Me voy a tomar un café, que me duermo.

 

‘Me voy a tomar un café, que me duermo…’

Phrase historique prononcée ce matin  par Alfredo P. Rubalcaba, candidat socialiste  au poste de chef du gouvernement pour la prochaine législature et, par conséquent, leader de son parti pour les législatives du 20 novembre prochain. Phrase volée par les journalistes dans les couloirs des Cortes.

Il l’a dite à José-Luís R. Zapatero en plein débat sur l’adoption de la « Règle d’Or », autrement dit sur l’inscription dans la Constitution espagnole de l’engagement à limiter le déficit de l’Etat à 0,26% du PIB et celui des Communautés Autonomes à 0,14%. Ce vote surprise, annoncé par le Chef du gouvernement sortant, a créé un authentique malaise chez les élus socialistes, qui n’avaient pas tous été informés au préalable et mis en défaut Alfredo P. Rubalcaba lui-même qui avait déjà déclaré à différentes reprises y être opposé.

Pourquoi un chef de gouvernement qui est en fin de mandat a-t-il voulu lancer cette initiative? Certains en Espagne pensent que son souhait serait de voir le PSOE perdre les prochaines élections… ou que, perdues pour perdues, autant adopter cette mesure qui se présente comme la promesse de nouveaux sacrifices en matière de dépenses publiques. D’autres y voient un geste purement démagogique et irréaliste.

http://lizoain.tumblr.com/post/9411564599/el-insoportable-error-del-0-4

Ce qui est remarquable dans ce bel ensemble austère qui envahit l’Europe comme un virus, c’est qu’il n’est question que de « déficit public », jamais du niveau de la dette publique cumulée  qui est largement inférieure à celle de la France en ratio dette/PIB (72% contre 87%).

 

Et que dire alors du silence assourdissant de ces candidats à l’investiture sur la dette privée espagnole , trois fois supérieure en volume à la dette publique qui est essentiellement constituée par les dettes hypothécaires liées à l’acquisition de logements et à l’emballement des prix du foncier bâti au cours de ces dernières années, emballement lui-même lié à la présence dans le monde d’une énorme masse de capitaux disponibles à la recherche du profit maximum…

http://www.observatorioinmobiliario.es/Blog/index.php/tribuna-de-opinion/la-informacion-asimetrica-en-el-sector-inmobiliario-espanol-3-el-dinero-del-auge/

http://propolis-colmena.blogspot.com/2010/06/deuda-publica-vs-deuda-privada.html

P. Rubalcaba a raison, autant aller se coucher…

 

Voici le texte voté par le parlement (et ses dispositions additionnelles) réformant l’article 135 de la constitution espagnole et à la suite l’article tel qu’il était depuis 1978. On peut constater que la Constitution oblige non plus le Gouvernement mais l’Etat et les régions à respecter une notion d’équilibre qui n’existait pas dans la Constitution antérieure.

Artículo 135

1. Todas las Administraciones Públicas adecuarán sus actuaciones al principio de estabilidad presupuestaria.

2. El Estado y las Comunidades Autónomas no podrán incurrir en un déficit estructural que supere los márgenes establecidos, en su caso, por la Unión Europea para sus Estados Miembros. Una Ley Orgánica fijará el déficit estructural máximo permitido al Estado y a las Comunidades Autónomas, en relación con su producto interior bruto. Las Entidades Locales deberán presentar equilibrio presupuestario.

3. El Estado y las Comunidades Autónomas habrán de estar autorizados por Ley para emitir deuda pública o contraer crédito. Los créditos para satisfacer los intereses y el capital de la deuda pública de las Administraciones se entenderán siempre incluidos en el estado de gastos de sus presupuestos y su pago gozará de prioridad absoluta. Estos créditos no podrán ser objeto de enmienda o modificación, mientras se ajusten a las condiciones de la Ley de emisión. El volumen de deuda pública del conjunto de las Administraciones Públicas en relación al producto interior bruto del Estado no podrá superar el valor de referencia establecido en el Tratado de Funcionamiento de la Unión Europea.

4. Los límites de déficit estructural y de volumen de deuda pública sólo podrán superarse en caso de catástrofes naturales, recesión económica o situaciones de emergencia extraordinaria que escapen al control del Estado y perjudiquen considerablemente la situación financiera o la sostenibilidad económica o social del Estado, apreciadas por la mayoría absoluta de los miembros del Congreso de los Diputados.

5. Una Ley Orgánica desarrollará los principios a que se refiere este artículo, así como la participación, en los procedimientos respectivos, de los órganos de coordinación institucional entre las Administraciones Públicas en materia de política fiscal y financiera. En todo caso, regulará: a) La distribución de los límites de déficit y de deuda entre las distintas Administraciones Públicas, los supuestos excepcionales de superación de los mismos y la forma y plazo de corrección de las desviaciones que sobre uno y otro pudieran producirse. b) La metodología y el procedimiento para el cálculo del déficit estructural. c) La responsabilidad de cada Administración Pública en caso de incumplimiento de los objetivos de estabilidad presupuestaria.

6. Las Comunidades Autónomas, de acuerdo con sus respectivos Estatutos y dentro de los límites a que se refiere este artículo, adoptarán las disposiciones que procedan para la aplicación efectiva del principio de estabilidad en sus normas y decisiones presupuestarias.

 

Texte de 1978

Art. 135: 1. El Gobierno habrá de estar autorizado por ley para emitir Deuda Pública.

2. Los Créditos para satisfacer el pago de intereses y capital de la Deuda Pública del estado se entenderán siempre incluidos en el estado de gastos de los presupuestos y no podrán ser objeto de enmienda o modificación, mientras se ajusten a las condiciones de la ley de emisión.

Pour terminer, cette dernière petite nouvelle, lue dans El País, qui concerne Guadalix de la Sierra où furent tournées quelques scènes de ‘Bienvenido Mister Marshall’. Non sans lien avec la crise, avec la dette et avec le film de JL Berlanga.

Il s’agit pour le Maire de cette petite commune du nord de Madrid d’interdire les rassemblements sur la voie publique… une belle langue de béton.

http://www.sermadridnorte.com/multimedia/2011/08/audio/noticias_18997_19023.mp3

Pourquoi cet édit municipal (56 pages)? Pour empêcher toute manifestation locale des indignés espagnols,

C’est ce que suppose l’un des opposants (de l’extrême gauche locale).

http://www.sermadridnorte.com/multimedia/2011/08/audio/noticias_18997_19022.mp3

 

 

 

 

 

Récupérations 2

Torcuato Fernández Miranda (1915-1980) fut un brillant professeur de droit politique, pilier intellectuel de la fraction catholique du régime franquiste.

 

 

 

Il avait été le directeur des enseignements supérieurs au milieu des années cinquante, sous les ordres directs du Ministre de l’Education Joaquín Ruíz Jiménez et, vingt ans plus tard, Président des Cortes espagnoles, poste à partir duquel il pilota les manœuvres institutionnelles de réforme de la dictature avec le soutien du roi.

Il y a une cinquantaine d’années, alors qu’il n’avait pas encore été nommé Ministro Secretario General del Movimiento, autrement dit chef du parti unique franquiste, fonction qu’il exercera entre 1969 et 1974 avant que ne lui succède à ce poste, un an plus tard, un certain Adolfo Suárez, il publia un petit ouvrage didactique à l’usage des organisations de jeunesses de la Phalange. Il s’agissait d’expliquer à ces jeunes esprits les fondements doctrinaires du régime. Il s’agit d’un ouvrage didactique, un manuel de classe d’un style un peu particulier, appartenant à une collection (La Biblioteca de Educación Política) dans laquelle on retrouve d’autres signatures de d’intellectuels falangistes telles que le romancier Gonzalo Torrente Ballester, l’inévitable Manuel Fraga Iribarne, le cousin de Ramón Gómez de la Serna, Gaspar, et d’autres.

Je ne m’attarderai pas sur le contenu de cet ouvrage qui justifie d’un point de vue philosophique, juridique et oplitique la primauté de l’ordre sur la liberté.  Je m’attarderai sur une photographie présente page 31 de cet ouvrage qui présente un homme au visage souriant, vêtu d’un ciré sombre fixant l’horizon les deux mains posées sur la barre d’un bateau.

La légende de cette photo illustre le propos de notre auteur:

Así como la nave no llegaría a puerto si no fuera dirigida por el piloto, así la sociedad no subsistiría si alguien dotado de autoridad y poder no la ordenara al bien común.

Cette vielle image politique de la nation-vaisseau engagée sur des mers dangereuses est aussi vieille que la pensée politique…

Même Virgile en usa abondamment dans le Chant 1 de l’Eneïde, un bon et audacieux chef ne suffit quelquefois pas à affronter les terribles tempêtes de l’histoire.

Oronte, Chef hardi des adroits Lyciens,

Du plus haut de sa poupe encourageait les siens ;

D’un front audacieux il brave la tempête ;

Le flot qui s’en émut, s’élève sur sa tête,

Crève, et tombe sur lui, montre un abîme ouvert ;

La nef tourne trois fois, disparaît, et se perd.

 

D’où la surabondance d’images de l’Espagne en Titanic que ne renierait pas le plus réactionnaire des penseurs politiques espagnols du XIXè siècle, Juan Donoso Cortés.

 

Quelle solution reste-t-il donc au Capitaine d’un navire en perdition?

 

 

 

Gérer le temps. Maîtriser l’agenda… Il ne lui reste que ça. L’opération est gérée de la façon suivante.

Le 18 juillet El País publie un éditorial qui doit montrer que Zapatero doit partir dès que possible « pour rendre un dernier service a son pays ». Cet éditorial ressemble assez à un pronunciamiento d’une fraction du PSOE, qui sous les apparences d’une critique sévère, veut « cortar por lo sano », faire jouer à Z le rôle qu’il accepte de toutes façons d’endosser: celui de fusible. la date suggérée par l’éditorial est vague (fin novembre) et finalement, R Zapatero annonce des élections pour le 20 novembre 2011 tout en continuant à traiter de la crise en termes euphoriques: « La economía esta en via de recuperación, etc ».

http://www.youtube.com/watch?v=Q7YS1_R_cOE

La date du 20 novembre répond aux impératifs constitutionnels (dissolution le 27 septembre et élections dans un délai inférieur à deux mois), mais présente une anomalie curieuse, elle est la date anniversaire de la mort de Franco (1975) et de celle de José Antonio Primo de Rivera (1936), journée que les incurables du régime utilisent pour célébrer leurs nostalgies.

Zapatero a beau faire savoir que cette date « ne représente rien pour lui », il sait qu’elle pourrait rendre plus difficile un recentrage du discours de la droite par le parasitage des discours ultras ce même jour. C’est ce que semble penser l’éditorialiste d’El Economista (29 juillet) qui affirme:

 Muchos votantes quizá, hartos de la política, podrían salir a votar con la excusa del día elegido. Evitar un giro a la derecha en España sería un motivo más que justificado.

Dans la presse de droite on soupçonne le piège tendu. Résumons: les républicains (les rouges) ont fait exprès de fusiller JA Primo de Rivera un 20 novembre, Franco a fait exprès de mourir un 20 novembre aussi, Zapatero a fait exprès de convoquer des élections ce même jour…

http://www.antonioburgos.com/abc/2011/07/re073011.html

Ca finit par nous rappeler 68 et l’un des slogans célèbres de l’époque: « Elections, piège à c… ». Et tous ces jeunes gens qui, partout en Europe, se révoltaient contre ce pays voisin où l’on fusillait encore au début des années soixante-dix, lire « Rue Froide »:

http://sylblogblogspotcom.blogspot.com/

Récupérations 1

Il est assez curieux de voir comment aussi bien le vocabulaire que les actes à caractère symbolique tels que le choix des dates opéré par le gouvernent sortant pour les prochaines élections parlementaires espagnoles  demeurent mystérieusement impénétrables.

Le vocabulaire employé par les gouvernants (relayé avec complaisance par la presse et les médias espagnols) ou les politiciens en passe de le devenir demeure encore le plus compréhensible, ainsi en est-il de l’usage du terme « recuperación ». Il a atteint un degré de polysémie extraordinaire, balayant tous les espaces sociétaux, de telle façon qu’on parlera aussi bien de « recuperacion de la memoria » pour brouiller les pistes autour de ce vaste champ peuplé de cadavres que fut la guerre civile et l’après-guerre que de « recuperación de la economía » pour éviter de parler de crise financière et sociale. Dans ce dernier domaine (nous parlerons de l’autre dans un prochain billet), ces contorsions donnent les titres de presse suivants:

« La recuperación de la economía espanola flaquea » (El País, 5 aout 2011), ce que l’on pourrait traduire par une version aussi hypocrite: « Le redressement de l’économie espagnole faiblit » ou par une traduction plus proche du vrai mais plus loin de la littéralité: « L’économie espagnole s’enfonce dans la crise » …

Plus tordu: « La esperanza en la recuperación de la economía española llega de fuera » (La Gaceta, 8 août 2011), difficile à traduire en version littérale, à cause de ce présent absolu qui donne toute son ambigüité au titre, mais parfaitement clair si on le traduit ainsi: « Le redressement de l’économie espagnole ne dépend pas de nous ».

Les titres peuvent aussi avoir une fonction masquante, en voici un exemple:

Titre: »La recuperación de la economía se frena en seco por la falta de consumo e inversión » (Cincodías.com, 6 août 2011). Traduire par: « Le redressement de l’économie est sèchement freiné par l’absence de consommation et d’investissement ». Ceci suppose qu’il y ait eu début de redressement (cette hypothèse est celle qui sous-tend tout le discours sur la crise en Espagne -et ailleurs-) alors que la crise se poursuit de plus belle. Mais il faut prouver à tout prix que les politiques publiques ont eu un effet positif, alors qu’en réalité en n’en n’ont eu aucun sinon sur les gains des banques.

Un bel article prédictif de janvier 2009 employait déjà le terme « recuperación », il peut prêter à rire aujourd’hui:

« La recuperación de la economía española será en 2011«  (Le redressement de l’économie espagnole aura lieu en 2011)

Mais que l’on ne s’y trompe pas, notre inamovible chef du gouvernement à nous n’avait-il pas déclaré la même chose à la même époque comme beaucoup d’autres?

C’est ce que rappelle judicieusement le 12 juillet dernier un commentateur anonyme du Blog de Wendy:

http://www.wendy-leblog.com/2011/07/la-crise-europeenne-dont-personne-ne.html

* Natixis Cette crise financière est fini. (7 Mai 2008)
* Christian Noyer (gouverneur de la Banque de France) le pire de la crise est passé en zone euro (23 Juin 2009)
* Marc Touati (économiste) « on a enfin pris le taureau par les cornes » 10 Mai 2010)
* Alain Minc (économiste) « cette crise monétaire est psychologique » (7 Mai 2010) « Une crise essentiellement psychologique » (6 Octobre 2010)
* François Fillon (Premier Ministre «Le pire de la crise est derrière nous (…). Nous sommes sur le chemin de la reprise économique» (10
Septembre 2010)
* Georges Papaconstantinou (ministre grec des finances) « Le pire est derrière nous » 25 Mars 2011
* Dominique Strauss Kahn alias DSK « Le pire est derrière nous » (15 Mai 2008)
* Christine Lagarde (directrice du FMI) Crise de la dette : «Le pire est derrière nous !» (31 Janvier 2011)

* Carlos Ghosn (président de Renault) «Le pire est derrière nous» (9 Septembre 2009) »

Dans le prochain billet nous essaierons de répondre à la question suivante: pourquoi le chef du gouvernement espagnol a-t-il choisi comme date des nouvelles élections parlementaires celle du 20 novembre?

Avis de grand frais sur zone?