pas sans rappeler celle qui secoua les communistes espagnols au début des années 80, toutes proportions gardées et toutes choses égales par ailleurs. Elle a un trait commun, c’est qu’elle s’insère dans une crise mondiale de la social-démocratie comme celle qui toucha les communistes espagnols était liée à l’affaissement général de l’influence des quelques partis communistes encore sur pied et à la fin programmée du bloc soviétique.

Il s’agit donc d’une crise dont les raisons ne sont pas seulement espagnole mais bien mondiales qui voient émerger des forces plus radicales à la gauche des grands partis réformistes et des forces profondément conservatrices, nationalistes et xénophobes. Le plus souvent parce que les politiques menées par ces partis se définissant eux-mêmes comme »socio-démocrates » n’ont pas répondu aux demandes essentielles des peuples mais ont choisi d’appliquer avec quelques retouches et faux-semblants la même politique que les droites conservatrices. L’idée même qu’il n’y a pas d’alternative (la fameuse TINA de Margaret Thatcher) domine encore leur discours.

En Espagne, c’est un coup de force qui s’engage contre le secrétaire du Psoe, Pedro Sánchez. A l’origine de ce « pulso », les cadres élus du parti, quelques dirigeants historiques, autrement dit l’élite professionnelle socialiste. A la tête de cette fronde, des présidents de régions dont Susana Díaz, qui préside de la communauté autonome d’Andalousie grâce au soutien de Podemos, et qui ne cache pas depuis presque un an son souhait de prendre les rênes du parti. parallèlement, autour de Felipe González, dirigeant historique, se sont agglutinés quelques-uns des anciens dirigeants et anciens ministres (A. Pérez Rubalcaba, J. Bono) pour crier haro sur le baudet.

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La raison avancée est simple: on reproche au secrétaire général du Psoe que ses députés ne se soient pas abstenus début septembre dans le second débat d’investiture pour permettre à la droite de gouverner en minorité et éviter de nouvelles élections.

D’autres figures historiques sont plus prudentes et soutiennent Pedro Sánchez en affirmant que ce choix était celui du parti et qu’il n’a fait que respecter ce mandat. Tel est le cas de José Borrell qui reproche au passage « la division du travail » entre les prétendants au secrétariat général et les historiques. Les premiers n’évoquent jamais la question de l’abstention, se contentant de demander plus de démocratie dans le fonctionnement du parti. Ils laissent ce soin à Felipe González. Josep Borrell s’en prend directement à Susana Díaz, en soutenant que la dirigeante andalouse n’évoque jamais ce choix dans ses discours et invectives contre Pedro Sánchez par pur opportunisme, c’est ce qu’il affirmait à La Vanguardia ce matin:

 »  Cuando señala la necesidad de ir a la oposición porque con 85 diputados no se puede gobernar, no [dice] también que “nos tenemos que abstener”; no lo dijo “porque es impopular”.

En réalité tout ceci laisse voir un parti socialiste profondément divisé entre une droite conservatrice et très proche du centre droit espagnol et une gauche plus alternative qui espère qu’une alliance à gauche soit encore possible. Le bras de fer engagé a aussi pour enjeu d’empêcher sous quelque forme que ce soit le moindre rapprochement avec Podemos. C’est toujours Felipe Gonzalez qui est à la manœuvre. Au cours d’une réunion publique dans la banlieue de Madrid à la fin de la campagne de juin il avait qualifié Podemos de « populista, rupturista, una pseudo izquierda que quiere romper la solidaridad entre los españoles. » On voit bien que dans les trois critères négatifs choisis -qui peuvent mériter à eux-seuls une étude plus approfondie mais dans le calme des études de science politique et non pas comme arguments assénés dans des meetings électoraux- c’est le dernier qui pèse le plus lourd, car il ne s’agit pas de solidarité sociale ou économique mais bien d’unité territoriale.

Agua por San Mateo, puercas vendimias y gordos borregos…

Il faudra attendre que les élections régionales de Galice et du Pays basque aient livré leur verdict pour qu’une autre solution, peu vraisemblable aujourd’hui, que de nouvelles élections en décembre soit possible pour former un nouveau gouvernement.

Si l’on examine les sondages réalisés dans ces deux régions, on note que dans la première le PP est en position hégémonique, alors que dans la deuxième, des alliances seront nécessaires au PNV (parti nationaliste basque de centre droit) pour gouverner.

Parlement régional de Galice:

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Parlement régional d’Euskadi:

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Dans les deux cas, le Parti socialiste continuerait à perdre des voix et des sièges, mais il pourrait assurer une majorité régionale au PNV en essayant de s’assurer de son soutien au parlement national. Le PP, s’il atteint les 10 sièges que les sondages ne lui promettent toujours pas au parlement basque, il pourrait assurer le PNV de son soutien et obtenir en échange son soutien au parlement national, ce qui le mettrait, si la coalition avec Ciudadanos tient toujours (ce qui n’est pas acquis) à une seul voix de l’investiture.

Comme ces élections auront lieu à la Saint Mathieu, chacun ferait bien de se souvenir de ce que dit la sagesse populaire :

Agua por San Mateo, puercas vendimias y gordos borregos…

 

¡Del Bosque presidente!

La métaphore footballistique du titre de mon dernier billet pouvait sembler de circonstance. Dans les faits, elle devient de plus en plus vraisemblable depuis la démission de Vicente del Bosque de son poste de sélectionneur de la Roja.

Les polémiques qui se développent autour du nom de son éventuel successeur sont assez proches de ce que l’Espagne s’apprête à vivre en matière politique dans les semaines qui viennent. La valse-hésitation du Psoe entre les deux postures possibles (voter non à l’investiture d’un gouvernement Rajoy ou s’abstenir pour laisser la droite gouverner à condition que la droite se trouve un autre leader) illustre bien le fait que, par ces temps de crise, chacun ouvre son parapluie.

On pourrait donc s’acheminer vers une tractation consensuelle: proposer Vicente del Bosque, homme avare en promesses, comme chef de gouvernement et demander à la Fédération espagnole de football de nommer Mariano Rajoy comme nouveau sélectionneur. Mais attention, l’UEFA veille au grain

Vicente Del Bosque

Le PSOE entre deux feux

Sans être grand clerc on peut penser que la campagne électorale des socialistes espagnols risque d’être compliquée. Les dernières déclarations du secrétaire général du PSOE, Pedro Sánchez, illustrent ces difficultés de façon exemplaire. Que faire quand un parti qui toujours été aux premières loges de la politique électorale depuis plus de trente ans, qui a gouverné sans partage pendant près de vingt ans, se retrouve dans la position qui est celle du PSOE? Il a obtenu en décembre son plus mauvais score depuis 1977 et il est en passe, selon les sondages, de se retrouver en troisième position derrière la coalition Podemos-IU.

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Ainsi se comprend le discours de plus en plus ambigu de Pedro Sánchez qui promet qu’il n’y aura pas de nouvelles élections devant une assemblée de patrons (les patrons n’aiment pas les élections) mais sans déterminer si cette certitude résulte d’un accord à gauche avec une force qui risque de devancer son parti ou en laissant la droite gouverner (le choix de Felipe González, nous l’avons déjà dit). Il reste un petit espoir à Pedro Sánchez c’est que son parti, à défuat de devancer Podemos-Iu en nombre de voix, le devance en sièges.   Le système électoral espagnol peut lui permettre de nourrir ce petit espoir, celui de la dernière chance. Et dans ces conditions,  renouveler son parte avec Ciudadanos et demander au PP de le laisser gouverner. Cette dernière alternative s’annonce de plus en plus difficile, puisqu’elle a échoué une première fois en janvier.

Choisir ses produits, mettre en oeuvre sa recette, et surveiller de près ses fers quand on en a plusieurs au feu. Et surtout éviter de partager sa cuisine avec Bertín Osborne.

GRA163. MADRID, 24/11/2015.- Fotografía facilitada por RTVE, de un momento de la entrevista en el programa "En la tuya o en la mía" que ha protagonizado el secretario general del PSOE y candidato a presidente del Gobierno, Pedro Sánchez (d), que ha sido invitado a la casa del presentador Bertín Osborne (i), y que se emitirá mañana miércoles. EFE ***SOLO USO EDITORIAL***

Podemistas ou Pokemones?

Lu dans La Vanguardia aujourd’hui:

 » Los podemistas … defienden aliarse con IU y otros en determinados territorios donde no dominan el panorama a la izquierda del PSOE, como de hecho hicieron en las municipales de mayo y más tarde en el 20D en Catalunya, País Vasco y Galicia. »

Bien entendu ,la question de la constitution d’un bloc Podemos-Izquierda Unida-Mvt associatif et écologiste est un élément important de la gestion de campagne de la gauche espagnole dans l’éventualité de nouvelles élections législatives en Espagne en juin prochain. Elections qui auront lieu sauf si… le souhait de Felipe González se concrétise: une alliance PP-Ciudadanos et une abstention négociée du PSOE qui ouvre la voie à un gouvernement de droite minoritaire, sauf si… le PP et le PSOE se mettent d’accord pour construire une grande coalition à l’allemande, ce que le PSOE n’accepterait que s’il était en position dominante.

L’abandon par Podemos de sa politique d’accords à la carte semble en bonne voie. En effet, jusqu’ici, là où Podemos était faible (Catalogne, Euskadi, Valence, Galice)  il acceptait ce type d’alliances et les refusait là où il s’estimait fort (Madrid, Castille, Andalousie). Ce sont les sondages les plus récents qui les poussent à modifier leur politique. En effet ces derniers pronostiquent une perte de 10 à 20 sièges pour Podemos en cas d’élections au mois de juin et un progrès substantiel d’Izquierda Unida qui passerait de 2 à 6 ou 11.

Mais ce que je retiens de cet article de Fernando García c’est l’emploi du vocable « podemistas ».  Le choix était lingusitiquement très varié: podemeros, poderistas, poderinos, podemones,  et surtout pokemones qui semble avoir la faveur de certains  médias.

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Investiture: accord PSOE-Ciudadanos

Les choses finissent par arriver et confirment les craintes formulées en début de mois, l’accord signé entre la formation de centre-droit Ciudadanos et le PSOE sonne la fin de l’espérance de voir l’Espagne tenter de mettre en place une coalition de gauche. Le contenu de l’accord ne donne satisfaction ni sur le plan économique et social ni sur le plan institutionnel aux éventuels alliés de gauche. Le refus d’une consultation sur le statut de la Catalogne, une lutte contre la corruption plus cosmétique que réelle, le renoncement à revenir sur les réformes du Code du Travail de Zapatero et Rajoy sont quelques-uns des motifs qui ferment la porte à une alliance à gauche.

La question reste la même: comment cette coalition de centre droit pourra-t-elle obtenir la confiance du parlement quand elle ne dispose que de 130 sièges? Il faudrait l’abstention complaisante (ou négociée) des partis nationaliste de la droite basque et catalane, mais même ainsi ce ne sera pas suffisant. Il faudrait donc obtenir l’abstention du PP et c’est cette orientation que semblent dessiner les démarches engagées par Ciudadanos avec l’aval du PSOE auprès du PP. Or ce dernier a tout intérêt à ne pas accepter un tel marché car il est sans contrepartie. Il le met même en position de force pour réitérer sa demande d’une grande coalition qu’il intégrerait comme parti dominant sur la base, à peine modifiée, de l’accord PSOE-Ciudadanos.

En quelque sorte c’est la ligne González qui l’emporte au PSOE et la ligne Rajoy qui devient la plus vraisemblable. Mais pour renforcer sa position, le PP a intérêt à ce que se tiennent de nouvelles élections, dont il sortirait vainqueur en apparaissant comme le promoteur d’une unité nationale dont les socialistes ne veulent pas vraiment, de crainte de disparaître du paysage politique espagnol pour un bout de temps.

Pendant ce temps, le discours d’enfumage va bon train. Le leader socialiste laisse entendre qu’il existe un accord tacite entre le PP et Podemos pour empêcher la coalition « de progrès » qu’il a formé avec Ciudadanos de gouverner. C’est le principe du discours d’amalgame : qui n’est pas avec moi, à mes conditions, est contre moi. On retrouve donc le même discours sur la « pinza » qu’aimait beaucoup répéter Felipe González. Et si le PP comme Podemos et les communistes votent contre cette investiture aux deux tours prévus, il y aura de nouvelles élections et le PSOE remettra sur la table ce même élément de langage, en passant au second plan les questions de programme et de projet. Enfin, le raidissement des partis nationalistes de droite comme de gauche devant cette coalition qui apparaît comme bien peu encline au principe de multinationalité de l’Etat deviendra un élément de poids dans cette dernière étape de la procédure d’investiture.

Il y aura donc vraisemblablement un premier vote d’investiture le 2 mars et si la majorité absolue n’est pas obtenue, ce qui est certain, un second tour à la majorité relative quarante-huit heures plus tard. Sauf si la polémique juridico-constitutionnelle que le PP a ouverte aboutit, même s’il y a de faibles chances pour que ce soit le cas : le délai entre les deux votes fixé par la constitution est de 48 heures, le Président de la chambre (le socialiste Patxi López) propose que le second tour se tienne le samedi 5 mars, trois jours plus tard. Tout dépend donc de l’heure à laquelle le premier vote aura lieu (avant ou après minuit dans la soirée du 2 mars). Comme le prédisait Calpurnia à César : « O, Imperator, Méfie-toi des Ides de mars ! »

AVE CÉSAR !

Elections municipales er régionales en Espagne II

Dans ma page de lundi, je relevais trois éléments relatifs à la percée des organisations anti-partis en Espagne. Nous parlerons du troisième plus tard, le temps de laisser les choses se décanter, les coalitions se faire ou ne pas se faire au sein des nouveaux conseils municipaux et parlements régionaux.

La tête de liste de la coalition madrilène Ahora Madrid,Manuela Carmena, qui talonne la droite pour le gain de la mairie de Madrid est évoquée par un article d’El País, sous forme de jeu de mots et de sens, comme une héritière du  roman de Mikhaïl Aleksandrovitch Cholokhov, Le Don paisible,  « el don apacible »… peut-être pour souligner qu’elle fut communiste et activiste pendant le franquisme mais aussi une personnalité de consensus. Certains médias ont tôt fait de la surnommer  Manuela « la rouge » à cause de ce passé. Il est vrai que les opposants au franquisme dans les années soixante ne se bousculaient pas au portillon et que la seule force à peu près constituée lui résistant était la mouvance communiste, PCE en Espagne et PSUC en Catalogne. Pour aller vite, je dirai que si on était antifranquiste, on se retrouvait soit proche des communistes soit chez eux dans ces années-là. La transition a balayé cette force hégémonique de la clandestinité pour donner leur place à des partis politiques plus conformes au réformisme libéral que l’Europe souhaitait, un parti conservateur à l’anglaise et un Parti Socialiste calquant sa structure et sa politique sur celle de ses soutiens les plus déterminés, le Parti Social-Démocrate allemand (SPD). Tel fut le choix d’une majorité d’espagnols. Manuela Carmena appartient à cette génération oubliée ou dissoute dans les méandres de la politique des partis et son irruption spectaculaire à plus de 70 ans sur le devant de la scène est méritée. Son passé de militante contre la dictature, puis de juge démocrate et anti-corruption témoignent de la fin du conformisme politique en Espagne. Pour combien de temps?

Quand le langage de la sociologie politique reprend la main, on retrouve chez le leader de Podemos des éléments d’analyse qui, s’ils ne deviennent pas des « éléments de langage », n’en constituent pas moins des bases de réflexion sur les choix politiques espagnols selon que celui-ci soit exprimé par des régions en perte de vitesse démographiques, par les zones rurales ou par les zones urbaines hyper-concentrées.  Pablo Iglesias a déclare au soir du scrutin que « les grandes villes montraient la voie, qu’elles étaient le moteur du changement». On peut être d’accord pour penser que l’opposition ville-campagne est restée ce qu’elle a toujours été en Espagne: un vote révolutionnaire ou, plus modestement, de gauche d’une part, un vote réactionnaire ou, plus simplement conservateur, dans les campagnes. Souvenons-nous seulement que c’est à la suite d’élections municipales que la République a été proclamée en 1931. Car, bien que le nombre de conseillers municipaux favorables au maintien de la monarchie eut dépassé largement celui des élus républicains (29.953  contre 8.855), ces derniers étant élus dans les grandes concentrations urbaines, ils représentaient une force démographique plus grande que l’espace rural. L’immense majorité des capitales de province avait voté pour les partis républicains, sauf la zone d’influence carliste (Pampelune, Alava) et la Castille du nord (Burgos). Ces capitales seront humiliées et punies par le franquisme triomphant. Le beau-frère de Franco déclarait en mai 1939 à propos de Madrid, la ville qui ne s’est jamais rendue:

«Hay que hacer un Madrid nuevo, lo que no quiere decir precisamente el gran Madrid en el sentido material y proletario de los Ayuntamientos republicano-socialistas, sino el Madrid con la grandeza moral que corresponde a la España heroica. Trabajen ustedes para que todos podamos acabar con la españolería trágica del Madrid decadente y castizo, aunque hayan de desaparecer la Puerta del Sol y ese edificio de la Gobernación que es caldo de cultivo de los peores gérmenes políticos.»

Inteligentísima interpretación del Madrid futuro, Madrid, ABC, dimanche 21 mai 1939, p. 9.

Elections municipales et régionales en Espagne

Il est difficile de dire ce matin si la percée électorale de Podemos et de Ciudadanos a un sens profond et aura des conséquences dans la structuration électorale des partis politiques en Espagne. Ces deux formations nées du ras-le-bol des classes moyennes devant les effets désastreux des politiques d’austérité menées par le gouvernement du PSOE puis par celui du PP depuis 2008, ont gagné une certaine visibilité sans pour autant conquérir de positions véritablement hégémoniques.

Leur percée rappelle, toutes choses égales par ailleurs, la poussée poujadiste des années cinquante en France, avec son fameux slogan « Sortez les sortants » avec des nuances profondes, il s’agissait de la manifestation de ras-le-bol d’une autre fraction de la classe moyenne, les commerçants et artisans, alors puissante en France et à l’aube d’un déclin social définitif…  avant sa résurgence sous des formes plus politiques sous la bannière du FN qui se présentait aussi et se présente encore comme « anti-système ».

Ciudadanos est plutôt de droite, plutôt hyper-réformiste au sens moderne du terme, autrement dit c’est une formation libérale, favorable à la réduction du poids de l’administration, mais pour le maintien d’une politique sociale, et également et surtout  marquée par une forme de nationalisme unitaire espagnol.

Podemos est né du discours anti-crise des années 2000 en Espagne, de ces mêmes classes moyennes,  plus jeunes et très diplômées. Les accents de son discours sont à dominante anti-capitaliste, menant une critique des banques et du système financier, défendant aussi l’idée d’une juste répartition des richesses et d’ une démocratie participative et réactive.

Les deux partagent le même point de vue critique sur l’état avancé de corruption des professionnels de la politique en Espagne.

Il est difficile d’évaluer leur percée aux municipales qui ont eu lieu ce dimanche 24 mai, pourtant il s’agissait d’un scrutin mobilisant tous les Espagnols sur la totalité du territoire national. En effet, Ciudadanos n’a pas présenté de listes partout et obtient un résultat global de 6, 65% des voix. Podemos a adopté une autre stratégie. Certainement conscients   de la jeunesse de leur organisation,  ses dirigeants ont probablement pensé qu’il serait difficile de poursuivre la campagne tribunicienne de conquête hégémonique de l’espace des idées engagée au cours de ces deux dernières années en se voyant assigné un pourcentage de voix qui figerait à jamais Podemos dans un rôle subalterne. Aussi ont-ils choisi de ne pas se présenter à ces élections sous leurs couleurs mais de se fondre dans des alliances locales à géométrie variable avec les écologistes ou même les communistes locaux. Ce fut le cas à Madrid et Barcelone, avec un certain succès.

Il en a été différemment pour les élections des parlements régionaux qui concernaient toute l’Espagne sauf l’Andalousie, la Catalogne, la Galice et le Pays Basque, quatre régions dont le degré d’‘autonomie est élevé et qui représentent, à elles seules,  près de 45% de la population.

Ces élections se faisant à la proportionnelle de circonscription (chaque province –l’équivalent espagnol de nos départements- en constituant une), Podemos a présenté des listes sous son label dans chacune d’entre elles avec des résultats variables mais significatifs (de 8% en Estrémadure à un peu plus de 20% en Aragon).

Ce sont donc deux percées mais qui ne sont pas suffisantes pour renverser la vapeur politique en Espagne.

D’un point de vue global, le mécanisme du choix électoral reste le même : on sanctionne celui qui gouverne –le PP perd beaucoup de ses positions dominantes-. La différence c’est que le vote contre au lieu de profiter aux socialistes a choisi de se porter sur ces candidatures critiques, signe que les Espagnols n’oublient pas que le PSOE a été un contributeur actif aux politiques d’austérité engagées depuis 2008. C’est là la nouveauté. Les effets collatéraux sont toujours les mêmes : ce sont les communistes (Izquierda Unida) qui perdent, et qui perdent même, ici ou là, toute visibilité, Podemos ayant agi comme une pompe aspirante de ses voix, voire de ses militants et même de ses cadres -tel est le cas de Madrid, tant aux élections municipales qu’aux régionales. Il résiste dans ses vœux bastions historiques, ici ou là (Asturies, Andalousie) mais sort très affaibli du scrutin.

Je reviendrai plus tard sur deux détails et une question :

Les détails:

  1. La tête de liste de la coalition madrilène qui talonne la droite pour le gain de la mairie de Madrid est présentée par un article d’El País sous le label-jeu de mot cholokhovien « el don apacible »… peut-être pour souligner qu’elle fut communiste et activiste pendant le franquisme. Elle est en passe de devenir une sorte d’Enrique Tierno Galván au féminin –Mater matuta ou Pasionaria des classes moyennes- si elle est élue, ce qui est loin d’être fait.
  2. Pablo Iglesias a déclare au soir du scrutin que « les grandes villes montraient la voie, qu’elles étaient le moteur du changement». Quand le sociologue politique reprend la main…
  3. La question:

Quelles seront les stratégies d’alliances des uns et des autres? Alliances sur programme ou alliances sous forme de partage du gâteau: tu me laisses faire ici et je te soutiendrai là-bas?