Exodo intelectual o éxodo a secas

Pour ceux qui ont des relations étroites avec l’Espagne, l’article publié par Sandrine Morel, « En Espagne la fuite des cerveaux face à la crise« sonne extrêmement vrai.

http://abonnes.lemonde.fr/europe/article/2013/05/20/en-espagne-la-fuite-des-cerveaux-face-a-la-crise_3379024_3214.html

« La fuite  des cerveaux », cette vieille expression qui appartient plutôt à la période de la guerre froide (brain drain) refait surface avec une intensité inouïe. Sandrine Morel évoque la baisse des budgets de recherche des Universités et les départs massifs de personnes hautement qualifiées (elle avance le chiffre de 400 000) que le système ne veut plus recruter.

Cette recherche d’une plus grande stabilité dans le travail, de secteurs de recherche disposant encore de quelques moyens pour fonctionner, de postes d’enseignant-chercheur ou même quelquefois, tout simplement, de bourses doctorales ou postdoctorales, par les jeunes diplômés espagnols devient tragique. Elle touche les disciplines scientifiques mais aussi tous les secteurs de la recherche espagnole. Dans le domaine des Humanités la situation est aussi préoccupante, il suffit de voir les dizaines de CV que reçoivent les départements de langues romanes, de littérature comparée, de linguistique et philologie romane, mais aussi de psychologie, philosophie, histoire, pour un poste de lecteur éventuel qui serait à pourvoir. Les candidats sont souvent des docteurs de l’Université, ayant quelquefois une bonne expérience de l’enseignement, de la recherche, nombre de publications à leur actif.

Quand on sait ce que fut l’enthousiasme et l’engagement des universitaires investis dans la recherche tous azimuts depuis plus de trente ans, on ne peut qu’en être affligé. Toute cette énergie, tous ces progrès enregistrés depuis la fin des années cinquante seront à brève échéance balayés par une politique de coupes budgétaires  sans principe ni perspective.

Autre exemple de cette situation catastrophique, cette nouvelle relayée par El Pais: 3500 étudiants inscrits au télé-enseignement de l’Université Complutense de Madrid ont été rayés des listes pour défaut de paiement des droits. Les aides de l’Etat n’ont pas suivi, les augmentations des droits ont été importantes, les bourses sont distribuées au compte-goutte. La baisse des budgets des universités (-12,3%) et les retards intervenus dans le règlement des bourses provoquent ces situations dont on peut constater qu’elles contaminent l’ensemble des universités. Il y a donc moins d’étudiants inscrits en Master (-8%). et, dans un avenir proche, moins de diplômés.

On parle en Espagne d’un exode des intellectuels qui touche plusieurs générations. La chose est à ce point préoccupante qu’elle est liée également à d’autres phénomènes:

-la baisse du taux de natalité qui avait été revivifié par les millions de jeunes gens sans qualification qui étaient venus s’installer en Espagne entre 2000 et 2007, en provenance d’Afrique ou de l’Amérique hispanophone:

http://www.libremercado.com

 

– le départ massif de ces mêmes immigrés récents,

http://www.la-razon.com/sociedad/ano-bolivianos-dejaron-Espana-crisis_0_1820817927.html

Tout ceci provoque une baisse de la population en termes absolus et une baisse générale de son niveau d’études. Le s projections pour les cinquante prochaines années envisagent le retour de l’Espagne à un chiffre de population de 40 millions d’habitants c’est-à-dire le chiffre de l’année 2000. Même si on ne peut comparer terme à terme, la saignée humaine et démographique risque de devenir aussi grave dans ses conséquences que celle que provoqua la guerre civile en son temps.

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Les murs ont la parole…

De retour de Dijon, où je m’étais rendu pour raisons professionnelles, en traversant l’un de ces villages dans lesquels deux maisons sur trois restent volets fermés et portent au cou une pancarte « A VENDRE »,  une inscription tracée à la bombe à peinture sur l’un de ces murs sans vie a éveillé mon attention. Elle avait le charme grinçant des expressions à double sens:

« La campagne nous gagne! »

A vrai dire la campagne, au vu de l’état des maisons et des lieux traversés semblait plutôt dans un tel d’état d’abandon, qu’on se demandait si c’était l’expression enjouée d’un sentiment partagé de retour enthousiaste à la terre ou  l’expression immédiate d’une crise touchant les périphéries des grandes villes et les espaces ruraux trop éloignés de ces dernières. Ou même peut-être s’il s’agissait de jeter un regard ironique sur la campagne électorale de 2012.

Les murs ont la parole, même quand il n’y a plus personne pour lire les textes qu’ils portent.

J’ai immédiatement pensé à ces quelques expressions murales que j’avais vues la semaine antérieure à Barcelone, dans l’enceinte de l’Université Autonome, dont celle-ci:

Incongru dans une Université, peut-être mais  elle était bien là, sur l’un des murs de l’agora à partir duquel se distribuent  les espaces studieux de cette prestigieuse université.

 

 

Jamais dans notre histoire nous n’avons eu autant de textes inscrits sur nos murs et nos façades. Jamais non plus autant d’histoires, de modes d’emplois, de messages brouillés ou brouillons…

Par exemple, qui aurait cru que les descendants du maître du dessin et philosophe, Salvador Dalí, pourraient aujourd’hui se cacher derrière une mystérieuse raison sociale dans une rue du Madrid populaire?

 

 

 

Ou que citer Joan Manuel Serrat et l’une de ses plus belles chansons était devenu la seule manifestation de revendication du droit à la paresse et du défi contre l’ennui qui nous guette?

Per Què La Gent S’Avorreix Tant?

Si és veritat que l’home pot morir, però mai la idea, que el sol surt per tothom i un Déu ens vetlla i que la dona i l’or ho poden tot. 
Si és veritat que el futur penja d’un fil prim, que la fe mou muntanyes i tenim la vida pel davant. Si és veritat que val la pena fer-ho bé i que el treball dignifica, per què la gent s’avorreix tant?

http://www.youtube.com/watch?v=-fWTMIXZ0NM

http://www.youtube.com/watch?v=o4ia8jE7z-M

Peut-être pour recharger nos batteries en optimisme et ne pas sombrer.