S’abstenir de s’abstenir?

Le Psoe est-il en état de mort clinique? La réunion de samedi dernier du Comité Fédéral (instance délibérative du parti) a sanctionné la gestion politique de Pedro Sánchez, qui,  tirant les conséquences, de ce vote, a remis sa démission. Un organe de gestion provisoire  composé de dix membres a été immédiatement mis en place pour préparer les nouvelles échéances dont la plus importante sera d’infirmer les votes antérieurs de cet organe dirigeant pour se prononcer en faveur d’une abstention pour une éventuelle nouvelle candidature du PP à l’investiture parlementaire.

Le quotidien El pais a publié une rafale d’articles et d’éditoriaux le dimanche 2 octobre qui attribuent les raisons de la crise à Pedro Sánchez, sans aucune ambiguïté et avec une certaine violence verbale qui étonne, sans évoquer un seul moment le fond des raisons de cette crise. Sa défense des votes antérieurs du Comité Fédéral pour refuser de laisser passer par l’abstention un gouvernement de droite a été sanctionnée mais sans être explicitement citée comme raison fondamentale de désaveu. Les détracteurs de Sánchez continuent tous à affirmer que leur choix reste celui du non à l’abstention. Mais, dans le même temps, ils continuent à soutenir qu’une alliance avec Podemos est inenvisageable et qu’une troisième élection serait une catastrophe. Leur obstination a refuser que leur parti se prononce pour ou contre cette abstention est paradoxal mais compréhensible: une majorité de militants y est opposée. La meilleure des preuves de ces grandes réticences on la trouve du côté du PSC (fédération socialiste catalane du Psoe) qui doit tenir congrès début novembre et affiche une position -presque- claire en affirmant son refus de l’abstention: «  La primera reflexión que se planteará es la abstención o el voto contrario a Rajoy. Creo que el PSC debe seguir diciendo que no.  » réaffirme avec prudence Nuria Marin , l’une de ses dirigeantes en employant un « creo que » qui en dit long sur le trouble interne du parti socialiste. Même plus nuancée, la position des socialistes basques est voisine.

Dans un mois, une nouvelle tentative de débat d’investiture doit avoir lieu, il faudra que le Psoe et ses nouveaux dirigeants (dont il est dit qu’ils ont agi en « tueurs » pour mettre Sánchez en minorité) trouvent les mots nécessaires pour justifier leur choix de s’abstenir lors du vote d’investiture si Rajoy se présente, tout en continuant à affirmer dans leur discours public  qu’ils ne le feront pas (« Los socialistas andaluces siguemos apoyando el no a Rajoy y el no a los independentistas » dit, par exemple, Juan Cornejo, n° 2 du Psoe d’Andalousie). Cette bataille gagnée à la hussarde pourrait se transformer en victoire à la Pyrrhus au moment où un congrès extraordinaire, désormais nécessaire, se tiendra. Javier Fernandez qui préside la direction provisoire mise en place samedi, avance avec prudence et a bien laisser entendre que s’abstenir ce n’est pas soutenir,  mais il aura beaucoup de peine à faire comprendre ce choix à ses militants.

Quoi qu’il en soit, le Psoe ne sortira pas indemne de cette crise majeure et rien ne dit que le processus d’éviction de Pedro Sánchez ne soit pas infirmé par la base, à l’image du conflit qui a opposé les militants du Labour à ses députés et qui s’est conclu par un vote de confiance massif au dirigeant contesté, il y a quelques jours.

Ces tensions ne sont pas nouvelles: il y a dix ans, déjà, …

 

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Psoe, le torchon brûle… la casa (cosa) está que arde

Rien ne va plus au sein du Psoe. Les deux mauvais résultats aux élections régionales en Galice et au Pays basque comme les résultats médiocres aux élections législatives ont plongé  ce parti dans une crise interne sans précédent. Elle n’est pas sans rappeler celle qui secoua les communistes espagnols au début des années 80, toutes proportions gardées et toutes choses égales par ailleurs. Elle a un trait commun, c’est qu’elle s’insère dans une crise mondiale de la social-démocratie comme celle qui toucha les communistes espagnols était liée à l’affaissement général de l’influence des quelques partis communistes encore sur pied et à la fin programmée du bloc soviétique.

Il s’agit donc d’une crise dont les raisons ne sont pas seulement espagnole mais bien mondiales qui voient émerger des forces plus radicales à la gauche des grands partis réformistes et des forces profondément conservatrices, nationalistes et xénophobes. Le plus souvent parce que les politiques menées par ces partis se définissant eux-mêmes comme »socio-démocrates » n’ont pas répondu aux demandes essentielles des peuples mais ont choisi d’appliquer avec quelques retouches et faux-semblants la même politique que les droites conservatrices. L’idée même qu’il n’y a pas d’alternative (la fameuse TINA de Margaret Thatcher) domine encore leur discours.

En Espagne, c’est un coup de force qui s’engage contre le secrétaire du Psoe, Pedro Sánchez. A l’origine de ce « pulso », les cadres élus du parti, quelques dirigeants historiques, autrement dit l’élite professionnelle socialiste. A la tête de cette fronde, des présidents de régions dont Susana Díaz, qui préside de la communauté autonome d’Andalousie grâce au soutien de Podemos, et qui ne cache pas depuis presque un an son souhait de prendre les rênes du parti. parallèlement, autour de Felipe González, dirigeant historique, se sont agglutinés quelques-uns des anciens dirigeants et anciens ministres (A. Pérez Rubalcaba, J. Bono) pour crier haro sur le baudet.

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La raison avancée est simple: on reproche au secrétaire général du Psoe que ses députés ne se soient pas abstenus début septembre dans le second débat d’investiture pour permettre à la droite de gouverner en minorité et éviter de nouvelles élections.

D’autres figures historiques sont plus prudentes et soutiennent Pedro Sánchez en affirmant que ce choix était celui du parti et qu’il n’a fait que respecter ce mandat. Tel est le cas de José Borrell qui reproche au passage « la division du travail » entre les prétendants au secrétariat général et les historiques. Les premiers n’évoquent jamais la question de l’abstention, se contentant de demander plus de démocratie dans le fonctionnement du parti. Ils laissent ce soin à Felipe González. Josep Borrell s’en prend directement à Susana Díaz, en soutenant que la dirigeante andalouse n’évoque jamais ce choix dans ses discours et invectives contre Pedro Sánchez par pur opportunisme, c’est ce qu’il affirmait à La Vanguardia ce matin:

 »  Cuando señala la necesidad de ir a la oposición porque con 85 diputados no se puede gobernar, no [dice] también que “nos tenemos que abstener”; no lo dijo “porque es impopular”.

En réalité tout ceci laisse voir un parti socialiste profondément divisé entre une droite conservatrice et très proche du centre droit espagnol et une gauche plus alternative qui espère qu’une alliance à gauche soit encore possible. Le bras de fer engagé a aussi pour enjeu d’empêcher sous quelque forme que ce soit le moindre rapprochement avec Podemos. C’est toujours Felipe Gonzalez qui est à la manœuvre. Au cours d’une réunion publique dans la banlieue de Madrid à la fin de la campagne de juin il avait qualifié Podemos de « populista, rupturista, una pseudo izquierda que quiere romper la solidaridad entre los españoles. » On voit bien que dans les trois critères négatifs choisis -qui peuvent mériter à eux-seuls une étude plus approfondie mais dans le calme des études de science politique et non pas comme arguments assénés dans des meetings électoraux- c’est le dernier qui pèse le plus lourd, car il ne s’agit pas de solidarité sociale ou économique mais bien d’unité territoriale.